Cannes 2026. Le bilan !

Comme chaque année, Cinématraque met un point final à sa couverture du Festival de Cannes par un article bilan !

Nombre de films vus

Juliette : 26

Julien : 36

Mehdi : 33

Podium (toutes catégories confondues)

Juliette : Notre Salut (Emmanuel Marre – Compétition) / Soudain (Ryusuke Hamaguchi – Compétition) / Clarissa  (Chuko Esiri et Arie Esiri – Quinzaine)

Julien : Soudain  (Ryusuke Hamaguchi – Compétition) / Notre Salut (Emmanuel Marre – Compétition) / Merci d’être venu  (Alain Cavalier – Quinzaine)

Mehdi : Minotaure (Andreï Zviaguintsev – Compétition)/ Soudain (Ryusuke Hamaguchi – Compétition)/ La libertad doble (Lisandro Alonso – Quinzaine)

 

Plan le plus marquant (toutes catégories confondues)

Juliette : Le dernier plan de Minotaure. Impossible de le révéler ici dans son exactitude. Il arrive à rendre abstraite une image pourtant connue, et il la transforme pour montrer la destruction du monde. Il crée un long tableau cauchemardesque et tragique qui semble représenter la Terre entière ruinée par le guerre. Il nous évoque ainsi toutes les blessures des dernières années. C’est une pure idée visuelle qui fait penser à du Lynch autant qu’aux représentations de l’Apocalypse.

Julien : Moins un plan qu’une scène, celle du champ de maïs à la fin de Paper Tiger, modèle de précision de montage visuel et sonore, apogée de classicisme classieux dans le très beau film de James Gray, un de ceux qui grandit dans mes souvenirs depuis mon retour de Cannes.

Mehdi : Le dernier plan de Yesterday, the eye didn’t sleep, film palestinien un peu trop convenu dans l’ensemble, mais qui finit sur un magnifique plan d’émancipation. Peut-être que ce plan est un peu trop « démonstratif », mais je le trouve vraiment réussi et il donne une belle dimension au film.

Meilleurs actrice et acteur (toutes catégories confondues)

Juliette : Léa Seydoux – L’Inconnue / Swann Arlaud – Notre Salut

Julien :  Léa Seydoux – L’Inconnue / Tom Sturridge – The Man I Love

Mehdi : Virginie Efira et Tao Okamoto –Soudain /  Swann Arlaud – Notre Salut

Film que tu regrettes le plus avoir raté (toutes catégories confondues)

Juliette : Ben’imana de Marie-Clémentine Dusabejambo (Un Certain Regard)

Julien : La Gradiva (Semaine de la Critique) et Teenage Sex and Death at Camp Miasma (Un Certain Regard)

Mehdi : La Gradiva (Semaine de la Critique)

Ton avis sur le palmarès et cette édition dans son ensemble

Juliette : Lorsqu’on l’a suivi au gré des projections sur la Croisette, cette édition a souffert d’une grille de programmation étrangement mal construite. Les films semblables se sont retrouvés projetés les uns à la suite des autres avec tous les japonais dans les premiers jours, tous les films d’époque queer dans les trois derniers, et une première semaine assommante sur les figures d’artistes en réflexion ou en souffrance. Encore une fois le cinéma est sans prolétaire et les films se sont presque tous sentis obligés d’ajouter une forme de création quel qu’elle soit, comme si rien d’autre n’était important. À cet égard, Notre Salut qui se moque d’un petit écrivain ou Fjord et Minotaure qui se sont passés de ces figures m’ont fait beaucoup de bien. Oui on huait Canal+ mais dès que les salles s’éteignait, il y avait une fracture qui dépassait ce logo. La cassure c’est celle d’une sélection avec des films très majoritaires occidentaux, avec beaucoup de cinéastes parlant d’elles/eux-mêmes. Cette réflexion ne concerne pas la qualité des films qui, en revanche, étaient pour la plupart réussis. Néanmoins, une compétition avec des films réussis ce n’est pas nécessairement une bonne compétition. Il manquait des réalisatrices, il manquait un cinéma africain ou sud américain. Cela étant dit, on peut se féliciter d’une percée méritée du cinéma queer. Entre La vie d’une femme, Quelques jours à Nagi, Garance, La Bola Negra, Coward, The Man I love voire même Soudain si on veut jouer, il y avait un souffle non hétéro salvateur – pas toujours si bien employé mais on ne peut pas tout avoir ! Même si les cinéastes femmes étaient absentes, le genre féminin ne l’était pas avec de très beaux duos, de très belles relations inédites et des comédiennes en état de grâce. C’était somme toute une belle sélection mais bien trop entachée par les biais d’un commité qui ne voit pas très loin. Pour étendre son regard reste la semaine, la quinzaine ou celui qui serait « certain », comme si tout ce qui n’était pas du nord était bizarre.

Au moins le palmarès aura récompensé les bons films. J’interroge un peu l’ordre qui a été choisi. Fjord est un film intéressant et les débats qu’il provoque lui permettent d’échapper à toute accusation de palme consensuel. Le sujet et la forme ne sont pas faciles dans ce long-métrage qui cherche la limite de la tolérance et nous embête bien en nous questionnant beaucoup. Le choix de ce film lorsqu’un Minotaure est à la place d’en-dessous donne l’impression d’une petite provocation ou alors témoigne de la peur que comme l’année précédente, on soit accusé de donner une palme seulement politique. Selon moi, palmer Soudain, Notre Salut ou Minotaure aurait été des prises de positions aussi fortes voire plus importantes. C’est néanmoins la magie de Cannes et d’un jury. Il est imprévisible et détaché des avis entendus sur la Croisette, et si on veut jouer le jeu du parasocial j’imagine aisément un Stellan Skarsgård défendre le film de Mungiu et Park Chan-Wook qui aime les dilemme moraux le suivre. Quoi qu’il en soit, les juges ont décidé de balayer les films trop autocentrés et ont formé un palmarès avec ceux qui se tournaient vers la politique et l’Histoire. Fatherland, La Bola Negra, Notre Salut ou Minotaure, même si deux parlent concrètement d’écrivains, ont au moins ce mérite de questionner la place de l’homme influent (dans le sens genre masculin) dans notre société. Pris tous ensemble ils forment une belle réflexion et un bon palmarès.

Julien : Sur l’édition 2026 dans son ensemble, je constate une certaine sévérité générale sur le niveau d’ensemble des propositions. Certes, ce Cannes 2026 a manqué d’un ou deux chefs-d’oeuvre immédiats et aucune Palme de consensus ne se détachait du reste. Mais cela dit, à l’exception d’Histoires parallèles de Farhadi et dans une moindre mesure l’Autofiction d’Almodovar, très peu de sorties de route dans une sélection homogène, peut-être trop homogène. Les sélections parallèles ont dans l’ensemble tenu leur rang, avec notamment une Quinzaine des cinéastes assez forte apparemment cette année après plusieurs éditions en retrait. En ce qui concerne le palmarès, je ne cacherai pas une certaine pointe de frustration. Si le jury présidé par Park Chan-wook a su dans l’ensemble identifier les vrais films porteurs de cette cuvée (à l’exception regrettable du très beau Paper Tiger de James Gray et du plus bizarre mais réussi L’inconnue d’Arthur Harari), la répartition des prix me semble un peu trop conservatrice pour m’emballer. Les deux prix principaux ont récompensé deux films d’un académisme assuré au détriment de choix plus audacieux mais aussi à mes yeux plus emballants en Soudain et Notre Salut. Si le choix des doubles prix d’interprétation est une idée sympathique, l’ex aequo sur le Prix de la mise en scène entre Fatherland et La Bola Negra, deux films on ne peut plus antinomiques, était plus évitable tant il donne l’impression d’un jury incapable de trancher dans ses décisions.

Fjord fait cependant une Palme que je ne contesterai pas, et qui consacre Mungiu au sein du cercle des réalisateurs doublement palmés. Son film ne retrouve pas forcément la maestria de ses meilleurs films en termes de mise en scène, mais reste d’une acuité d’écriture et de caractérisation hors normes. Un film plus subtil et moins fondamentalement réactionnaire que les jugements hâtifs de certains de ses défenseurs et de ses détracteurs, qui tous négligent le véritable point de vue de Fjord qui devrait centraliser la discussion : celui des enfants, dont la parole et la capacité d’action est confisquée par tous les acteurs qui les entourent. Même si ce n’était pas ma Palme, force est de constater que par les discours qu’il provoque depuis samedi soir, le film saisit quelque chose de notre actualité qui en fait un choix qui se comprend.

Mehdi : Une sélection 2026 de bonne tenue mais qui ne restera pas dans les mémoires. Il me manque un ou deux films vraiment incontournables (Magellan et Résurrection, pour moi l’année dernière). Mais c’est également une sélection sans très mauvais film. Très bien mais peut mieux faire, donc. Pour le palmarès, j’en suis très satisfait. Les meilleurs films de la sélection y sont et je ne vois pas de gros manque. Soudain aurait peut-être mérité un autre prix en plus de celui de l’interprétation (qui est une évidence). Fjord, comme Palme d’or a été une surprise pour beaucoup, mais c’est une Palme méritée et courageuse tant le film ose un point de vue qui va en énerver beaucoup. Je suis curieux de sa réception lors de sa sortie.

Une anecdote que tu retiens ?

Juliette : Je retiens malheureusement une anecdote totalement auto-centrée (un comble après ce que j’ai écris plus haut). J’ai failli ne pas voir L’Inconnue à cause de cette peste de billetterie mais j’ai finalement eu un billet la veille et en corbeille. Pour les non initiés je vous explique l’importance de ce détail : lorsque l’on fait la queue pour le Grand Théâtre Lumière, deux chemins s’offrent à nous : le passage Orchestre/Corbeille qui nous fera traverser le tapis rouge ; ou le passage Balcon qui tel un pouilleux nous emmène direct sur les marches. Donc, pour L’Inconnue j’ai l’honneur de traverser le tapis. Une fois que je m’assois je découvre, grâce au gars de la batteuse de mon groupe qui travaille pour France TV, que la caméra de la croisette avait fait un gros plan sur moi pendant cette traversée épique. Jamais eu autant l’impression d’être une star je dois donc marquer ce flex insignifiant en noir sur blanc ici. (ils ont en plus extrait le flux vidéo de ce moment mémorable)

Julien : Quoi d’autre sinon notre rencontre impromptue avec Mehdi dans les toilettes du Palais des Festivals avec Ryusuke Hamaguchi et l’ensemble du casting masculin de Soudain, alignés le long des pissotières. On n’a même pas pu fanfaronner samedi pendant le palmarès puisqu’en fin de compte, ce sont les actrices du film qui ont été récompensées…

Mehdi : Julien a déjà raconté l’un des points forts de ce Cannes. Sur une note plus cynique, lors d’une séance presse un journaliste a été pris d’une terrible crise, sûrement d’épilepsie et a été pris en charge par les pompiers. Les longues minutes qui ont précédé son évacuation ont été marquées par notre impuissance à faire quoi que ce soit pour l’aider alors qu’une scène d’hôpital du film d’Almodovar continuait à être diffusée à l’écran  mais surtout par un imbécile qui a tenté de filmer la scène, heureusement rapidement vilipendé par la salle. La compassion humaine dans toute sa splendeur…

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