La Bola negra : Motus et bouche cousue

A l’applaudimètre, c’est le grand gagnant de ce Festival de Cannes. La Bola Negra, du duo de réalisateurs espagnols Javier Ambrossi et Javier Calvo (Los Javis pour les intimes), connu pour la série télévisée Las Mesias, a enchanté le public cannois dès ses premières minutes.

Et on comprend pourquoi, la première scène, virtuose dans sa mise en scène, nous immerge dans un récit multiple à travers l’histoire de l’Espagne des années 30 jusqu’à nos jours. Le film est construit autour d’un roman inachevé de Garcia Lorca, l’un des poètes espagnols les plus reconnus. Le film imagine que le manuscrit complet existe quelque part et retrace son parcours en alternant entre les époques. Des mains de Lorca, le manuscrit arrive en effet, dans les mains de Sebastian soldat engagé auprès des fascistes qui doit surveiller l’amant du poète espagnol, prisonnier de guerre.

La particularité de La Bola Negra est que c’est la seule œuvre de Lorca qui figure un personnage explicitement caractérisé comme homosexuel. Information d’importance étant donné que Lorca était lui aussi homosexuel et l’a caché toute sa vie, jusqu’à son exécution par les fascistes en 1936. Le manuscrit perdu devient donc dans le film le symbole de l’homosexualité cachée. En retrouvant ce livre et en le publiant, c’est une injustice transgénérationnelle qui est réparée : celle qui a coûté tant de malheurs à tant de personnes qui ne pouvaient pas assumer leur identité.

Penelope Cruz et Glenn Close apparaissent également dans le film

Javier Ambrossi et Javier Calvo donnent à cette quête une intensité épique. La mise en scène multiplie les effets, les reconstitutions historiques sont impressionnantes et le dynamisme du film permet à ce film de 2h35 de ne jamais s’essouffler. Mais on aimerait justement peut-être qu’il s’essouffle un peu. Par son dispositif démonstratif, La Bola negra manque souvent de simplicité et finit par nous assommer. Le sujet du film en pâtit également. Alors que le film cherche constamment l’émotion, il est trop grandiloquent pour son propre bien et son souffle ambitieux se retourne contre lui. Les dernières séquences qui fourmillent d’idées de mise en scène en faisant écho à l’ouverture, nous laissent surtout l’impression que les réalisateurs avaient à cœur de prouver leur savoir-faire, sans s’interroger si sous l’avalanche d’idées, enfoui sous la neige, leur film ne finit pas par étouffer.

La Bola Negra aura sûrement une place au palmarès de Cannes, peut-être une belle. Et on lui prédit un joli succès à sa sortie en salles. Un succès mérité vu l’ambition de film et sa belle façon de réinventer le destin effacé des homosexuels effacés par la morale. On espère juste que « Los Javis » canalisent un peu plus leur puissance créatrice dans leurs prochaines œuvres.

La Bola negra, un film de Javier Ambrossi et Javier Calvo avec Guitarricadelafuente, Carlos González, Miguel Bernardeau, Penelope Cruz et Glenn Close, date de sortie inconnue.

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