Avec Pupille et Je verrai toujours vos visages, le cinéma de Jeanne Herry avait trouvé sa singularité et sa beauté par son aspect choral. Les deux films étaient peut-être un peu trop pédagogiques et en même temps ils s’en sortaient bien en montrant tous les rouages de procédés qui veulent aider les autres. En refusant les protagonistes uniques, elle organisait son cinéma autour du collectif et englobait assez bien ses sujets en offrant plusieurs angles. Ses films n’étaient pas parfaits mais ils montraient la naissance d’une manière singulière et émouvante de faire du drame. Malheureusement, dans Garance, la réalisatrice a trop laissé cela de côté.
Au sujet d’une comédienne en galère et dépendante à l’alcool, Garance tourne entièrement autour du parcours de son héroïne sur un temps long. Interprétée par Adèle Exarchopoulos, Garance existe immédiatement car le talent et la présence de l’actrice la rend attachante et crédible. Sans être un parangon de subtilité, le portrait essaie de sortir des clichés des problèmes qu’il dépeint. On voit que Jeanne Herry a voulu montrer une autre image de l’alcoolisme, celui plus quotidien, loin des lieux-communs absurdes et faux de l’image du « poivrot ». La volonté pédagogique habituelle de la réalisatrice se manifeste ici par cette envie de dévoiler comment l’alcoolisme peut s’ancrer dans le quotidien, sans spectacle, ni grand bruit.
Ainsi, le thème principal de Garance est celui des limites. Celles dépassées avec la sexualité de la comédienne qui évolue, celles de l’empathie et de l’amour, celles du corps qui s’effondre. Le film offre plusieurs variations de ce que veut dire être poussé·e à bout. Le problème, c’est que des limites, le film en a beaucoup. En se resserrant sur une personne, Jeanne Herry ressert son cinéma. Sans être embarqué·e par une multitude de paroles, on découvre une mise en scène qui manque de richesse, de sursauts. Sans être emporté·e par les différents portraits, on s’ennuie poliment devant un film qui tourne en rond. Le récit peine à dépasser la galère du départ et si l’aspect répétitif veut montrer la boucle qu’est l’addiction, il perd en intérêt.
En soi, Jeanne Herry a des idées pour pimenter sa narration, avec le dialogue en off dans la première partie ou sa manière d’assumer les ellipses. Pourtant, ces ajouts font artificiels dans un film qui ne décolle jamais vraiment et finit fatalement par simplement entrer dans le moule du drame classique, très individuel. L’alcoolisme est un sujet de société majeur qu’elle choisit de laisser dans l’unique champ de l’intime. Le film est alors un récit d’une personne qui doit s’en sortir et il ne discute pas assez l’alcool comme fait de société. Même Adèle Exarchopoulos, je le redis, plutôt juste, lasse un peu tant tout peine à avancer et signifier plus que ce que l’on voit directement.
Ainsi, en supprimant ses plus grandes qualités, Jeanne Herry propose un drame simple qui souhaiterait pourtant ne pas l’être avec son aspect LGBT et sa protagoniste qui se veut un peu brute et jamais directement fragile. Les bonnes intentions sont là mais en conclusion on soupire, on attend que la fin évidente arrive et on se demande pourquoi tous les personnages secondaires avec du potentiel n’ont pas une vraie place dans cette histoire redondante.

