Paper tiger : Tigres et daron

Rare représentant du cinéma américain pour cette édition de Cannes abandonnée par Hollywood, James Gray reste un chouchou de la Croisette qui accueille avec une régularité sans faille ses films sans jamais les récompenser (5 présences pour 0 prix, c’est rude quand même). Alors sera-ce la bonne avec Paper Tiger ?

James Gray a en tout cas choisi un terrain connu en revenant au thriller mafieux de ses premiers succès (Little Odessa, the Yards, La nuit nous appartient). Le point de vue est celui d’une famille ordinaire du Queens, deux parents Irwin et Hester Pearl (Miles Teller et Scarlett Johansson), deux ados et pas d’histoires. Jusqu’à l’arrivée du frère d’Irwin (Adam Driver), ancienne gloire de la police reconverti avec succès dans le monde des affaires et qui a justement une super idée pour aider Ben à développer encore plus sa boîte qui semble un peu à la peine. Il lui propose de travailler avec ces charmants Russes qui viennent d’arriver et qui prennent le contrôle des évacuations de déchets.

Évidemment, ça tourne mal. Et cette évidence est affichée dès la citation d’Eschyle en ouverture du film. C’est une tragédie que filme James Gray. Et dans une tragédie, personne ne peut échapper à la machine qui piège ses personnages et dont l’étau se resserre d’autant plus que les prisonniers se débattent. James Gray n’a plus qu’à se reposer sur son savoir-faire pour conter, presque l’air de rien, une histoire déjà écrite. La mise en scène soignée, et même parfois, virtuose, réussit à nous emporter dans ce récit familial presque intimiste. Car au-delà des machinations criminelles, c’est surtout la relation des deux frères qui est au coeur du film. Les adultes, bien sûr, mais aussi en ouverture finale, les enfants qui auront à charge de ne pas répéter les erreurs de leurs parents et de briser le moule tragique. Adam Driver et Miles Teller sont parfaits dans ce duo de frères si différents : l’un gouailleur et aventurier, l’autre simple et stable et dont la relation va être mise à l’épreuve par cette crise.

Scarlett Johansson n’est pas totalement en reste, elle aussi confrontée à une tragédie, peut-être la plus universelle et la plus terrible des tragédies, celle de la maladie, mais son personnage semble quand même jouer en parallèle des autres, comme déjà absente de ces histoires qui ne la concernent plus vraiment.

Paper Tiger est donc un bien bel ouvrage. Une œuvre intime à la fois par son échelle mais aussi par ses dimensions autobiographiques : la mère de James Gray est morte dans sa jeunesse et son père a connu plusieurs échecs en créant des boîtes (père qui avait déjà inspiré The Yards). Difficile cependant de lui prédire une présence au palmarès du Festival. Son manque d’aspérités et d’audace lui sera peut-être reproché par le jury. Récompensé ou non, Paper Tiger restera une nouvelle preuve de la maîtrise de James Gray sur son art et on peut déjà parier sur son retour pour une 7ème sélection.

Paper Tiger, un film de James Gray avec Miles Teller, Adam Driver, Scarlett Johansson, date de sortie inconnue

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