C’est peu dire que le Festival de Cannes a couvert et chouchouté Lukas Dhont comme l’un des visages de sa nouvelle génération. Après avoir raflé la Caméra d’Or et la Queer Palm avec Girl dès son entrée dans l’Officielle à Un Certain Regard en 2018, le réalisateur venu du Plat Pays avait récidivé lors de l’édition 2022 avec Close, drame adolescent qui lui avait permis de repartir avec le Grand Prix du Jury, ex aequo avec le Stars at Noon de Claire Denis. Autant qu’au moment de l’annonce de son troisième long-métrage, Coward, tous les projecteurs étaient déjà braqués sur une inéluctable sélection à nouveau en compétition.
Avec Coward, Lukas Dhont continue de creuser son travail sur l’identité de genre à l’adolescence, mais nous renvoie cette fois-ci dans le passé, au cours de la Première Guerre mondiale. Sur le front belge, qui tente d’endiguer les percées allemandes, le jeune Pierre (Emmanuel Mecchia) fait la connaissance d’une escouade bien particulière : une “bande des rejetés”, éloignée des combats à l’arrière. Ces jeunes réformés restent cependant à l’arrière pour organiser des représentations théâtrales et des numéros musicaux pour remonter le moral des troupes. Au sein de cette troupe, il se lie rapidement d’amitié (voire plus) avec le chef de la revue, Francis (Valentin Campagne).
Contrairement à ces précédents longs-métrages, en dépit de ce que son sujet laisse à penser, Coward laisse entrevoir un côté plus doux dans la mise en scène que Lukas Dhont. En dépit de la brutalité de la guerre et de la perspective de la mort qui rode à chaque rotation vers le front, le réalisateur choisit de resserrer son point de vue sur les sentiments naissants entre Pierre et Francis, mais aussi sur l’importance de l’art et du beau comme réconfort pour les soldats. Sauf que bien sûr, l’amour en temps de guerre charrie avec lui son lot de déchirements tragiques qui vont inévitablement finir par refaire surface. Sur une trame au final assez convenu, le cinéaste parvient à broder un film élégant et intimiste, mais dont le manque d’ampleur finit par le desservir.

Sans doute Lukas Dhont a-t-il poussé le curseur un peu trop dans l’autre direction. Soucieux d’éviter le dolorisme qui accompagne le dilemme moral de Pierre (faut-il continuer à aller au front si c’est pour perdre son nouvel amour?), le cinéaste semble par moments freiner des quatre fers devant son sujet. Résultat : Coward est un film un peu trop étriqué, qui peine à faire infuser le trouble qu’il souhaiterait voir naître a l’écran. Cela se ressent jusque dans l’interprétation du tandem d’acteurs principaux. Si Valentin Campagne rayonne en artiste solaire qui trouve dans le théâtre le moyen de s’extirper de sa condition, Emmanuel Mecchia, lui, semble en permanence subir par son mutisme la répression des élans intérieurs de son personnage, auquel Lukas Dhont ne laisse que trop peu de place.
Sans doute Coward aurait-il mérité de se délester de quelques séquences musicales, dans l’ensemble très réussies, mais qui finissent par apparaître comme des distractions retardant l’avancée narrative. Par un excès de tiédeur, Lukas Dhont signe un film appliqué, mais qui peine à dire quoi que ce soit de la guerre et du conflit entre le devoir patriotique et les sentiments humains. Pas aidé par un positionnement assez douteux dans le calendrier du festival (quelques heures après La Bola Negra, son exact miroir, film de toutes les générosités jusqu’au trop plein), Coward touche mais n’émeut pas, convainc mais n’emballe jamais.
Coward de Lukas Dhont avec Emmanuel Mecchia, Valentin Campagne, Willem de Shryver, date de sortie en salles françaises encore inconnue

