Voici la deuxième et dernière partie de notre récap sur les films qui étaient à voir pendant cette 31e édition du Festival du film francophone Cinémania ! Entre le FNC et ça, ils doivent vraiment en avoir marre de voir ma tronche au Cineplex du Quartier Latin.
Mais avant cela, on vous recommande de passer par l’article de notre ami Julien qui a vu le film d’animation Allah n’est pas obligé et le choc On vous croit, deux autres films programmés à Cinémania qui étaient aussi au Festival d’Arras. Deux films que j’aurais aussi aimé voir, mais que j’ai loupés.
On continue donc avec trois films français de réalisateur.ice.s émergents :
L’intérêt d’Adam de Laura Wandel

Entre Léa Drucker enquêtant à l’IGPN dans Dossier 137 et Léa Drucker en cheffe du service pédiatrie dans L’intérêt d’Adam, 2025 s’annonce décidément comme une année majeure pour l’actrice française, qui continue de choisir des rôles ancrés dans des sujets brûlants d’actualité. C’est d’ailleurs précisément pour cela que Laura Wandel a construit son film autour d’elle.
Après l’avoir découverte dans le court métrage Avant que de tout perdre de Xavier Legrand (prélude direct à Jusqu’à la garde) la réalisatrice voyait en elle un équilibre rare : une froideur apparente (peut-être celle du protocole) mêlée à l’empathie profonde qu’elle recherchait pour le personnage de Lucie. Durant une nuit entière, tout en veillant au bien-être de ses autres patients, cette infirmière en cheffe refuse d’abandonner le petit Adam, un enfant de quatre ans hospitalisé pour malnutrition. Sa mère, Rebecca (Anamaria Vartolomei), refuse pourtant de le laisser seul, quitte à mettre en péril ses droits de garde et à compromettre la récupération de son fils.
Le dispositif du film rappelle celui d’En première ligne de Petra Volpe, l’un de mes coups de cœur de l’été : une caméra « suiveuse », de longs plans séquences qui laissent souvent entrevoir le dos d’un personnage pour qui tout peut soudain devenir urgent… Et les mêmes dilemmes surgissent : respecter coûte que coûte le protocole ou s’en écarter, accorder trop de temps à un patient ou passer au suivant, se montrer strict ou laisser parler l’humain. Les deux films se répondent et se complètent, témoignant d’une même réalité qui traverse de nombreux pays : l’effritement du système de santé, où l’on demande toujours plus avec toujours moins.
C’est là que réside la force du film de Laura Wandel : dans ces instants où Lucie prend simplement le temps d’écouter, d’expliquer, de chercher la meilleure solution pour ses patients. Des moments sans fioritures, sans musique appuyée ni mise en scène tire-larmes. Rien que des émotions brutes, sincères et essentielles.
Météors de Hubert Charuel, en collaboration avec Claude Le Pape

Après le choc de son Petit paysan, le retour d’Hubert Charuel s’est longtemps fait désirer ! C’est huit ans plus tard qu’il retrouve le chemin des salles avec Météors. Un nouveau film qui a pourtant tout d’une réunion de famille : une fois encore, il travaille avec sa binôme Claude Le Pape, co-scénariste de Petit paysan et ici créditée comme collaboratrice à la réalisation également. Réunion de famille aussi puisque Météors se veut être un retour dans sa terre natale et une extension thématique de son court métrage Diagonale du vide.
L’idée, c’est de vivre le quotidien de Tony (Salif Cissé), Mika (Idir Azougli) et Daniel (Paul Kircher), trois amis inséparables. Le premier a réussi sa vie dans le bâtiment, les deux autres autres ont beaucoup d’ambition, pas trop de résultats et font aussi beaucoup de conneries. Après une étrange histoire de catnapping, Mika et Dan se retrouvent à bosser pour leur ami dans une décharge nucléaire, dans l’espoir de démarrer une nouvelle vie.
Au départ, Météors devait aussi être un film catastrophe : une météorite devait vraiment s’abattre sur la ville du trio, en plus de toutes les autres thématiques brassées par le film. Il n’y en avait pas tant besoin, les personnages étant eux-mêmes des météors gravitant les uns autour des autres… pour le meilleur comme pour le pire. Des amis prêts à tout pour se sauver de la dépendance ou du danger, quitte à se détruire eux-mêmes. Tout ne marche pas idéalement. Il y a des errances au niveau du rythme et un sentiment de trop-plein thématique qui montrent que le projet qui a subi plusieurs réécritures. Mais Hubert Charuel et Claude Le Pape ont mis la main sur trois grandes révélations du cinéma français, et l’énergie de Salif Cissé, Idir Azougli et Paul Kircher permet de tenir le cap.
La Danse des renards de Valéry Carnoy

Récompensé de deux prix lors de la dernière édition de la Quinzaine des Cinéastes (le Coup de cœur des auteurs SACD et le Label Europa Cinemas), on espère que La Danse des renards, le premier long métrage de Valéry Carnoy, continuera d’avoir un avenir radieux. Un peu comme Météors, il s’agit d’une belle exploration de la jeunesse, adolescente cette fois-ci.
Et un peu comme Météors aussi, on retrouve la famille Kircher à sa tête. Après Paul, on (re)demande son jeune frère, Samuel ! Révélé au grand public avec L’Été dernier de Catherine Breillat, il campe ici le rôle de Camille, un boxeur en sport études en internat, admiré de tous. Virtuose dans sa discipline, son amitié avec son camarade Matteo (Fayçal Anaflous) est sa seule bouffée d’air. Quand son ami le sauve d’un accident mortel et qu’une douleur inexpliquée continue de le hanter peu à peu, Camille remet en question son avenir de boxeur… et tout se bouleverse autour de lui, son amitié fidèle en premier.
Inspiré de l’adolescence même de son réalisateur, La Danse des renards traite avec intelligence l’injonction à la virilité, la rivalité et l’angoisse. Pour apporter plus d’authenticité, Valéry Carnoy a tenu à organiser un casting sauvage, et donc à s’entourer de jeunes acteurs non-professionnels, boxeurs de haut niveau. En résulte un véritable sentiment de cohésion de groupe : tantôt Camille et Matteo seront des renards, menés par le chacun pour soi, tantôt ils agiront comme des loups, la meute permettant à l’un de prendre l’ascendant sur l’autre. C’est vif, percutant et surtout… c’est l’une des plus belles bromances adolescentes qu’on ait pu voir au cinéma, vraiment.

