Second Life : La Vérité si je Harcèlement

©badlands, second life

Y-a-t-il plus fertile comme terrain d’exploration des épreuves, des douleurs et des tristesses de ce monde que la vie des adolescentes ? Du Mean Girls de Tina Fey au Love and Pop de Hideaki Anno, en passant par le Liz et l’oiseau bleu de Naoko Yamada ou le LOL de Liza Azuelo, le cinéma ne manque pas d’exemple de récits où l’errance caractéristique de l’âge ingrat fait drame, ou comédie.

Dans le cas de Second Life, premier long-métrage de la réalisatrice coréenne Park Young-ju, on est plutôt du côté drame de la balance. Et ce sans grande surprise d’ailleurs, lorsqu’on considère que la Corée du Sud est championne olympique de tous les classements sur le bien être de la jeunesse. En partant du bas. Et ce n’est pas l’héroïne du film qui va arranger leurs affaires. Sun-hee est une jeune fille solitaire, totalement ignorée par ses parents qui sont aussi riches qu’ils semblent se détester l’un comme l’autre. A l’école, les autres filles ont plutôt pitié d’elle, jusqu’au jour où elle s’invente une vie pour paraître plus intéressante… La suite ressemble à une chute de domino mortelle, où les petits bobards mènent aux plus grandes tragédies.

Malgré son sujet, Park Young-ju évite assez habilement de surcharger son récit ou sa mise en scène d’effets de manche qui viendrait ajouter du mélodrame là où le film n’en a pas besoin pour fonctionner. Le seul moment où la caméra s’emballe concerne la bascule narrative la plus importante du récit, lorsqu’un raccord vient rapprocher des feuilles qui s’envolent d’un corps qui s’écrase au sol lourdement ; un rare moment de poésie qui ne sert ni à amoindrir l’impact de l’action ni à l’embellir, mais à inscrire la violence de l’instant dans ce qu’elle a de surprenant. De quasiment surnaturel.

©badlands
Après, faut avouer que la photo du film est pas dégueu.

Le reste du film est filmé intelligemment certes, mais sans éclat. En vérité, c’est surtout dans son écriture que Park Young-ju brille. Il y a par exemple cette fausse scène de renaissance, où Sun-hee tente de sombrer dans l’eau du lac avant de faire demi-tour. Sémiotiquement, il est difficile de ne pas avoir toute image filmique de la sorte comme une réjuvénation, une réinvention pour le personnage… Mais ici il est fait par dépit, par abandon. C’est ainsi que Sun-hee décide de disparaître et changer d’identité. Refaire sa vie ailleurs, celle qui donne son titre au film, en espérant cette fois la réussir. C’est-à-dire être aimée, considérée, regardée.

L’autre grande idée scénaristique du film est justement de refuser de nous montrer le moment où Sun-hee, sous sa nouvelle identité, apprend à l’école qu’elle va recevoir une médaille pour le mérite. En dérobant au spectateur la possibilité de voir la scène où la directrice lui annonce la nouvelle, Park Young-ju oblige à faire confiance (ou non) à son héroïne. Est-ce qu’elle ment encore une fois, ou bien a-t-elle réellement trouvé une meilleure vie ?

Second Life est, comme souvent dans les films de ce genre qui parlent de troubles adolescents, une histoire cruelle. Heureusement, le film lui ne l’est pas. Il n’y a pas leçon, ni de morale à en tirer ; nous sommes juste les témoins d’une fuite en avant dont l’issue ne nous est pas connue.

Second Life, un film de Park Young-ju sorti en 2018 et édité dans une belle édition vidéo chez Badlands.

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