Le village dort, les loups se réveillent… Il est temps de rejoindre la « mascotte » du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal pour sa cinquante-quatrième édition ! Et c’est la première que nous couvrons sur Cinématraque (en plus d’être mon premier festival canadien, à titre personnel).
Encore une bonne excuse pour passer mes journées au cinéma, des salles du Cineplex Quartier Latin à la grande salle de la Cinémathèque québécoise, le Cinéma du Parc ou encore… l’auditorium Sir George Williams des alumnis de l’Université de Concordia. J’avais juste envie de le mettre parce que ça claque un peu. Imaginez si on allait voir un film en amphi Richelieu à la Sorbonne ? Vaut mieux pas, puisqu’on aurait très certainement mal au séant au bout de dix minutes (flashbacks monstrueux de mes quatre heures de cours magistraux d’affilée en licence).
Et quelle généreuse sélection ! Films très attendus de la fin d’année, grands noms de Venise ou de Cannes, documentaires, films d’animation, films d’horreur complètement frappés ou encore projection en intégralité de la première saison de Twin Peaks pendant toute une nuit : le FNC, c’est un truc hyper riche et diversifié, et c’est clairement pour ça qu’on est là. On revient en plusieurs parties sur les différents films qui nous ont marqués dans cette sélection.
Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi

J’ai commencé mon festival avec le film de Sepideh Farsi. Ouais. N’ayant pas pu voir Put Your Soul on Your Hand and Walk avant sa sortie en France, et mon départ au Canada, j’ai sauté sur l’occasion en le voyant programmé au FNC. Il sortira au Canada courant décembre, avec vraisemblablement un passage par la Cinémathèque québécoise. Aurais-je grand chose de plus intéressant à dire de plus que Mehdi ne l’a déjà fait dans son article sur le film, par ailleurs désigné film du mois de septembre par la rédaction de Cinématraque ? Pas sûr, mais je peux quand même essayer.
Sepideh Farsi saisit toute la notion d’urgence à travers son lien naissant avec la photojournaliste gazaouie Fatma Hassona, appel vidéo après appel vidéo. Dans ces conversations régulières, les mots de Fatma viennent « conscientiser » l’horreur d’un conflit dont on a cherché le plus possible à nous dissimuler l’ampleur. Et le plus déchirant, c’est de voir à quel point cette violence est devenue banale pour les gazaouis (du moins, pour Fatma), qui se « contentent de vivre ». Tous ces moments où Fatma garde le sourire, ou se met à rire face à des bombardements, pour garder la face, sont un crève-cœur. La réalité est là, sans aucun filtre, avec ses coupures de réseaux, ses jours de silence… et la crainte que tout appel soit le dernier.
Ce que cette nature te dit de Hong Sang-soo

Donghwa, poète autoproclamé et un peu simplet, rencontre (enfin) la famille de sa copine Junhee après trois ans de relation ! Une journée entière chez la belle-famille, c’est toujours un gros stress. Tel est le programme du trente-troisième long métrage de Hong Sang-soo… qui était aussi mon premier. Vous êtes autorisés à me jeter des pierres (mais pas trop fort). L’affiche française du film arbore une critique de The Film Stage, pour qui Hong Sang-soo se réapproprie la comédie américaine Mon beau-père et moi. Vu ma méconnaissance totale de l’œuvre de ce (très) prolifique réalisateur, ça me donnait envie. Et pour avoir vu le film juste après celui de Sepideh Farsi, c’était : très clairement ce dont j’avais besoin pour faire redescendre la pression.
Car oui, Ce que cette nature te dit est excessivement drôle. Non seulement pour ses dialogues à couper au cordeau, mais aussi pour sa structure. À chaque chapitre son « moment » de la journée : l’arrivée chez beau-papa et belle-maman, le premier dialogue avec beau-papa, le déjeuner avec la belle-sœur… L’agenda inévitable de ce type de rencontre familiale qui s’éternise, avec de longues séquences de dialogues farfelues et un cadre souvent fixe, qui vient encore plus enfermer Donghwa dans cette bulle familiale inconnue.
Et nous, on se sent presque comme des intrus dans cette famille (encore plus que Donghwa). La qualité douteuse de l’image donnerait l’impression de regarder des vidéos de famille sur un magnétoscope, mais des vidéos non triées, qui laissent apercevoir le bon comme le mauvais. Tous ces jeux de faux-semblants où l’on essaie de se connaître ou de se jauger les uns les autres, avant de se critiquer quand on a le dos tourné. Bref, la famille, c’est aussi ça.
V.Maria de Daisuke Miyazaki

Après la Corée, direction le Japon ! Et dans la catégorie « teen movie » surprenant, on prendra V.Maria. En tant que bon k-pop stan (avec une bonne curiosité pour la musique d’autres pays asiatiques), le plot du film m’attirait : à la mort de sa mère, Maria découvre qu’elle était fan assidue d’un groupe de musique v.kei (pour Visual Key, un courant du métal japonais qui empreinte au théâtre kabuki avec des costumes et maquillages ultra-sophistiqués). Mais aussi la cassette – inécoutable – d’une chanson qui porte son prénom. Pour percer le secret derrière tout un pan du passé de sa mère dont elle ignorait l’existence, Maria va devoir devenir une bangya, une fan de visuel key, et intégrer sa communauté.
Daisuke Miyazaki (aucun lien familial avec Hayao à signaler, sauf preuve du contraire) signe un film assez touchant sur la façon dont une passion permet de se retrouver plus proche que jamais d’une personne disparue, et de faire son deuil. On prend énormément de plaisir à découvrir autant les performances des artistes du film que le headbanging quasi-religieux des spectateurs (le fait de secouer violemment sa tête – et sa grosse tignasse si vous en avez encore une – au rythme de la musique). Il est plus regrettable que les parties les plus intéressantes du film, ses flashbacks, soient aussi les plus courtes. Ou bien que le scénario vienne opposer de façon un peu trop facile les fans de v.kei (la nouvelle sphère de Maria) et de k-pop (son ancienne sphère) comme si les deux ne pouvaient pas co-exister.
The Curse et Incomplete Chairs de Kenichi Ugana

On continue reste du côté de l’horreur nippone avec Kenichi Ugana, qui semble avoir du mal à tenir en place puisque c’est avec deux films produits cette année qu’il squatte le festival : The Curse et Incomplete Chairs. Avec Halloween qui approche, on sent définitivement qu’il y a quelque chose dans l’air que respirent les programmateurs du FNC (et ce n’est pas que la cannelle d’un latte citrouille-épices).
Dans chacun des deux films, le réalisateur tente d’apporter un petit twist à des tropes éculés du genre horrifique. Comme son nom l’indique, The Curse revisite les malédictions, entre esprits hanteurs, possessions et grosses effusions de sang venues des réseaux sociaux (oui). Et comme son nom ne l’indique pas forcément, Incomplete Chairs suit un fabricant de chaises en pleine création de son chef d’œuvre absolu. Un siège uniquement composé de bouts de corps humains (donc un tueur en série déguisé qui en a gros contre IKEA, faut croire).
Dans les deux cas, c’est une véritable boucherie où les morts s’accumulent, les têtes tombent et le sang coule à flot. Rien que pour son amour du gore version old fashion (comprenez plus artisanal), Kenichi Ugana marque des points. Et aussi parce que pour lui, l’horreur est sans fin, quitte à infliger les plus gros traumatismes possibles à ses personnages et à ne leur laisser aucune lueur d’espoir. On retiendra tout particulièrement la performance de Ryu Ichinose comme bricoleur de la mort, bien que les motivations de son personnage soient absolument délirantes. Pour The Curse aussi, le scénario est tellement jusqu’au-boutiste qu’on peine à y croire : haters gonna hate, les raids de trolls sur internet peuvent avoir votre peau et pousser au suicide, littéralement. Mais là, c’est encore plus gratuit et cynique. Si on est autant pessimiste que semble l’être Ugana, on peut trouver ça génial.

On se retrouve très vite pour la deuxième partie de notre récap du FNC !
54e édition du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, du 8 au 19 octobre 2025.

