KinnPorsche – The Series : un final explosif… avant la suite ?

Il y a un peu plus d’un mois, j’écrivais un premier article sur la série KinnPorsche, en expliquant à quel point cette dernière est devenue un phénomène dans le monde entier, dépassant les frontières de son pays de production et de diffusion : la Thaïlande. À quel point elle représentait, aussi, un avant et un après pour les boys love. Quelques semaines plus tard, la série a terminé sa diffusion et a explosé tous les records à nouveau. Rien que la hausse du nombre d’abonnés sur les profils Instagram d’Apo Nattawin et Mile Phakphum (Porsche et Kinn) entre le début et la fin de la saison parle d’elle-même : 504 000 à 1.8 million pour le premier et de 401 000 à 1.9 million pour le second !

En plus de se la jouer Stranger Things avec une durée de 1h20 (contre les cinquante minutes habituelles), le quatorzième et dernier épisode est celui qui a suscité le plus de réactions à travers le monde. Et cocorico : l’épisode s’est hissé au premier rang des tendances en France ! Je sais, ce début d’article fait complètement fanboy. Je ne m’attendais pas non plus à ce que ce premier texte sur KinnPorsche suscite autant de réactions : on a même reçu des commentaires, j’ai eu l’impression de revenir plus de quinze ans en arrière sur Skyblog ! Preuve en est que les boys love et KinnPorsche en particulier ont bel et bien un public fidèle en France et que ces séries méritent que l’on parle d’elles. Hé Be on Cloud, si vous voulez toujours organiser une étape du World Tour de KinnPorsche à Paris, venez ! On vous attend !

Je me suis demandé si j’allais tout simplement éditer mon article existant ou avoir suffisamment de matière pour en écrire à nouveau. Le premier était déjà suffisamment assez long, alors tant pis, on essaie autre chose ? Parce que ouais, j’ai d’autres trucs à dire sur KinnPorsche. Vous êtes prêt-e-s ?

Contrairement au premier article, où j’avais été un peu light, ici ça va spoiler !

Comme attendu, les derniers épisodes de KinnPorsche ont un peu mis à l’écart le couple principal pour s’intéresser davantage au personnage de Vegas, vilain petit canard de la famille mineure. Chacune de ses initiatives est conspuée par son père ou éclipsée par Kinn. Vegas n’a qu’une envie : devenir aussi important que Kinn… ou même prendre sa place. Tout au fil de la série, on l’aura vu manigancer pour parvenir à ses fins. Tenter de s’accaparer Porsche, faire ressurgir Tawan, enlever Pete… Tous les moyens étaient bons pour tenter de renverser l’équilibre des deux familles, jusqu’à l’assaut final – et meurtrier – du dernier épisode.

Le personnage de Vegas a gagné en ampleur dans le récit, donnant plus d’occasions à Bible Sumettikul (dont c’était le premier rôle, s’il fallait encore le rappeler) de dévoiler ses multiples facettes. À l’écran, Bible a incorporé l’un de ses tics d’expression : passer du thaï à la langue anglaise quand il pense mieux trouver ses mots, dans l’optique de donner volontairement plus de poids à son personnage. C’est en se confrontant à Pete que Vegas parvient à fendre l’armure et à exprimer le mal-être de son personnage, lui aussi confronté à la pression permanente de la mafia… et à la violence de son père, qu’il reproduit comme mécanisme de défense.

Face à son bourreau, on ne sait pas trop si Pete développe d’abord une sorte de syndrome de Stockholm, ou s’il tombe véritablement sous le charme. C’est aussi à travers ces épisodes que le personnage de Build Jakapan s’est métamorphosé, passant du sidekick charmant et comique à un personnage qui a lui aussi le droit d’éprouver de l’amour malgré sa position compromettante de garde du corps. Un compromis moral qui occupe Pete jusqu’à la toute fin de la saison…

Si une saison 2 s’annonce inévitable, c’est surtout parce que l’on a à peine le temps de voir Vegas et Pete pleinement assumer leur relation. Il y a fort à parier qu’on les reverra, vu le succès de la série, mais aussi parce que le roman de Daemi n’a pas été intégralement adapté. Un autre volet dédié à VegasPete doit d’ailleurs être publié (en thaïlandais) au cours du mois d’août ! Dans une interview récente, Bible a indiqué qu’il n’avait plus trop le temps de se consacrer à la traduction du texte (après avoir fait celle du tome 1) avec toutes ces activités : il va en avoir, du boulot…

KinnPorsche laisse aussi un sérieux goût d’inachevé vu tous les plot twists que la série nous réserve dans ses derniers épisodes. Entre les révélations sur la famille de Porsche, le destin de sa mère qui dévie de la trajectoire du récit de Daemi, l’histoire de Kim et Porchay en demi-teinte, les secrets et les manigances de la famille de Kinn… on a largement de quoi faire pour une saison 2. Si rien n’a encore été officialisé pour l’instant, le fait que de nombreux acteurs de la série insistent en disant qu’ils espèrent retrouver leur personnage ajoute du grain à moudre pour les fans… Mais d’abord, il y a le World Tour, et ses premières dates complètes à Bangkok – à tel point que Be on Cloud propose désormais aux fans à travers le monde de regarder le spectacle en streaming ! Progressivement, des dates devraient être annoncées dans d’autres pays.

Comme je l’avais déjà évoqué, si j’ai autant aimé KinnPorsche, c’était pour sa façon de mêler les genres : entre histoires de familles, rivalités mafieuses, romances, séquences volontairement comiques et scènes d’action, la série a tout donné. Tout particulièrement dans son final, qui est le parfait condensé de tout ce que la série a promis d’être. Voir Kinn agripper l’entrejambe de Porsche en plein milieu d’une fusillade, puis donner des mandales à des types dans un parking dix minutes plus tard : cet assaut, c’était un peu John Wick avec des mafiosos qui emmerdent l’hétéronormativité. Franchement, ça me fait kiffer.

KinnPorsche, c’est finalement bien plus qu’un boys love. C’est une histoire où l’orientation sexuelle des personnages importe peu, puisqu’il n’y a jamais vraiment besoin de mettre des mots dessus. C’est une histoire où des hommes éprouvent des sentiments l’un pour l’autre, certes, mais sans pour autant être jugés par qui que ce soit. Ça aussi, je l’avais déjà dit. Mais c’est quelque chose que je pense d’autant plus aujourd’hui, et surtout quand j’ai pu voir le casting de la série en parler à diverses reprises lors d’interviews ou événements.

Fin juin, l’équipe s’est réunie sur la scène de l’Université Chulalongkorn, qui propose notamment un cursus d’art dramatique, afin d’évoquer la façon dont s’est construite la série. J’admire l’honnêteté avec laquelle les acteurs ont évoqué leur expérience sur le tournage, en particulier Apo et Tong, interprètes de Porsche et Tankhun. Tous deux ont évoqué le fait qu’on ait assimilé leur façon de jouer à leur personnalité : Apo indiquait qu’avant de jouer pour KinnPorsche et Be on Cloud, on lui demandait toujours s’il était gay car on le trouvait trop maniéré. Il se forçait à être « plus masculin » pour se conformer à ce qu’on attendait de lui. Alors qu’ici, on l’a laissé totalement libre de jouer son personnage comme il le souhaitait.

Il en va de même pour Tong, qui est par ailleurs l’un des acteurs de la série les plus ouvertement engagés en faveur des droits de la communauté LGBT en Thaïlande. On lui reprochait d’interpréter Tankhun en étant trop efféminé, jusqu’à ce que Pond, l’un des réalisateurs de la série, ne dise qu’il aimait son interprétation et qu’il devait se sentir libre d’agir comme il le souhaitait.

Tong a souligné qu’il était nécessaire pour ces séries de représenter la communauté LGBT de façon plurielle. Dans les séries thaïlandaises, et plus particulièrement dans les boys love, la représentation de personnages plus efféminés, voire même de personnages transgenres ou non-binaires, peut être encore un peu timide. Il existe pourtant quelques exceptions, comme dans Secret Crush on You, où il est directement question de l’identité de genre et de la personnalité de l’un des personnages. Espérons qu’avec KinnPorsche, ces séries ne soient bientôt plus une exception mais une norme.

Ce qui m’a énormément touché, en plus de la façon dont les acteurs ont tenu à remercier leur réalisateur, c’est comment ce dernier parle de la série. Pour lui, KinnPorsche est bien plus qu’un boys love. C’est une série où les gens s’aiment. Et dont l’amour peut renverser les « conventions » attendues dans ce genre d’histoire. Il n’est pas nécessaire de se demander qui tient quel rôle dans les couples de la série. Par là, on peut autant entendre le rôle sexuel que dans la relation en elle-même. Bref : qui fait quoi ? On ne va pas non plus vous faire un dessin.

Dans son final, KinnPorsche met tout le monde sur un pied d’égalité. Kinn et Porsche deviennent tous deux chefs de la mafia et s’apprêtent à régner ensemble. À l’inverse, Vegas et Pete se sont détachés de la hiérarchie afin de vivre pleinement leur relation. Ils ne sont plus opposés du fait d’appartenir à la famille « mineure » ou « majeure ». Ils sont désormais ce qu’ils ont de plus importants l’un pour l’autre. Cette égalité, qu’on l’entende au sens propre comme au sens figuré, est aussi ce pourquoi la fin de KinnPorsche est si belle.

KinnPorsche The Series – La Forte, réalisée par Kongkiat Komesiri, Krisda Witthayakhajorndet et Banchorn Vorasataree, avec Phakphum Romsaithong, Nattawin Wattanagitiphat, Wichapas Sumettikul, Jakapan Putta, Jeff Satur, Tinnasit Isarapongporn, une saison de 14 épisodes disponible sur la plateforme iQiyi.

5 thoughts on “KinnPorsche – The Series : un final explosif… avant la suite ?

  1. Très bel article…..moi j’ai adoré cette série….les acteurs sont très bons et surtout très beaux. Je suis une fille hétéro (comme dises les biens penseurs) et pourtant j’ai été passionnée par cette histoire et par tous ces personnages. J’espère sincèrement voir encore d’autres séries de ce style.

  2. Et oui, KP a des fans fous en France aussi ! La dernière fois que j’ai pris une telle claque avec une série c’était pour Queer as Folks. On oublie que KP a d’abord été marketé comme un BL, on oublie que c’est une série thaï ( à force de regarder les interviews et les live, je suis complètement à l’aise avec les intonations du thaï que je trouvais au début bien moins agréables que le coréen ou même le mandarin ) . J’ai assommé famille et amis avec ça, mais j’ai réussi à faire une convertie. J’ai passé une soirée inoubliable pour voir le final avec ma fille et sa pote. J’ai l’impression en leur communiquant ma passion de leur transmettre dans la joie des valeurs qui me tiennent à coeur, et qui sont celle que vous citez dans l’article, exactement. La série est totalement addictive et haletante, et le dernier épisode pendant les scènes de bagarre avec Kinn et Porsche avait certains accents de Mr and Mrs Smith plutôt jouissifs et libérateurs . Ai-je pleuré pour VegasPete ? Je mets au défi quiconque de ne pas en faire autant. Là où on est tous d’accord, c’est pour saluer très bas le talent des acteurs, tous , petits rôles y compris , leur énergie et leur fraicheur, leur bonheur visible de se retrouver là ensemble après tant de galères au début ET leur maturité.. Bien sûr derrière ce succès mérité il y a beaucoup de travail, des heures et des heures de workshop ( ateliers de travail en préparation des scènes) le professionalisme et l’engagement de toute l’ équipe, le talent et le flair du réalisateur Pond , la chance qui a souri à Be On Cloud, un casting repensé à merveille. Mais aussi il existe autour de la série une conjonction des astres unique qui laisse rêveur . Le tout premier rôle de Bible Summettikul, l’homme qui sait TOUT faire ? L’écran Led de Mile et Apo sur Time Square ? La levée en masse des Bubbles pour pardonner à Build et le défendre ? KP c’est la saga parfaite, dans la série et autour de la série. Et c’est loin d’être fini. Mon seul bémol, c’est que je n’ai jamais reçu le ticket pourtant acheté dès le premier jour pour le Live Rerun. Bah, tant pis, je me consolerai quand ils viendront en Italie ou à Paris !

  3. Merci pour ce bel article qui décrypte bien la révolution qui se produit actuellement dans le monde des BL. J’ai adoré KinnPosche que j’ai dévoré du premier au dernier épisode. Pourquoi ? D’abord pour le charisme et les relations fusionnelles des personnages. Souvent on a l’impression que les relations dans les BL sont des copier/coller des pires relations de telenovela où le faible homme se met toujours dans les pires ennuis et où l’homme fort arrive à la rescousse pour le sauver et le protéger. Quand même on est en 2022 et ce n’est plus ça qu’on attend dans les histoires d’amour. Dans KinnPorsche les personnages s’aiment et se protègent mutuellement et ils sont tous, pardonne moi l’expression vraiment balèzes. Deuxième raison l’engagement des personnages dont tu as parlé dans ton article. J’avais adoré « Not Me » , c’était la première fois que je voyais un BL « engagé » qui parlait de la lutte pour la reconnaissance des droits des LGBT mais ici à la différence les personnages ne luttent pas pour une quelconque « reconnaissance ». Ils sont comme ils sont, ils l’assument à travers leur liberté de ton, de jeu, et du coup les « conventions » dont tu parles tombent d’elle même. Je pourrais en mettre encore un roman mais je vais terminer avec deux choses qui pour moi sont essentielles dans ce succès : l’humour décalé et là je suis bien d’accord avec toi, c’est une des grandes réussites de KinnPorsche de mettre de l’humour aux moments les plus inattendus. Pour ma part, contrairement à certains avis que j’ai vu passer j’ai adoré. Et enfin le rythme. Une chose qui m’énerve souvent dans les BL c’est la lenteur à laquelle les histoires se développent. Ici pas du tout, les rebondissements, les scènes d’amour, de tendresse, d’humour font que nous ne décrochons pas du début à la fin de chaque épisode. Encore merci pour ton article qui était passionnant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.