Delo : Opposition confinée

Delo (A résidence) s’ouvre sur une citation de Sartre tiré des Mouches. On aurait pu attendre une autre œuvre du philosophe du café de Flore, étant donné que le film du réalisateur russe Aleksey German Jr est un huis-clos.

Après avoir accusé sur Internet le maire de sa ville de détournement de fonds, David, professeur de littérature, se retrouve accusé lui-même d’avoir volé son université et doit rester enfermé chez lui en attendant le procès. Il sait bien qu’il s’agit là d’une vengeance du pouvoir en place. Tout le monde autour de lui lui intime d’accepter de se déclarer coupable afin d’éviter la prison et de rentrer dans le rang. Mais David est têtu et veut se battre contre ce système plus fort que lui.

Vous l’aurez compris nous sommes dans un schéma de David contre Goliath, ou plus exactement David contre la société qui est un thème récurrent à Cannes. Cette année, on l’a retrouvé notamment dans Lingui, Rehana, et d’une certaine façon dans Le genou D’Ahed. Aleksey German dénonce ici de manière efficace l’instrumentalisation de la justice et de la police russe par les puissants pour faire craquer les opposants. La pression n’est pas que symbolique. L’intégrité physique du professeur est régulièrement menacée, il est renvoyé de son université, on finit même par lui couper l’eau courante. La machine ne recule devant rien pour broyer celui qui a dit non.

Au lieu de faire de son film une description mécanique et froide de ce processus, Aleksey German a décidé d’user avec justesse de l’humour et d’une certaine forme de légèreté. Le personnage du professeur est ainsi extrêmement sympathique même dans ses emportements. L’élément déclencheur du courroux politique, un dessin représentant le maire forniquant avec une autruche, est un bon exemple de la dérision employée par le réalisateur. Elle fonctionne d’autant mieux qu’elle contraste avec le traitement glacial infligé au professeur.

Le film pâtit cependant d’une réalisation un peu académique à l’image de son final trop léger et n’arrive jamais à atteindre la puissance qu’un tel sujet réclame. Cela reste cependant un pavé dans le jardin du gouvernement russe. On ne peut pas ne pas penser à son compatriote Kirill Serebrennikov dont le film est très attendu en compétition, qui a fait l’objet d’un procès similaire et qui a également été assigné à résidence. Il souffle un vent de révolte russe sur la Croisette.

Delo, un film de Aleksey German Jr, avec Merab Ninidze et Rose Khairullina

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