Rehana Maryam Noor : Clinique et radical

Pour la première sélection d’un film venant du Bangladesh à Cannes, Abdullah Mohammad Saad, le réalisateur, n’a pas essayé de cajoler son public. Le film qu’il nous propose est à l’image de son héroïne : austère, dur et sans concession.

Dans une école médicale, Rehana, veuve et mère d’une petite fille, est confrontée au viol d’une étudiante par un de ses collègues. Progressivement, la machine implacable du patriarcat va se mettre en branle pour empêcher que l’affaire ne s’ébruite. Face à tous les défenseurs du statu quo, Rehana oppose une volonté inébranlable et un courage en fer forgé. Le film pousse jusqu’au bout la confrontation entre cette femme qui se bat pour ce qu’elle croit juste et la société faite de compromis et de compromissions.

Le bleu froid, omniprésent à chaque plan, donne sa tonalité à ce film clinique. Abdullah Mohammad Saad veut nous montrer la pression accablante que va subir Rehana dans son combat, une pression qui va l’emprisonner dans sa radicalité. Dans une lutte si déséquilibrée, Rehana est obligée de se durcir et de se renfermer sur elle-même. Il n’est plus question d’être aimable, ouverte et compréhensive. La seule issue pour éviter la soumission, est le refus pur, entier et inaltérable. Armée de cette certitude, et malgré les tentatives de conciliation de sa famille, Rehana, portée par Azmeri Haque Badhon, magistrale, va devoir assumer les conséquences de son refus de jouer leur jeu. Quoi qu’il en coûte, comme on dit en ce moment.

Le film accompagne parfaitement l’évolution du personnage et nous fait ressentir, sans fard, ni effet de manches, la colère brute de Rehana. Le cadre toujours un peu instable, les hors-champs qui isolent les personnages, les téléphones omniprésents et irritants, les silences et les regards qui ponctuent les discussions, toute la mise en scène renforce le sentiment d’oppression qui contamine le spectateur. Au fil du film, l’école médicale devient un lieu de plus en plus menaçant et finit par se transformer en piège inextricable. Les portes fermées se multiplient autour de Rehanna, et comme dans tout piège digne de ce nom, plus elle se débat, plus les rets se resserrent.

Dans son dernier acte, le film prend cependant une direction surprenante. Il s’éloigne de son intrigue principale pour mieux capter l’évolution de son personnage principal. Il perturbe le spectateur en lui montrant toutes les conséquences de la radicalité imposée à Rehana. La fin dérangeante, abrupte et d’une puissance rare, enfonce le dernier clou. Abdullah Mohammad Saad va jusqu’au bout de son propos et lui non plus ne fera aucune concession.

Rehana Maryam Noor de Abdullah Mohammad Saad, avec Azmeri Haque Badhon, Afia Jahin Jaima, Kazi Sami Hassan

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