Flashback : vous vous souvenez du Festival image+nation ? Lors de sa dernière édition, en novembre, une séance mettait à l’honneur des courts métrages étudiants, programmés en collaboration avec le MILF Festival. Un festival qui vient justement de tenir sa plus récente édition ce jeudi 8 janvier, au Cabaret Lion d’Or. Et non, bande de gros cochons : MILF signifie ici Montreal International Laureate Film Festival. Rien d’autre. Même si la MILF originelle reste bel et bien Jennifer Coolidge !
Fidèle à son nom, le MILF Fest met en lumière de nouveaux projets portés par de jeunes cinéastes du monde entier. Le tout dans une ambiance décontractée, ponctuée de performances scéniques marquantes, comme le show drag de Giselle Crown, et de cadeaux jetés au public (oui, j’aurais aimé repartir avec une place chez Cinéma Cinéma, mais j’ai pas eu de bol). Un esprit festif, relax et ouvert, qui reflète bien l’ADN de l’événement, créé par Stanley Pham alors qu’il était étudiant à l’Université McGill, et porté par une petite équipe (Stanley et trois potos sûrs, mais c’est lui qui a visionné tout seul les 192 projets soumis pour cette édition !).
Parmi l’ensemble des projets soumis, 18 courts métrages ont été présentés au public, répartis entre les catégories expérimental, comédie, horreur et drame. En plus des prix décernés par le jury (meilleur court métrage, meilleures performances principale et secondaire…) et d’un coup de cœur remis par le Festival du Nouveau Cinéma, le public avait lui aussi son mot à dire en attribuant le très convoité MILF of the Year Award. Le top du top.
Ok bitches, retour donc sur le film sacré MILF of the Year, ainsi que sur nos coups de cœur dans chaque catégorie !
Le MILF of the Year Award : Carnal de Pascal St-Gelais

Dans Carnal, une photographe de mode s’éprend de l’un de ses modèles… qui a pourtant tout du cliché du pur random white boy mannequin. Rien que ça, de base, c’est déjà assez rigolo. Du simple fantasme sexuel à la véritable obsession, il n’y a qu’un pas que cette jeune femme n’hésite pas à franchir.
Présenté dans la catégorie comédie, le court métrage de Pascal St-Gelais lorgne pourtant beaucoup du côté de l’horreur, tant sa mise en scène épouse le caractère obsessionnel de son personnage principal, incarné avec brio par Gabrielle Proulx (également primée pour sa performance). Entre soupirs prolongés et stalking de plus en plus maladif, cette horreur devient si gênante qu’elle en devient drôle, jusqu’à un acte final profondément malsain.
J’ai même eu des flashbacks de la scène de Twilight où Edward devient obsédé par l’odeur de Bella (iconisé en devenant un meme depuis)… si ce n’est que les genres sont ici inversés. Bref : c’était parfait.
Coup de cœur – Expérimental : Straight and in a Circle de Palina Ramashka

Un petit oiseau tente de se frayer un chemin à travers une masse compacte et inhospitalière… dans l’espoir d’y retrouver les siens.
À travers une animation faite main, au crayonné noir et blanc, Palina Ramashka dessine son histoire : celle d’une jeune fille contrainte de quitter la Biélorussie pour la Lituanie, mais aussi, plus largement, celle de millions de personnes déplacées à travers le monde. En jouant avec les échelles, son oiseau apparaît d’abord englouti par la foule, presque dissous dans la masse, avant de croiser un visage familier. À cet instant, les plans se resserrent, le cadre se rapproche, et la distance laisse place à l’intimité.
Straight and in a Circle raconte ces tentatives successives pour trouver sa place, apprivoiser un nouvel environnement, et reconstruire une famille, un groupe. En quatre minutes à peine, son film touche juste, avec une simplicité et une résonance qui n’ont malheureusement jamais été aussi actuelles.
Mention spéciale : pour Chipie de Marilou Blouin (et sa kleptomane ultra-fashionista) et Wildlife Leaflets d’Anna Dossmann (et son délire façon YouTube Poop avec un remontage de documentaires animaliers pour mettre en avant la multiplicité des corps et des genres, qui ne sont pas une curiosité).
Coup de cœur – Comédie : Carrotica de Daniel Sterlin-Altman

Tandis qu’un adolescent écrit une fiction érotique née de son fantasme pour un coach sportif, sa mère chercheuse en biologie végétale (spécialisée dans la fertilité des plantes) est bien trop absorbée par son travail… et par une nouvelle histoire d’amour pour une carotte étonnamment sexy. Récompensé du Cristal du film de fin d’études au Festival d’Annecy en 2024, Carrotica a poursuivi son parcours jusqu’au Québec où il a conquis le public du MILF Fest, qui l’a sacré meilleur film de la catégorie comédie.
Là où Carnal s’aventurait dans un érotisme volontairement cringe, ancré dans une relation profondément malsaine, Carrotica s’empare avec humour de la question du désir à tous les âges. D’un adolescent obsédé par le sexe à une mère célibataire en pleine redécouverte de ses envies, le film de Daniel Sterlin-Altman avance sans filtre et explose toute idée préconçue qu’on pourrait se faire d’un coming-out.
Réalisé en stop-motion, Carrotica se réapproprie aussi les codes de l’érotisme : la fiction écrite par Nadav se déploie en voix off, tandis que les fantasmes de sa mère prennent corps à l’image dans des visions décalées, où couleurs et lumières subliment une carotte humanoïde… et absolument sexy. C’est audacieux, totalement WTF et franchement réjouissant : un grand oui.
Mention spéciale : pour Ghostgirl d’Ashlyn Frank, qui pourrait presque être un spin-off de L’oubliée du cimetière de Greenwood de notre cher Captain Jim.
Coup de cœur – Horreur : Closing Hour de Tim Smink

Mia travaille de nuit dans une station-service. Elle aimerait juste terminer son service tranquillement, mais c’est sans compter sur son petit ami Damon, qui débarque deux minutes avant la fermeture. Le cauchemar de tout employé, encore plus quand il s’agit du type qui t’a déjà bien pris la tête. Et comme si cela ne suffisait pas, un autre individu, masqué et armé, fait irruption dans la station… faisant rapidement dégénérer la situation.
Avec son animation 2D sombre et tendue, Closing Hour me replonge immédiatement dans certains souvenirs de mon époque Code Lyoko. Quant à son décor, il m’évoque irrésistiblement les premières minutes de Resident Evil 2 (parce que faire le plein d’essence à Raccoon City n’a jamais été une bonne idée).
Et malgré ces quelques références qui s’imposent malgré moi, Tim Smink parvient à livrer dix minutes de pure surprise. Ce qui débute comme une querelle amoureuse se transforme en véritable film de monstre, gore et d’une cruauté inattendue. Une proposition hyper radicale et qui donne surtout l’impression d’assister au prologue d’un univers bien plus vaste.
Mention spéciale : pour Bibliophile de Chernster Anderson, meilleure vengeance contre une booktokeuse complètement maboule sous les aspects d’un slasher un peu nanardesque.
Coup de cœur – Drame : PUD’CHALET de Camille Lemay

Avant la destruction du chalet familial, Camille Lemay et ses parents s’y retrouvent une dernière fois. Quelques heures suspendues dans un lieu chargé d’histoire, avant qu’il ne disparaisse définitivement.
Filmer les murs de cette maisonnette, est-ce une façon de mieux se préparer à son absence ? À travers des discussions et des souvenirs partagés, PUD’CHALET redonne vie à un espace pourtant condamné. Les plans fixes sur les pièces désormais vides dialoguent avec les images des murs éventrés sous les dents du bulldozer : les échos du passé deviennent alors les premiers moments d’un nouveau chapitre familial.
Il s’agit d’un récit intime, mais dont la résonance est universelle. Qu’on vende une maison, qu’on déménage ou qu’on assiste à une démolition pure et simple, PUD’CHALET capture ces instants de fragilité où l’on apprend à dire adieu.
Mention spéciale : pour Nous trois de Katherine Messier, où le préquel à un plan à trois qui rappelle que l’envie, c’est capital.
La liste complète des films officiellement récompensés au MILF Fest :
- MILF of The Year Award – Présenté par Cineground : CARNAL de Pascal St-Gelais
- Prix Coup de Coeur du FNC : PUD’CHALET de Camille Lemay
- Prix du Jury pour le meilleur rôle principal : Gabrielle Proulx dans CARNAL
- Prix du Jury pour le meilleur rôle secondaire : Suzanne Poirier dans Le scorpion et la grenouille
- Prix du Jury pour le meilleur court métrage – Présenté par SLA Location : Per Te de Justin Genest
- Prix du Public pour le meilleur court métrage dans la catégorie drame : Per Te de Justin Genest
- Prix du Public pour le meilleur court métrage dans la catégorie comédie : Carrotica de Daniel Sterlin-Altman
- Prix du Public pour le meilleur court métrage dans la catégorie expérimental : Chipie de Marilou Blouin
- Prix du Public pour le meilleur court métrage dans la catégorie horreur : Closing Hour de Tim Smink
(parce que les prix du jury Cinématraque, ils n’existent encore que dans mes rêves)
Bye le MILF Fest, et à l’année prochaine ?

