Festival image+nation : notre coup de cœur pour la soirée étudiante

Hé, mais c’est qu’on enchaîne les festivals à Montréal dites donc ! On est cette fois à la 38e édition du festival image+nation, dix jours pour célébrer le cinéma queer sous toutes ses formes et ses origines. Et quoi de mieux pour commencer que de mettre en avant une nouvelle génération de cinéastes à travers une soirée étudiante ?

Créée en partenariat avec le MILF Festival (un très joli nom pour un événement également dédié aux artistes émergeants), la sélection de cette soirée rassemble les œuvres d’étudiant.e.s en cinéma à travers le Québec.

Sept courts métrages qui fluctuent entre les genres et les thématiques : documentaires sur l’histoire de la communauté queer de Montréal ou sur l’impact des coups d’un soir, film noir lesbien, plongée dans le burlesque ou un monde étrange… Un cocktail aussi flamboyant que la communauté qu’il représente.

Emboîter leurs pas, de Manuel Orhy Piron

Emboîter leurs pas commence par un triste constat : l’histoire de la communauté queer n’est que parcellaire. Beaucoup d’expériences, de luttes et de voix ont été oubliées, invisibilisées ou tout simplement jamais documentées. C’est donc en (r)ouvrant quelques cartons au Centre d’archives gaies du Québec que Manuel Orhy Piron fait renaître des fragments d’histoires. C’est bien elle qui se dessine à travers les témoignages de Michel et René, le premier couple gay marié légalement au Canada, de Linda et Catherine, propriétaires du bar lesbien Le Kiev (et DJ !), et de l’artiste d’origine coréenne Kimura Byol.

Retrouver des photos, vidéos ou des objets clés de leur passé font autant renaître leurs souvenirs que donner corps au film : la simple apparition des costumes de mariés de Michel et René, manipulés avec précaution – parce qu’ils ont leur place dans un musée, suffit à faire monter les larmes. Il est en effet nécessaire « d’emboîter » leurs pas : de préserver la mémoire de celleux qui nous ont précédées, et de marcher dans leur pas pour continuer une lutte qui n’en finit pas. Bref, un film d’utilité publique, au Québec comme partout ailleurs.

Solarium, d’Antoine Collins

Mona vit avec ses deux colocs dans un appartement calfeutré, entièrement coupé du monde extérieur. Leur vie se résume à : faire la teuf et le ménage (mais pas en même temps). Mais des envies d’ailleurs se dessinent à travers les coupures de journaux collées sur les fenêtres. Le bruit de la ville effervescente attire peu à peu Mona : qu’est-ce qu’il y a, dehors ?

Solarium, c’est l’un des films WTF de cette sélection. On a pas trop compris où ça voulait en venir (est-ce si important que ça ?), mais il y a une masse de jolis plans en double focale (De Palma serait content s’il voyait ça), des corps balancés dans un escalier (long, très très long, apparemment) et de la grosse musique qui fait boum boum boum. Personnellement, j’y verrais une projection de mon subconscient ultra-méga-giga-hypocondriaque en période de COVID. Mais je pense que je me plante.

Fatal Temptation, d’Alyssandre G. Sigouin

Fatal Temptation démarre comme un film noir : un noir et blanc éclatant, la voix-off d’une détective privée en train d’arrêter l’homme qu’elle cherchait avant qu’il ne soit abattu devant ses yeux… et une mystérieuse rencontre dans son bureau avec sa cliente, à peine revenue de la scène de crime, encore tâchée de sang.

Le court métrage d’Alyssandre G. Sigouin a vraiment tout du genre. Une enquêtrice désemparée par une situation qui lui échappe, un environnement sombre, pluvieux et macabre, et un personnage qui débarque pour tout chambouler. On se doute très vite de ce qui pourrait bien ce passer. Mais le twist, c’est qu’il s’agit d’un film lesbien… où les femmes reprennent le contrôle de leur existence et font justice elles-mêmes. On aime ça !

Burlesque, de Maegan Nader et Léa St-Denis

On retourne au documentaire avec une plongée dans le seul et unique cabaret burlesque de Montréal, le Wiggle Room. Juste à côté du Cinéma du Parc ça, c’est bon à savoir. Entre scènes de performance et témoignages, les différent.e.s artistes du cabaret se dévoilent à la caméra de Maegan Nader et Léa St-Denis. Il s’en dégage un profond sentiment de générosité et de proximité avec le public, mais surtout un véritable plaisir à être sur scène.

Burlesque vient bouleverser les idées reçues sur le genre : la vulgarité, l’érotisme, le grotesque… Ces mêmes reproches qu’on peut aussi faire à la scène drag, alors que le show proposé par le Wiggle Room n’a rien de tout ça. Diversité des genres, des formes, des âges… Les artistes sont tout autant variés que leurs performances elles-mêmes. Et ne serait-ce que pour l’apparition d’une danseuse « approuvée » par David Lynch pour faire une apparition lors de l’avant-première de Twin Peaks : The Return, ça vaut le coup.

L’art du dernier soir, de Nicolas Leclair

Bah purée, si j’avais su qu’on projetait un biopic sur ma vie sentimentale, j’aurais préféré qu’on me prévienne quand même. L’art du dernier soir, c’est la façon qu’a Nicolas Leclair de revenir sur une période de sa vie amoureuse et sexuelle, au sortir de l’adolescence, marquée par des coups d’un soir fréquents.

À l’aide de deux acteurs, le réalisateur revisite de manière assumée et explicite ses désirs (ou ce qu’il pensait être ses désirs), ainsi que son ressenti face à ces moments de sexe quasi-robotiques, centrés sur la performance, où la communication et l’expression des émotions sont réduites au strict minimum. En mêlant enregistrements audio, images de trajets filmés au téléphone, sans aucun visage autre que l’acteur incarnant Nicolas, on se croirait un peu devant le Projet Blair Witch du cul (c’est un compliment, et mention spéciale au mec glauque dans sa chambre glauque de motel glauque).

En gros : une excellente retranscription des conséquences de l’ère Grindr, bien plus répandues dans la communauté gay qu’on ne veut le croire (ce qui me rappelle de vous inviter à lire Ce que Grindr a fait de nous de Thibault Lambert). Et surtout, une manière de rappeler que le sexe se fait à plusieurs, et que l’on mérite mieux que des rencontres dénuées de partage.

Fulgora, de Mathilde St-Amant

Félix, acteur en pleine ascension (et non, toujours pas le chat roux de mon ancienne coloc), commence à perdre espoir. Il en a un peu marre qu’on le cantonne aux rôles de machos. Jusqu’au soir où il croise l’un de ses anciens professeurs, qui est aussi drag queen. Une nouvelle porte s’ouvre alors : un rôle dans une comédie musicale résolument queer.

Le Fulgora, c’est une famille de papillons. Une famille qui accueille Félix à bras ouverts et lui permet d’entrevoir une part de lui-même qu’il n’avait encore jamais explorée. L’intention est vraiment belle, même si la mise en œuvre manque parfois de finesse : la métaphore de la chenille qui devient papillon est un peu appuyée, et le jeu des comédien.ne.s se révèle inégal (et, soyons honnêtes, Félix en macho n’est pas tout à fait convaincant). Mais malgré ces petites fragilités, le film conserve une vraie douceur, et rien que pour le numéro final, lumineux et généreux, le court métrage mérite le détour.

Stubble, d’Emma Zuck

Dernier court métrage de cette soirée étudiante, Stubble d’Emma Zuck repart du côté du documentaire avec une forme audacieuse.

La cinéaste questionne plusieurs personnes sur leur façon de paraître doux ou rigide au quotidien. Deux caractéristiques qu’on applique plus particulièrement, de façon à peine clichée, à la gente féminine, qui permettent de creuser aussi davantage la question du genre ou des relations qu’on entretient les uns avec les autres. Une réjouissante expérience intergénérationnelle.

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