En seulement deux films, Beyond the Infinite Two Minutes (2020) et En Boucle (2023, sans commentaire sur le temps que ça a mis à arriver en France mais mieux vaut tard que jamais), Junta Yamaguchi s’est imposé comme un petit chouchou Cinématraquien – en tout cas si on se base sur un échantillon de trois membres, soit notre rédacteur en chef, Captain Jim, Gabin, et moi-même.
Les deux films sont basés sur le principe des boucles temporelles, et bien que différents sur le reste, ils sont tous deux touchants, drôles, et juste ce qu’il faut de mystérieux. De passage à Montréal où il présentait En Boucle à l’occasion de l’édition 2023 (sans commentaire on a dit…) du festival de films de genre Fantasia, j’avais eu la chance de lui poser quelques questions.
Tout d’abord félicitations pour ce deuxième film, qui, à mes yeux, est encore meilleur que le premier. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi le thème du temps en forme de boucle revient dans les deux ?
J’appartiens à une troupe de théâtre basée à Tokyo, et nous montons surtout des pièces à propos du temps, avec un côté science-fiction. Pour moi qui vient de ce milieu et qui n’en est qu’à mon second film, c’est tout naturellement que je me suis inspiré du travail de la troupe.
On sent d’ailleurs clairement l’influence du théâtre dans vos films, particulièrement dans Beyond the Infinite Two Minutes.
Oui, c’est probablement un de mes traits caractéristiques (rires) !
Avez-vous déjà pensé à la suite ? Pensez-vous continuer à explorer les boucles temporelles et le temps en général dans le futur ?
Je pense que oui, si mon producteur [présent dans la pièce, NDLR] est ok avec ça ! (rires)
Dans En Boucle, vous avez de nouveau engagé des acteur.ice.s qui étaient dans Beyond the Infinite Two Minutes. L’avez-vous fait dans une idée de relier les deux films en tant que parties d’un même univers, ou en forme de « timeline » parallèle, si on veut rester dans le thème ?
Oui j’ai effectivement repris à peu près la moitié du cast d’un film à un autre, mais En Boucle propose un décor et une histoire complètement différent.e.s du premier film. Et si je devais réengager encore ce cast pour un autre film, ce serait encore pour quelque chose de différent. Je ne suis en tout cas pas allé bien loin pour les trouver, puisque la plupart font partie de ma troupe de théâtre !
Vous mettez en scène mais vous ne jouez pas vous-même, ni dans la troupe ni dans vos films ?
Je n’en ai ni l’intention ni l’intérêt (rires) !
Vos deux films se basent sur des boucles de deux minutes, tournés en (vrais ou faux) plans-séquences. Est-ce que vous demandez beaucoup de répétitions à vos acteur.ice.s pour obtenir ce rendu quelque peu effréné, et très vivant ?
Pas vraiment des répétitions en tant que telles, mais nous avons beaucoup tourné. Pour chaque séquence de boucle temporelle, qui dure deux minutes, nous faisions environ 10 prises, et il y a environ 30 retours en arrière dans le film, ce qui donne un total de 300 prises à jouer, mais aussi à dérusher et monter ensuite. Pour chaque séquence, j’ai généralement conservé au montage la première prise où iels y arrivaient sans erreurs… mais c’était rarement la toute première qu’on tournait (rires) !

Est-ce que les acteurs ont tout de même pu répéter un peu sur site avant d’allumer les caméras ?
Non, nous n’avons pas pu répéter du tout avant de tourner. Lorsque nous tournions, nous devions arriver à l’aube pour que chacun.e prenne ses repères et positions avant de tourner. La raison pour cela est que l’auberge où nous tournions est plutôt populaire et nous devions déranger le moins possible leurs affaires et leurs clients ! C’est une très bonne adresse (rires).
Combien de temps avez-vous tourné sur place ?
Nous avions 11 jours seulement pour tourner le film, et nous étions aussi contraints par la lumière du jour, qui était restreinte à cette saison de l’année [l’hiver NDLR], puisque nous tournions en lumière naturelle. Il n’y aucune scène tournée en studio.
Il y a des scènes où on voit la neige et d’autres non, ce qui interpelle puisque le film est censé se dérouler toujours la même journée. Était-ce justement à cause du fait que vous tourniez en extérieur et étiez dépendant de la météo du jour, ou s’agit-il d’un choix de scénario et/ou de montage ?
Il s’agit en fait d’un choix tout à fait conscient : quand le personnage principal, Mikoto, se tourmente, la neige tombe. Je voulais aussi représenter d’une façon imagée le dieu de la rivière, qui dirait à Mikoto d’arrêter de faire des choses qu’elle pourrait regretter !
Diriez-vous que le succès du premier film a aidé celui-ci ?
J’en suis même sûr ! Le concept de boucle temporelle est populaire et traverse les frontières, comme on a aussi pu le voir avec Tenet de Christopher Nolan, ou le deuxième Spider-Verse [de Joaquim Dos Santos, Kemp Powers, Justin K. Thompson, NDLR]. C’est drôle parce qu’on a tourné à peu près au même moment, il devait donc y avoir une résurgence de ces thèmes dans le cinéma à cette époque-là.
Dans ce film, on voit aussi autre chose du Japon qu’une ville/mégalopole, qui a été très représentée au cinéma. Pensez-vous que ça va encourager les gens à sortir un peu des sentiers balisés du tourisme là-bas ?
Je le crois et je l’espère. C’est également pour cette raison que j’ai choisi de planter le film dans ce décor, très représentatif des environs de Kyoto. Même la personnalité des personnages est quelque chose que les Japonais.es reconnaissent comme étant très « Kyoto-esque » !
Pour finir, voulez-vous ajouter quelque chose pour votre public français ?
Fantasia était mon premier festival en Amérique du Nord, et quand j’ai vu la réaction du public ici, qui riait beaucoup, cela m’a rappelé que la toute première fois que j’ai présenté mon film précédent en dehors du Japon était en France, à Paris, au Kinotayo [festival du film japonais contemporain, NDLR]. Les Français.es avaient eu l’air de beaucoup l’apprécier, alors j’espère que je pourrais revenir dans ce pays présenter celui-ci et qu’ils l’aimeront tout autant !
En Boucle, un film de Junta Yamaguchi. 1h26. Sortie le 13 août 2025.


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