Brief History of a Family : adopte un mec

J’aurais payé cher pour voir Brief History of a Family avec Super Nanny ou Pascal le grand frère. That’s it. That’s the tweet. On me dit dans mon oreillette que je ne suis pas en train d’écrire sur le réseau social d’Elon Musk, mais bien un article sur Cinématraque. Soit, moi aussi je vais essayer de respecter l’autorité.

Passé par la Berlinale, Sundance, ou Reims Polar, le premier long métrage de Jianjie Lin vient bousculer la sphère familiale chinoise. On y suit Shuo, un jeune homme solitaire, qui se rapproche peu à peu de l’un de ses camarades de classe, Wei, fils unique d’une famille aisée. La complicité entre les deux adolescents se développe, Shuo passe de plus en plus de temps chez son ami. Mais sa personnalité mystérieuse amène Wei à douter de ses véritables intentions…

Quand le lit des parents est bien plus confortable que le tien

Le mystère est un élément clé de la mise en scène de Brief History of a Family. Car du personnage de Shuo, on ne saura finalement pas grand chose. Excepté bien sûr sa solitude, d’emblée, avec ces longs plans fixes au sein de son école, où il est paradoxalement écrasé par le vide autour de lui. L’arrivée de Wei dans son quotidien est presque une anomalie, la relation entre les deux garçons ne débutant pas du bon pied. Mais de cette anomalie vient une ouverture, et pour Shuo – qui plonge en plein dedans – un échappatoire chez une autre famille. On ne sait de lui que ce qu’il laisse bien entendre : sa mère est morte, son père est absent. Mais cela se ressent tout autant à l’image. À aucun moment nous n’irons chez Shuo. La caméra nous emmène soit chez Wei, soit dans les endroits où les deux garçons se réunissent. Comme s’il ne pouvait pas en être autrement.

Cette autre famille, celle de Wei, n’est après tout qu’un simulacre du foyer parfait. Un bel appartement, des œuvres d’art, des livres et de la musique en abondance. Mais quelque chose cloche. Entre une image froide et (une fois encore) souvent fixe, les repas en famille ou les retrouvailles entre Wei et ses parents sonnent faux. Même quand ils partagent le cadre. Quand Shuo s’immisce de plus en plus dans la vie de Wei comme à l’image, vient la peur du « remplacement ». Pour Jianjie Lin, Brief History of a Family était l’occasion de questionner les conséquences du modèle de l’enfant unique dans la société chinoise, alors même que les couples sont aujourd’hui autorisés à avoir un deuxième enfant. La présence vénéneuse de Shuo en est l’extension : y a-t-il la place pour deux enfants, ou ne peut-il en rester qu’un ?

Cette histoire de famille lorgne parfois du côté du film de genre, tant Xilun Sun hypnotise dans le rôle de Shuo : sa pudeur apparente, qui est ce pourquoi le réalisateur a choisi le comédien, cède la place à un regard et des sourires toujours ambivalents. Sincérité ? Menace ? Face à lui, Lin Muran ne démérite pas dans la peau de Wei, tourmenté entre les attentes de sa famille, l’envie de s’affirmer, et l’impression de voir son rôle de fils disparaître au profit de son ami. Avec une telle tension, c’est toujours pas avec ce genre de film que j’aurai envie d’avoir des gosses.

Brief History of a Family, un film de Jianjie Lin. Avec Lin Muran, Xilun Sun, Zu Feng, Ke-Yu Guo… Sortie française le 13 août 2025. 

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