Du 11 au 16 mai dernier, la sphère montréalaise se donnait rendez-vous comme chaque année à la Cinémathèque québécoise pour les Sommets du cinéma d’animation.
L’occasion de découvrir, sur six jours, des sélections de courts métrages en compétition, des longs métrages en salle ou en terrasse (même si le beau temps a fait son petit cachotier) et de rencontrer des professionnels du domaine. Ça fait toujours plaisir de passer un petit 5 à 7 avec LA bière des Sommets, créée spécialement comme tous les ans, puis d’avoir l’opportunité de rencontrer Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, fraichement oscarisés pour La jeune fille qui pleurait des perles. On en parlait d’ailleurs à l’occasion de sa présentation en ouverture du Festival d’Annecy l’an dernier !
On a laissé le temps que la fièvre cannoise s’apaise avant de revenir sur nos coups de cœur au format court de cette édition. Entre courts métrages étudiants, vidéoclips, documentaires ou expériences plus ou moins définissables, il y en avait pour tous les goûts !
Ultra forte, de Catherine Lepage

Auréolé du Prix du public et d’une Mention pour le meilleur film d’animation, Ultra forte fait un ultra bon début avant de se retrouver en compétition au Festival d’Annecy cet été. On replonge dans les jeunes années de la réalisatrice : les années lycée, celles où l’on veut séduire et vivre ses premières romances… quitte à devenir une autre personne que soi-même. Ultra forte repousse les limites du récit d’introspection en jouant avec les conventions et les clichés de son époque, mais c’est surtout l’autodérision qu’éprouve la réalisatrice pour son alter-ego animé qui permet d’autant s’y identifier.
Ajoutez à cela une animation ultra pop, ultra colorée (je sais pas pourquoi j’ai pensé à une version sous acides de Angela Anaconda, qui était déjà un truc sous acides, en fait), une équipe de production ultra féminine… et une musique ultra présente, elle-même personnage de l’histoire. On aurait pu croire qu’un autre comédien aurait pu lui prêter sa voix, mais le « mentor » de Catherine n’est autre que Bruce Dickinson, le légendaire chanteur de Iron Maiden. Le rock s’impose aussi avec la présence de Regine, l’une des cofondatrices de Arcade Fire, qui assure le rôle de narratrice en plus de composer la musique du court métrage. Des guides qui accompagnent Catherine à travers sa métamorphose, et qui lui assurent qu’être rock, c’est avant tout… être soi. Et c’est ça, être ultra forte.
Hôpital, mon amour, de Carine Khalifé

Issu du programme Alambic, qui permet à de jeunes cinéastes d’animation de produire un court métrage de trois minutes maximum en l’espace de six mois, le film de Carine Khalifé est lui aussi une exploration du passé de sa réalisatrice. Fille de chirurgien et baignée dans le milieu hospitalier, elle ne peut que constater avec les années l’effacement progressif du lien qui unit les patients et leurs médecins. Lorsqu’elle présentait son film, la cinéaste se demandait si elle avait pu en raconter « assez » en trois minutes : qu’elle se rassure, il s’agit d’un parfait condensé de tout ce qui ne va pas dans le milieu hospitalier ou dans le système de santé aujourd’hui, au Québec comme ailleurs.
Et c’est justement à travers les différentes techniques d’animation employées que l’on voit peu à peu cet émerveillement disparaitre : la découverte du monde hospitalier se faisait en peinture, dont les couleurs s’affadissent au profit d’un terne noir et blanc crayonné. Ce monde coloré et plein d’espoir devient inaccessible et la réassurance laisse place à la crainte. Celle de ne pas être considéré, de passer des heures aux urgences et de voir son état empirer…
C’est toutefois sur une note positive que Carine Khalifé préfère terminer son court métrage : des professionnels de santé qui, en dépit des circonstances, font de leur mieux pour exercer leur métier. Prends ça, Thomas Lilti, on a résumé toute une saison d’Hippocrate en trois minutes ! Et maintenant je donnerais presque tout pour voir un épisode de la série animé.
COWMAN, de Jiwoo Kim

Dans la catégorie « j’ai aucune idée de ce que je suis en train de regarder », COWMAN se pose là. Sept minutes de pur n’importe quoi, durant lesquelles un fermier bodybuildé (l’ersatz agricole de Mario) tente de sauver sa vache favorite d’une invasion extraterrestre. Rien qu’à en voir l’image choisie pour illustrer l’article, vous pouvez voir que c’est effectivement un mindfuck complet, mais ça ne s’arrête pas là.
Plus on avance, et plus c’est absurde, et le décalage entre le style plutôt enfantin de l’animation (oui c’est trop mimi… au début) et le propos fait qu’on ne peut pas s’empêcher de rire. En tout cas, pour moi, puisque j’ai probablement été la personne à rire de la façon la plus longue et audible de la séance. Déso, pas déso.
Secret Handshakes, de Jenna Marks

Réalisé en claymation (c’est toujours plus classe que de dire « fait en pâte à modeler »), Secret Handshakes est le clip vidéo de la chanson éponyme de Moira & Claire, deux sœurs chanteuses, canadiennes (hello à la province de Nova Scotia !) et queer friendly. Bref : de quoi cocher le bingo de ce qu’on aime ici chez ces gros gauchiasses de Cinématraque.
À partir cette douce balade, l’animatrice Jenna Marks fait défiler sous nos yeux une histoire d’amour entre deux femmes – et leurs souvenirs partagés années après années. Des moments de joie simples se succèdent, leurs couleurs vives prenant le pas sur le reste de l’image entre des regards et des embrassades échangées. Un mélange qui se marie à la perfection avec la voix cristalline des deux sœurs.
Des gens vivent ici, de Gabrielle Côté

Mention de la compétition étudiante, Des gens vivent ici utilise l’art du collage et du scrapbooking au format vidéo pour retracer l’histoire de Montréal. Une ville dont le patrimoine architectural se voit menacé par la gentrification, la démolition de bâtiments historiques au profit de tours ou ouvrages lisses, sans âmes… qui se matérialise par l’intermédiaire d’un camion rempli de cônes annonciateurs de travaux à n’en plus finir. Il ne manquait plus que les nids de poule et la mairesse Soraya avec la dépanneuse de son auto.
Une méthode d’animation très astucieuse, qui contribue à la mise en place d’une vision futuriste de Montréal absolument cauchemardesque, régie par l’IA et où toute trace de nature aurait quasiment disparu : ChatMTL. Mais tout n’est pas perdu puisque oui, des gens vivent ici. Et ce sont leurs initiatives qui permettent à la ville et à la nature de renaître. À Montréal comme partout dans le monde, l’espoir peut renaitre. Bref : encore un super court métrage pour les gros écolo-gauchos que nous sommes.
A suivre dans la deuxième partie de nos coups de cœur des Sommets du Cinéma d’animation !

