FFCP 2022 : « Life is Beautiful », même au bout du rouleau

Quand il a fallu présenter Life is Beautiful, le chef programmateur du Festival du Film Coréen à Paris David Tredler n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : une fois le film de Choi Kook-he découvert, il n’y avait pas d’autre alternative pour le film d’ouverture. Ou plus simple encore, le festival n’aurait pas eu lieu sans Life is Beautiful de Choi Kook-hee ! Pour ma première édition du FFCP en tant que spectateur, moi qui ne connais du cinéma coréen que les films de Bong Joon-ho, Park Chan-wook, les quelques films complètement tarés de l’Étrange Festival et les épisodes de Run BTS (oui, c’est du cinéma), je me suis dit « awékanmêm » :

  1. C’est dire à quel point j’étais capable d’avoir une pensée intelligible et intéressante ce mardi 25 octobre à 20h00.
  2. Je me suis dit exactement la même chose quand j’ai compris que le réalisateur Choi Kook-hee allait se retrouver assis deux sièges à ma gauche, alors que je pensais être tranquille peinard installé au dernier rang de la grande salle du Publicis.
  3. Je me suis re-dit la même chose quand j’ai vu défiler sur l’écran un spot de certification d’excellence de l’image et du son de la grande salle du Publicis.
  4. Et en fait, toutes les salles devraient utiliser Life is Beautiful comme film de référence afin de déterminer la qualité de leur installation sonore et vidéo.
Bah oui, ils s’aimaient quand même à un moment, c’est fou.

De Life is Beautiful, je ne savais quasiment rien avant de venir si ce n’est qu’il s’agissait d’une comédie musicale. Je ne savais pas non plus que j’allais vivre l’une de mes plus belles séances au cinéma de l’année. L’une de ces séances où la salle est bondée et en communion totale, où la chaleur s’installe peu à peu malgré la sobriété énergétique tant l’expérience est vibrante. Dès sa première séquence, le film de Choi Kook-hee annonce clairement la couleur : la vie est belle… même dans ses moments les plus durs. Alors que son mari Jin-bong (Ryu Seung-ryong) l’attend à l’hôpital, Se-yeon (Yum Jung-ah) se perd en cours de route et revit les premiers jours de sa relation devant un cinéma… où trône en grand l’affiche d’un certain Parasite. Tout se fige autour d’elle avant que la danse et le chant fassent revivre le souvenir d’un bonheur passé…

L’instant d’après, tout s’effondre. La toux persistante de Se-yeon est en fait un cancer du poumon en stade terminal. Il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Face à un mari négligeant et désobligeant et des ados en pleine crise, l’une dans le conflit, l’autre dans le silence, Se-yeon décide d’utiliser le peu de temps qui lui reste pour vivre pleinement. Et pour ça, elle compte retrouver Jeong-woo, son amour de jeunesse !

C’est pas l’air de la région parisienne ça.

Personne ne sera surpris d’apprendre que Choi Kook-hee s’est inspiré entre autres des films de Jacques Demy. Si Demy vous ennuie, rassurez-vous : on est pas sur du chanté non stop façon Les Parapluies de Cherbourg, on alterne entre comédie classique et scènes chantées. Plus l’on avance, plus les numéros musicaux sont de plus en plus sophistiqués – les chorégraphies vivantes, les costumes flamboyants, les décors détonnants. Chaque chanson est l’occasion de plonger soit dans la psyché des personnages, soit de redonner vie à une période spécifique de leur vie. Pas question de nous assommer de flashbacks sans intérêt, mais justement de faire resurgir le bonheur dans un moment lugubre. Et puis, ça permet aussi de mieux faire passer le rajeunissement des acteurs. Chaque chanson semble avoir été écrite pour le film alors que c’est tout le contraire : Choi Kook-hee s’est inspiré de classiques de la musique coréenne des années 1970 à 2000 pour construire son scénario.

La vie est belle, même si ce sont des montagnes russes. Et c’est aussi ce qu’est le film, tant il navigue d’un extrême à l’autre : du tragique au comique. À aucun moment il n’est question d’oublier l’issue qui attend Se-yeon, tout comme elle ne connaîtra aucune guérison miracle, et pourtant on rit autant qu’on pleure. Grâce à la relation qu’elle entretien avec son mari, parfaite définition de l’amour vache : monsieur beugle au lieu d’appeler sa femme, se met à crier à la moindre phrase, sort la plus grosse connerie possible. L’exemple parfait de l’homme qui tient à dissimuler sa peur, alors qu’il tombe l’armure le jour où il doit partir pour le service militaire – son enrôlement, où le ballet de soldats réglés au millimètre près devient un cœur qui laisse une femme qui ne veut laisser partir son débilos de mari. Et même quand on pense savoir à quoi s’attendre, notamment à travers cette histoire d’amour de jeunesse, Choi Kook-hee envoie valser nos idées reçues. Jusqu’au bout, Life is Beautiful est plein de surprises. De celles qui font passer du rires aux larmes et qui vous font espérer secrètement qu’un distributeur se cachait dans la salle pour décider de donner la chance à d’autres spectateurs de vivre la même expérience dans la France entière. Un film pareil en VOD, ce serait un crime.

Life is Beautiful 인생은 아름다워, de Choi Kook-hee. Avec Ryu Seung-ryong, Yum Jung-ah, Ong Seong-wu… Présenté en Première française en ouverture du 17e Festival du film coréen à Paris. Date de sortie française inconnue.

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