France : L’heure de la pro

Converti depuis quelques années à l’exercice comique parfois musical, entre Ma Loute, ses escapades télévisuelles avec Ptit Quinquin et Coin-Coin et son diptyque sur Jeanne d’Arc, Bruno Dumont continue de creuser le sillon bizarre de sa carrière en se frottant ici à un exercice toujours plus novateur dans sa filmographie : une satire du showbiz à casting cinq étoiles. Loin des drames arides des débuts remplis de comédiens non professionnels, le réalisateur nordiste se frotte cette fois-ci aux stars du cinéma, et en particulier une : Léa Seydoux, recordwoman d’apparitions en compétition cette année avec pas moins de quatre films, casés quasiment tous sur la fin du festival pour préparer une rafale de tapis rouges glamour. Tapis rouges qui n’auront finalement pas eu lieu au grand dam de Thierry Frémaux et Pierre Lescure du fait du contrôle positif au COVID de l’actrice quelques heures avant son arrivée à Cannes.

Le casting de vedettes n’est pas une nouveauté à proprement parler chez Dumont (qui s’était déjà frotter à Binoche, Lucchini et ses glycines dans Ma Loute), mais le cadre de son film, lui, l’est. Seydoux incarne ici France De Meurs, journaliste vedette d’une chaîne télé d’info en continu, i, vedette de la chaîne grâce à ses reportages tournés sur les théâtres de guerre aux quatre coins de la planète. Clair croisement entre une Laurence Ferrari (son plateau est quasiment identique à ceux de feu iTélé, aujourd’hui CNEWS) et un Bernard Henri-Lévy, la journaliste toujours flanquée de son assistante incarnée par Blanche Gardin voit sa vie basculer le jour où elle renverse au volant de sa voiture un motard. Fragilisée par l’événement, France va désormais connaître la vie de l’autre côté des spotlights.

Comme souvent dans les films récents de Bruno Dumont, France est un film tout en rupture de tons avec un jeu permanent sur la théâtralité des comédiens. Le film s’ouvre sur un premier acte mené à toute berzingue, une comédie mal élevée sur les mesquineries du monde des médias s’ouvrant notamment sur une séquence d’ouverture débridée, une conférence de presse justifiant par un artifice de montage assez fou le nom de l’héroïne. Réservant quelques jolis moments d’émotion sur son versant intimiste à travers la relation qu’elle noue avec la famille du jeune motard accidenté, dont on ne sait jamais si celle-ci est totalement sincère ou feinte, la première heure de France dessine le portrait nuancé d’une femme dont on ne sait si elle cherche à fendre la carapace de son personnage public ou si elle n’est pas juste une grande manipulatrice des foules, et par extension du spectateur.

Le film bascule alors lorsque France décide de quitter Paris pour se réfugier dans une cure à la montagne éloignée du battage de la vie parisienne. S’enclenche alors une série de rencontres, de décisions et de relations qui font passer le film dans une autre tonalité. France devient alors un portrait tragi-comique boursouflé lancé dans une surenchère permanente dans le style comique qu’affectionne tellement Dumont : excès du jeu d’acteur dans des proportions de plus en plus grotesque, excès dans les effets de mise en scène (avec en apothéose une scène d’accident de voiture à provoquer l’hilarité générale de la salle), excès des situations reproduites à l’infini au risque de faire patiner le récit.

Après une première heure qui laissait augurer d’une satire sincère et amusante de la société des éditorialistes et journalistes de salon, France finit rapidement par nous laisser sur le bas-côté, Dumont choisissant volontairement de couper court à certaines intrigues pour les remplacer par d’autres sans grande raison. Le rythme flottant du film finit par se retourner contre lui, au point qu’on se demande véritablement ce que veut montrer ou même filmer Bruno Dumont. Pas vraiment une réflexion sur le milieu du journalisme contemporain et ses tentations dangereuses de starisation, ni vraiment cartographie de la psyché d’une femme égarée dans les contradictions de son métier et de son statut social, France semble relever d’un exercice de manipulation du spectateur que n’aurait pas renié son héroïne. Le problème, c’est que comme lorsqu’on se retrouve un peu trop longtemps devant une chaîne info où les gens ne font que parler faussement pour ne rien dire, on est vite tentés à un moment de prendre sa télécommande pour changer de chaîne…

France de Bruno Dumont avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay, sortie en salles prévue le 25 août

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