Haut et fort : Beaucoup de bruit pour rien

Réalisateur emblématique du cinéma marocain depuis l’énorme succès dans son pays natal de Mektoub en 1997, Nabil Ayouch tournait depuis longtemps autour de la compétition cannoise. Après une sélection en 2012 dans la section Un Certain Regard avec Les Chevaux de Dieu puis un détour par la Quinzaine des Réalisateurs trois ans plus tard avec Much Loved, chronique sur le quotidien d’un groupe de prostituées qui avait valu au film une interdiction de cinéma sur le territoire marocain, le réalisateur fait enfin ses premiers pas dans la sélection reine avec ce Haut et Court où il s’attaque une nouvelle fois à l’obscurantisme religieux de la société contemporaine de son pays sous un autre angle cette fois-ci : le hip-hop et les aspirations à la liberté de la jeunesse marocaine, aux côtés d’acteurs pour la quasi-totalité non professionnels.

Ismail est un ancien rappeur qui décide d’ouvrir un atelier consacré au rap et au hip-hop dans un centre culturel d’un quartier populaire de Casablanca. A ses côtés, il va découvrir un groupe de jeunes talents de la ville, qui chacun va trouver à sa manière aussi bien dans la musique de la danse le moyen de s’échapper de son quotidien mais aussi de s’élever contre le mépris de la société de leur pays envers les jeunes. Au fil des ateliers et des répétitions, il va apprendre à ces jeunes à vivre leur passion et comprendre les racines du mouvement et son impact comme outil de revendication, quitte à se frotter aux franges les plus conservatrices des familles de chacun.

Exposé comme tel, Haut et Fort avait le potentiel de jouer le rôle du film fédérateur et positif, celui qui arrive sur la pointe des pieds dans la dernière ligne droite d’une sélection qui jusqu’ici n’a jamais vraiment réussi à faire émerger un favori incontestable, avant d’empocher le morceau en jouant le rôle du bon compromis. En l’état, difficile de reprocher quoi que ce soit aux très nobles intentions du cinéaste, qui livre ici un portrait humain et généreux d’une jeunesse aux abois, qui fait évidemment écho aux révoltes qui ont essaimé dans la région depuis le Printemps Arabe tunisien fin 2010. Noble, digne, jamais trop appuyé dans son propos, le film de Nabil Ayouch est un aimable film feel-good à portée sociale qui saura forcément trouver écho chez certains.

Calibré pour faire le tour des circuits éducatifs et écumer les programmes de Collège au cinéma avec ses grands dialogues sociétaux sur la place dans la religion, le sexisme et la pauvreté latente dans la société marocaine, Haut et Fort est un film fédérateur idéal pour le grand public. Le problème c’est que ce beau cinéma qui ne dépasse jamais des cases, ça ne fait guère palpiter grand monde, particulièrement dans une édition 2021 qui nous a trop souvent habitué au mièvre et au mode mineur. Tout cela est plaisant à suivre, le casting adolescent ne manque pas de talent ni de charisme (notamment cette danseuse hip-hop, boule d’énergie et sosie de Zazie Beetz), mais on en ressort avec l’impression d’avoir un petit objet de cinéma, qui s’applaudit poliment, et sera oublié à peine remonté dans le bus/train/avion du retour.

Haut et Fort de Nabil Ayouch avec Ismail Adouab, Anas Basbousi, Meriem Nekkach, sortie en salles prévue le 10 novembre

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