Les coups de cœur de la rédac : Février 2025

Rendez-vous désormais incontournable, la rédaction Cinématraque partage ses moments forts du mois passé :

Gaël : Le Mohican de Frédéric Farrucci

Le cinéma corse, est avec celui d’Alain Guiraudie, le plus passionnant de l’espace francophone proche. Nouvelle illustration de cela avec le dernier film Frédéric Farrucci (déjà derrière le sublime La Nuit Venue en 2019).

Le cinéaste va une nouvelle fois à l’essentiel et trace une ligne droite. Ici un éleveur de chèvre qui défend sa terre, son travail et la nature contre la mafia corse, les flics et le capitalisme financier.

 

Captain Jim : une séance de cinéma au Japon avec le film Ultraman Arc

Si vous avez le malheur de me suivre sur Bluesky ou Insta, vous aurez remarqué que je ne parle que de mon voyage au Japon (j’écris ses mots alors que j’y suis encore pour deux jours). Et j’aurais pu choisir de vous parler du dernier Kiyoshi Kurosawa, Cloud, que j’ai vu dans l’avion et que j’ai adoré, mais c’est trop banal. Mon vrai coup de cœur est ailleurs.

Le hasard du calendrier a fait que je me suis retrouvé dans la région de Tokyo au moment où sortait le dernier film Ultraman au cinéma, c’était donc une belle occasion pour vivre une expérience de cinéphile explorateur.

Pour contexte, Ultraman est un super-héros japonais créé lors des débuts de la télévision par Eiji Tsuburaya, le père de Godzilla et du Tokusatsu ; cest-à-dire des films à effets spéciaux japonais. Comprenez donc des maquettes, des types en costumes de monstres, des bagarres, des rayons lasers et des explosions. Ultraman est un des personnage japonais les plus populaires, ses produits dérivés se retrouvent partout, et une nouvelle série sort tous les ans à la télévision, accompagnée de son lot de nouveaux jouets. Puisqu’il s’agit vous l’aurez compris, de programmes pour enfants.

Bref, le film Ultraman Arc fait suite à la série du même nom, que je n’ai pas vu. Et je ne parle pas non plus japonais, mais est-ce qu’un véritable explorateur cinéphile s’arrête à des choses vaines comme la barrière de la langue ? Non, il fait confiance au pouvoir de l’image.

Ce qui fut surprenant lors de ma séance de cinéma, c’est de constater à quel point cela reste niche quand c’est diffusé sur grand écran. Seules deux salles dans Tokyo le diffusaient, et même si ma séance était la première de la journée nous n’étions que si dans la salle, dont une mère avec ses deux enfants.

L’autre point surprenant, c’est à quel point le film était compréhensible même sans contexte ni sans sous-titres. Un bref résumé de la série explique comment le héros, membre d’un groupe de prévention contre les attaques de kaiju, rencontre un extraterrestre qui lui fait don du pouvoir d’Ultraman. Il s’en sert pour vaincre les méchants tout en gardant son identité secrète, jusqu’au jour où un étrange vieillard débarque au bureau et lui révèle qu’il sait qui il est, et qu’il va lui faire vivre trois épreuves pour tester sa résistance à l’adversité.

Les trois épreuves en question sont : aider un jeune homme qui s’inquiète pour son meilleur ami (un kaiju géant qui ressemble à un chien), éliminer une plante parisite qui mute avec la bande des héros (ce qui donne droit à un remake de la scène du test sanguin dans The Thing mais version pour enfants, c’est hyper drôle), et enfin ramener dans le droit chemin son collègue et ami qui devient un Ultraman maléfique.

Et c’était plutôt cool. Le plus gros défaut du film est inherent au type de production : c’est très fauché. Ce qui se ressent autant dans le jeu d’acteur que hélas dans les combats, qui ont quelques moments formidables dans leur esthétique et leurs chorégraphies mais qui souffrent de costumes et maquettes pas toujours à la hauteur du grand écran. Mais dans l’ensemble, ça se regarde bien et surtout c’est intelligemment pensé pour les enfants. La clarté du récit est telle que j’ai réussi, même sans-titres, à comprendre de nombreuses plaisanteries dans le film. Et surtout, chaque enfant regardant ça (en l’occurrence les deux seuls petiots dans ma salle de projection) est capable de comprendre l’arc narratif du héros, ce qu’il doit faire pour devenir une personne plus juste, et plus forte.

C’est un truc à faire au moins une fois dans sa vie !

Julien : Les César de Karim Leklou et Hafsia Herzi

Ce week-end s’est tenue l’annuelle grand messe du cinéma français et notre moment de hate watch préférée de l’année calendaire : la cérémonie des César. Chaque année on vient, on râle sur le palmarès, sur les happenings pas drôles, sur les discours coupés par la musique, sur les remettant qu’on ne coupe jamais avec de la musique, sur les noms oubliés du In Memoriam… Mais à la fin on finit par revenir chaque année, même quand on lâche l’affaire en cours de route. Ces César 2025 avaient le choix d’envoyer un message, ils ont fait celui de porter ce qu’on appelait un temps le cinéma du milieu, faisant la part belle, dans l’ombre du triomphe global d’Emilia Perez, aux belles histoires de petits films qui ont su trouver leur public (L’Histoire de Souleymane, Vingt dieux…) au détriment des gros succès du box-office (Monte-Cristo, L’Amour Ouf, Un p’tit truc en plus) et des films de certains habitués de la compétition (Guiraudie et Ozon).

Et puis, au milieu d’une soirée traversée de moments réussis (le discours d’intro de Zadi, le numéro de Dubosc, le discours par téléphone interposé de Jonathan Glazer) et de moins bons (l’horrible tunnel interminable du duo Quénard/Marmaï), les César ont choisi la voie de la (semi) surprise en consacrant deux des meilleurs acteurs du cinéma français : Hafsia Herzi pour Borgo de Stéphane Demoustier et Karim Leklou pour Le roman de Jim des frères Larrieu. Deux performances privilégiant la douceur et la subtilité aux prestations plus spectaculaires et clignotantes, soulignant une tendance assez appréciable de la cérémonie de privilégier la performance en question au nom de celui qui la porte. Après le choix parfait d’Arieh Worthalter l’an dernier pour Le procès Goldman, l’Académie des César a donné l’impression d’avoir choisi le bon acteur au bon moment en donnant une statuette méritée à un Karim Leklou aussi généreux que son discours, visage incontournable du cinéma français qui récolte enfin le spotlight qui lui revient.

Juliette « Antigone » : Looking of Langston d’Isaac Julien

Mois très chargé en terme de travail oblige, je me suis plutôt penchée du côté snobé du cinéma : le court-métrage. Dans mes errances, j’ai découvert le sublime Diary of an African Nun de Julie Dash, le déconcertant et passionnant Parsi de Eduardo Williams et le très touchant The Cruz Brothers and Miss Malloy de Kathleen Collins (réalisatrice évoquée dans mes coups de cœur du mois passé). Je recommande chaudement ces trois œuvres mais, le court qui m’a le plus marqué est bien Looking for Langston d’Isaac Julien sorti en 1989.

Mêlant des images d’archives, de fictions, des lectures et chants, ce film cherche – comme son titre l’indique – à redessiner la figure de Langston Hughes, un artiste afro-américain aux multiples talents, figure de proue du mouvement Harlem Renaissance, militant et homosexuel décédé en 1967. Le film se déploie comme une oraison funéraire où les habituels discours des proches sont remplacés par des lectures de ses textes mais aussi de ses contemporains, James Baldwin, Essex Hemphill, Richard Nugent… Il illustre ainsi, avec des poèmes au-delà du sublime, sur des images aussi belles et référencées  (à Jean Cocteau par exemple), le vécu afro-américain queer dans les années 60. Le film n’est pas que sur un homme mais sur une époque, et surtout sur un mode de vie. La recherche devient une quête d’amour, de sensualité et d’amusement, elle amène jusqu’à un au-delà joyeux, extatique et libéré, loin de l’oppression blanche et policière.

Que ce soit pour la mise en scène, l’incroyable musique ou les poèmes, Looking for Langston est un film qu’il faut voir, un hommage important aux queers dissimulés, qui soulève derrière les vers des confessions de leurs identités.

 

Mehdi : La Maison et le monde de Satyajit Ray

J’ai profité un peu par hasard d’une séance au Champo pour découvrir l’une des œuvres majeures du grand cinéaste indien Satyajit Ray : La Maison et le monde.

C’est une œuvre particulièrement intense qui mêle le destin de l’Inde avant la Partition aux relations sentimentales de trois individus aux idéaux différents. Le film se construit principalement autour de dialogues passionnants dans des espaces clos, mais laisse également la place à la violence politique, légitime et/ou instrumentalisée. Le film brille par son intelligence et sa beauté. D’un contexte politique complexe et particulièrement sensible, il réussit à en dégager les nœuds philosophiques qui créent le conflit entre des personnages convaincus d’œuvrer pour le bien.  C’est l’occasion de se replonger dans l’histoire récente de l’Inde et de se rappeler que la haine des musulmans n’est pas une idée nouvelle… Une œuvre puissante portée par un formidable trio de comédien.ne.s.

 

Pauline : Mississippi Masala de Mira Nair, au Cinéma Public de Montréal

À l’occasion des séances spéciales St-Valentin, le cinéma sus-cité a programmé ce film dont je n’avais honteusement jamais entendu parler avant. Denzel Washington et l’Inde, soit deux de mes passions cinéphiles, autant vous dire que mon cœur n’a fait qu’un bond. Le pitch est le suivant : la famille de Mina (Sarita Choudhury, si belle) coule des jours heureux en Ouganda lorsqu’Idi Imin Dada arrive au pouvoir et chasse la communauté indienne du pays. Car oui, le saviez-vous (moi non) ? Les Anglais avaient fait venir des Indien.ne.s (complètement volontaires, bien sûr…) lors de leur colonisation de l’Ouganda pour construire des chemins de fer, notamment. 20 ans plus tard, Mina et sa famille vivent et travaillent dans un motel assez miteux du Mississippi, tenu par d’autres membres de la communauté indienne immigrée. Lors d’un léger accident de voiture, elle rencontre Demetrius (Denzel), qui lui tape dans l’œil et vice-versa. Sans trop vous révéler le reste du film, celui-ci profite de ce début de romance pour évoquer les différences de culture – et les préjugés racistes – entre les communautés qui composent les États-Unis, le choc du déracinement forcé d’un pays à un autre, et les difficultés de compréhension entre générations. Tendre et intelligent, définitivement un sans-faute.

On se retrouve le mois prochain !

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