Coups pour coups : Vive le Van d’Hiver

On ne le dit pas forcément en public pour ne pas passer pour des hérétiques, mais on a tous une catégorie « films de Noël » dans notre tête qui est totalement arbitraire. Elle n’est pas composée de films explicitement centrés autour de la saison des fêtes, des guirlandes et des cadeaux, mais plutôt autour d’un sentiment évoqué par le visionnage. Quelque chose d’immatériel qui naît dans l’air du salon entre nos yeux et la télévision et qui semble dire : lorsqu’on est dans l’esprit fin décembre, c’est-à-dire vers une recherche de réconfort et de calme hors du temps pendant quelques jours, tout peut devenir Noël.

Et dans cette catégorie mystique et planante de cinéma atemporel, il y a Jean Claude Van Damme. Y-a-t-il meilleur moment dans l’année que Noël pour le regarder fracasser des tronches en coups de pieds sautés ? Je ne le crois pas. Pour l’occasion, cette année j’ai revu Coups pour coups sur Ciné +, parce qu’il faut se faire plaisir dans la vie… Dans vingt, trente ans, on aura plus trop l’occasion de le faire.

Death Warrant dans son titre original a cela d’intéressant qu’il s’agit du premier scénario vendu à Hollywood par le jeune prodige David S. Goyer, scénariste qui depuis est associé à énormément de films adorés et détestés notamment dans les territoires super-héroïques, puisqu’il a mis sa plume dans la trilogie Blade et The Dark Knight, dans Man of Steel et Ghost Rider et bien d’autres. Son premier film, réalisé par Deran Sarafian (réal de télé principalement, neveu de Robert Altman pour les lecteurs qui tiennent à jour leurs arbres généalogiques), a été largement détesté par la critique.

Difficile de comprendre pourquoi. D’abord parce que y a Van Damme dans sa jeunesse flamboyante, mais aussi parce que y a plein d’acteurs aux noms rigolos comme : Robert Guillaume, Art LaFleur ou encore Patrik Kilpatrick dont je recommande la fiche Wikipedia. Ensuite parce que dès la première séquence du film, on s’éclate. Van Damme affronte un mec qui se surnomme « le Sandman » et dit ne pas pouvoir mourir : le belge le transperce d’une dizaine de balles de pistolet et dit ensuite à son cadavre « vous êtes en état d’arrestation ». Le cinéma !

La suite du film est tout aussi bête : Van Damme est envoyé incognito (personne saura qu’il est flic parce qu’il est « québécois », j’adore comment on a souvent voulu justifier l’accent de l’acteur comme si c’était vraiment important qu’on sache que le gars n’est pas américain) comme prisonnier pour enquêter sur des meurtres ayant eu lieu entre les murs. On lui assigne la jeune et fraîchement diplômée Amanda Beckett (Cynthia Bigg) comme référente/fausse épouse pour le rôle d’infiltré, parce que comme ça il peut lui dire qu’elle manque d’expérience et elle peut faire la femme forte avec du répondant pour qu’ensuite on les voit baiser (le cinéma), et c’est parti Van Damme est en taule.

Le plus grand des himbos a aidé au montage du combat final du film et ça se voit tant on reconnaît son style, forgé avec le remontage de Bloodsport qui a lancé sa carrière.

Evidemment, le film est totalement con. Les films qui ne sont pas totalement cons avec Van Damme au casting se comptent sur les doigts d’une main de Django Reinhardt, donc on sait dans quoi on s’embarque. Quand on voit que le gardien qui accueille les nouveaux prisonniers leur annonce qu’ici ils vont probablement se faire tabasser et violer, tu sais qu’on est au ras des pâquerettes. Mais c’est qu’on est plutôt bien la tête dans les fleurs avec Van Damme, nous. En plus il porte une petite chemise de détenu à manches courtes pour bien montrer ses biceps, c’est aussi ça la magie de Noël.

Le reste du film est une succession de clichés de film de prison mis bout à bout sans grande surprise : les cliques, le racisme entre les différentes ethnies, les bastons, les scènes de cantine… Les conflits viennent chercher le pauvre Van Damme qui tente de se fondre dans la masse sans succès (à cause des biceps probablement), et le voilà obligé de balancer des coups de pieds sautés dans tout ce qui bouge, ou de caler la tête d’un ennemi dans une machine à laver. Le plaisir naît d’ailleurs de ce patchwork de scènes déjà vues auparavant, tant le délire est poussé à son paroxysme : contenir autant de cinéma bis (jusqu’à chatouiller le surnaturel du bout des doigts) en 1h20 de film, c’est un exploit en soi. Avec en bonus une incroyable scène où un ado hacker aide Amanda dans l’affaire et qu’il essaie de la draguer, saxophone porno en prime dans la bande-son.

C’est sûrement cela qui rend le film attachant. Pas le saxophone porno hein, mais son côté « boîte de conserve de cinéma concentré ». Malgré sa volonté de noirceur, de sang et de vices, il est difficile de le prendre au sérieux tant sa générosité frise le ridicule. Sarafian a d’ailleurs bénéficié d’un budget conséquent (le film est certes une prod Cannon à la base, mais est devenue un grosse prod MGM entre temps) pour une telle production et ne lésine pas sur les effets de styles. Sans trop d’artifices non plus, la mise en scène est léchée, la prison est un décor formidable dont on découvre la richesse petit à petit, les combats sont tous plutôt solides et bien pensés, et surtout Van Damme est toujours à son avantage.

Parce que c’est pour lui qu’on est là. Le seul de tous les action heroes de son époque à jouer de son côté sensuel, à avoir quelque chose d’étrangement innocent et poétique dans les yeux, le seul à avoir l’air conscient de l’absurdité de son physique d’athlète dans les univers qu’il habite. Jean Claude, c’est l’esprit de Noël : le côté violent et impitoyable du froid avec la douceur et la chaleur des chocolats chauds sous la couverture, enfoncé dans le vieux canapé de tes darons. Merci JC, Joyeux Noël à toi.

Coups pour coups, un film sorti en 1990 avec JEAN CLAUDE VAN DAMME, disponible sur Ciné +

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