Aristocrats : sortir du carcan

Le troisième long-métrage de Yukiko Sode a été l’un des films japonais qui ont réussi à faire parler d’eux en France en 2022. Adapté d’un roman de Mariko Yamauchi, Aristocrats nous fait vivre le parcours sentimental et l’émancipation progressive de Hanako, jeune femme de bonne famille qui cherche à se caser avant la trentaine. Après quelques déboires, elle finit par rencontrer l’homme de sa vie, Koichiro, mais celui-ci semble avoir une histoire sentimentale avec une certaine Miki au profil très différent.

Aristocrats, construit sur cinq chapitres, a l’élégance de ne pas exagérer superficiellement les conflits entre ses personnages. Le triangle amoureux a ceci d’intéressant que trois classes de la société japonaise sont représentées : l’élite politique ultra-riche, la bourgeoisie propre sur elle, et ceux qui galèrent. Yukiko Sode montre comment ces mondes sont séparés par des cloisons presque infranchissables et que le poids de la société fige les velléités des individus qui cherchent à modifier le destin écrit par leur statut social. Des lieux de rencards aux cadres familiaux, le film souligne tous les contrastes qui façonnent le Japon et séparent les personnes qui ne sont pas nées sous les mêmes étoiles.

Miki et Hanako, de classes différentes, réalisent qu’elles sont toutes deux entravées par les hommes

Dans cette analyse des archaïsmes du Japon, la réalisatrice s’attarde surtout sur la place des femmes. Entre les rendez-vous imposés, la pression familiale pour avoir des enfants, l’absence de considération des hommes, nombreux sont les moments difficiles pour les héroïnes du film dans leur relation avec les dominants. C’est ce constat qui fera naître une forme de sororité entre les deux femmes que tout semble pourtant opposer : la maîtresse et l’épouse de bonne famille. La douceur et l’empathie sont les moteurs de ce film qui réussit à éviter les poncifs et dresse un tableau assez touchant de ces deux femmes qui cherchent leur propre voix. Malheureusement, le film est beaucoup trop didactique pour convaincre totalement. Les dialogues soulignent régulièrement ce que le film montrait déjà, la construction en chapitres et les aller-retours chronologiques sont un peu forcés et les personnages secondaires souvent trop caricaturaux pour pouvoir exister véritablement. Yukiko Sode échoue à faire vivre ce qu’elle veut démontrer. La finesse de l’analyse ne suffit pas à cacher la lourdeur de sa restitution par la mise en scène. On peine donc à s’impliquer dans le récit proposé et on attend sagement que se déroule le fil narratif assez prévisible. C’est d’autant plus dommage que les acteurs sont convaincants et que le regard de Yukiko Sode sur son pays ne manquait pas d’intérêt. Mais on aurait aimé plus de chair et de profondeur à ce film qui semble rester à la surface de son sujet. Aristocrats, de Yukiko Sode avec Mugi Kadowaki, Kiko Mizuhara  et Kengo Kora, disponible sur ciné+

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