Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse : le doux réconfort de l’habitude

            Un style en papier découpé, des doubleurs·euses qui articulent comme s’ils·elles jouaient du Racine, des somptueux décors fait d’aplats et d’ornements, pas de doute, Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse est bien un film de Michel Ocelot. Fort de cette formule, le réalisateur français, qui a bercé l’enfance de beaucoup, s’amuse encore à réaliser trois petits contes, racontés par une dame à tout un parterre d’ouvriers en pause déjeuner. Le premier se déroule en Égypte antique où une femme ne peut épouser l’homme qu’elle aime tant que celui-ci n’est pas devenu Pharaon (ordre de sa marâtre de mère) ; le second, conte d’Auvergne, parle d’un petit garçon sans cesse rappelé à l’ordre par son père, qui va se nouer d’amitié avec un prisonnier ; et le dernier évoque l’aventure d’un prince chassé de son Royaume qui tombe amoureux d’une princesse, elle encore bien en place. Tout, ou presque, par Michel Ocelot a déjà été fait. En un sens, ce film pourrait avoir été créé par une IA à qui on aurait donné tous les films du réalisateur pour en faire un nouveau. Est-ce un mal ? Un peu, en ce sens qu’il manque de la surprise et de l’excitation face à cela et en même temps… pas vraiment parce qu’il y a toujours l’émerveillement face à la beauté, la simplicité et l’envie de faire pour des yeux d’enfants. Ce n’est définitivement pas un robot clone espion de Michel Ocelot qui a fait ce film, mais bien le bonhomme qui a réalisé ces œuvres que je connaissais sur le bout de mes petits doigts de petite fille, un bonhomme qui met toujours du cœur dans ce qu’il fait.

           « Nil, Nil, Nil, fleuve impétueux et tumultueux, tu es comme notre reine la source de la vie ! »

Michel Ocelot continue avec la même courageuse et discrète audace qu’il a toujours eue. Les femmes sont seins nus, les conventions patriarcales sont étouffantes, les cultures représentées diversifiées, aimées et semblerait-il, respectées (malgré une forme de fétichisme esthétique qui parcourt sa carrière et qui reste questionnable de plusieurs points de vue). Le trope commun aux trois petites histoires est l’enfermement. Que l’on soit en Égypte antique, dans une Auvergne médiévale ou au Maroc il y a fort longtemps, les êtres sont persécutés par une forme d’autorité, très majoritairement parentale. Tous les personnages n’ont qu’un objectif : se détacher du destin qu’on leur impose et vivre comme bon leur semble. Le tout est toujours effectué sans violence, c’est l’entre-aide, le pacifisme ou la cuisine (oui oui) qui permettent aux différent·es protagonistes de s’en sortir. Il y a donc quelque chose de relativement doux et reposant dans ces trois histoires qui véhiculent, dans la tradition du conte moral, de jolies valeurs qu’on est heureux·ses de voir illustrées pour un public d’enfants.

« Lâche Twilight mon fils »

            Et puis, c’est beau. L’œuvre mélange aussi les techniques : papiers découpés numérique pour le début, suivi d’un papier découpé noir à la Princes et Princesses (le sommet du style d’Ocelot selon moi) et enfin, pour terminer avec moins de beauté malheureusement, une 3D un peu ratée qui convainc peu (mais des décors encore et toujours assez merveilleux pour que tout passe à peu près). L’animation grand public est malheureusement plutôt dévorée par une 3D Pixar/Disney like et tout se ressemble un peu. Attention loin de moi l’envie de dire que toute animation 3D est laide, mais il faut remarquer un certain manque de diversité dans les directions artistiques mainstream et une forme de lassitude à cet égard. Michel Ocelot, même si tout n’est pas parfaitement réussi, a quand même le mérite de tenter une animation différente (aussi dans l’utilisation du numérique) qui s’inspire des premières techniques de ce cinéma (on pense à Lotte Reiniger ou à Émile Cohl). Les décors sont aussi toujours inspirés, pleins de couleurs et de fééries, multiculturels et importants pour l’intrigue.

On dirait mais non c’est pas tiré d’Azur et Asmar

            C’est la volonté d’Ocelot de partir sur un projet plus léger après sa précédente œuvre, Dilili à Paris qui fut un long parcours du combattant. Si pour lui « léger » signifie une telle générosité visuelle et humaine, on accepte volontiers. Finalement, même si ce film ressemble à tous les autres de Michel Ocelot, ce n’est pas un grand mal parce qu’on aime toujours voir un peu de la belle patte et vision du monsieur. Et en salle en plus, un luxe dont il faut profiter maintenant que le cinéma d’animation devient, très tristement, de plus en plus un art pour les plateformes.

Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse, en salle le 19 octobre.

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