Orca : Rentrer dans l’épaulard

De tous les films accusés d’être une copie des Dents de la mer surfant parmi les créatures marines sur le succès du film de Spielberg, Orca a le potentiel pour être le plus intéressant. Sorti en 1977 et produit par le célèbre Dino de Laurentiis, bien connu des cinéphiles aguerris. En effet, le célèbre producteur italien s’est fait un nom en produisant un bon paquet de chefs-d’œuvre dans tous les coins, de Fellini à Michael Mann en passant par David Lynch… Mais il est aussi connu pour le cinéma d’exploitation bien profiteur et opportuniste, comme son remake de King Kong en 1976.

Un an plus tard, c’est lui qui charge ses auteurs de trouver une créature marine capable de rivaliser avec le grand requin blanc, voire de lui latter sa mère bien sévère. C’est comme ça que les orques arrivent au menu, les vrais prédateurs véritables de la vie réelle des océans si on ne compte pas l’être humain (ouais ça dénonce mais c’est le sujet du film : chez Cinématraque les punchlines sont cohérentes avec le propos, on appelle ça le talent). Le producteur met un réalisateur de studio chevronné et sans grande identité à la barre, Michael Anderson (même son nom est fade, c’est dire), et voilà qu’on est parti pour tourner Les Dents de la mer version noir et blanc. Parce qu’un orque c’est noir et blanc. On s’amuse bien hein ?

Le film ne fait pas un énorme carton, et surtout la critique lui réserve un accueil digne d’une célébration à la gloire de la reine d’Angleterre en Irlande : presque personne n’y voit le moindre intérêt. Et c’est dommage ! Parce que sans être particulièrement réussi, Orca n’a en fait que peu de choses à voir avec les Dents de la mer au delà d’un affrontement en mer entre des hommes et un gros animal marin.

Là où le film de Spielberg utilise le requin comme une entité maléfique presque surnaturelle, un mécanisme de narration servant la tension et l’action, celui de la bande à De Laurentiis place l’orque au cœur de l’identification avec le spectateur. S’il y avait un vilain dans ce long-métrage, ce serait plutôt le capitaine Nolan (Richard Harris), qui n’a aucun scrupule à massacrer une orque sous les yeux de ses camarades dans le but de faire fortune. Toute l’histoire repose alors sur les conséquences de cet acte du capitaine : l’orque désormais veuf de sa compagne va venir se venger…

On n’est pas très loin du poème épique de Coleridge « Rime of the Ancient Mariner », dans lequel un marin tue un albatros en mer et condamne son équipage à travers les enfers… Ici les ambitions du capitaine vont causer également la mort violente de tous ses proches, l’orque faisant preuve d’une intelligence sans pareille pour réussir à causer un chaos inimaginable dans la petite ville portuaire où se déroule l’action. C’est là que réside le véritable intérêt dramaturgique du film : il cause chez le capitaine une crise existentielle digne des grandes tragédies. D’abord cupide et désireux de zigouiller de l’orque façon Aragorn (ça va, ça va), il devient incapable de le faire au fur quand les villageois lui ordonnent de le faire.

Qui plus est, le film a l’intelligence de s’appuyer en partie sur la science grâce au personnage de Charlotte Rampling, qui tente de résonner le capitaine en lui prouvant que les orques sont des créatures pensantes et trop proches de l’être humain pour mériter d’être traitées ainsi. C’est également souligné dans la mise en scène par quelques séquences magnifiques en mer, mises en musique par Ennio Morricone, qui le saviez-vous a signé sept bandes-son de films en 1977. C’est une de ses plus petites années de la décennie. Nous, on est contents quand on arrive à sortir du lit avant 11h le weekend.

va savoir ce qu’il fout avec un arrosoir en plein océan lui.

Donc, plein de choses super dans Orca. Par contre ça trop inégal pour totalement convaincre, on va pas se leurrer. Des animatroniques de qualité mais souvent mal filmés, une trame narrative originale mais mal rythmée, des bonnes idées de caractérisations sous exploitées… Voilà ce qui a sauté aux yeux de la critique à l’époque. En fait Orca a toutes les qualités nécessaires pour bénéficier d’un remake contemporain. L’angle écologique n’a fait que gagner en pertinence avec les décennies, à notre grand désespoir, et il aurait bien de quoi faire un joli carton au box office si cela arrivait. Dino si tu nous écoutes, on est dispo pour écrire le remake !*

Orca, un film de Michael Anderson sorti en 1977, avec Charlotte Rampling et un super beau manteau, Richard Harris très mal coiffé, Bo Derek avant de devenir la Jane de Tarzan, et le célèbre Will Sampson qui joue un rôle ultra cliché d’un natif américain qui sait les choses parce que tsé, la mystique.

*Cinématraque est au courant qu’il est mort depuis douze ans, tout comme nous sommes au courant que même vivant il ne nous aurait pas lu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.