Watcher : mon pire voisin

Si votre conjoint.e vous propose de tout quitter pour refaire votre vie dans un autre pays dont vous ne connaissez strictement rien, alors Watcher est probablement fait pour vous. L’ennui, c’est qu’il va plutôt vous convaincre du fait que c’est la pire idée du monde. Julia (Maika Monroe) emménage à Bucarest avec son mari Francis (Karl Glusman), d’origine roumaine, après qu’il a obtenu une super promotion (il a du bol parce que c’est la fin de l’abondance). Sauf que Julia, elle, reste toute seule dans son grand appartement. Et elle s’ennuie, beaucoup. Elle ne parle pas encore le roumain, elle n’a aucun ami sur place (excepté l’une de ses voisines, Irina) et en plus… elle pense être traquée par l’un de ses voisins d’en face. Est-il le fruit de son imagination ou une menace bien réelle ?

Watcher est le premier long métrage de Chloe Okuno, après sa contribution à l’œuvre anthologique V/H/S 94 et son scénario pour Bodies Bodies Bodies, un autre film d’horreur à venir avec Amandla Stenberg, Rachel Sennott (l’occasion de rappeler que Shiva Baby aurait largement mérité d’obtenir un prix à Deauville il y a deux ans) et Pete Davidson. Une appétence pour le film de genre particulièrement bienvenue, d’autant plus au Festival de Deauville, dont quelques films basculent toujours un peu dans l’épouvante/horreur chaque année (avec X et Blood cette édition).

« Non non, je n’ai aucune envie de te voir cuisiner ta ratatouille en slip kangourou, cher voisin. »

La plus grande réussite du film est sa beauté formelle : dès son introduction, Watcher installe son postulat et nous place dans la position de voyeur. Tandis que Julia et Francis arrivent dans leur appartement et commencent à batifoler, la caméra s’éloigne lentement via un travelling arrière et traverse leur immense baie vitrée, nous faisant devenir témoin de leurs faits et gestes depuis l’immeuble d’en face. Ce « watcher », on le verra très vite : une silhouette dissimulée à une fenêtre surélevée. Depuis son appartement, impossible pour Julia de savoir de qui il s’agit. Et comme si le poids de cette présence ne suffisait pas, Julia se confronte à l’absence pesante de son mari, absorbé par le travail et à l’absence de toute autre sorte de soutien. De telle façon que la ville de Bucarest devient elle-même une menace : l’image est terne, les zones résidentielles glauques semblent constamment enfermer l’héroïne dans un labyrinthe.

Très vite, Julia doit mettre un visage sur son harceleur. Ou plutôt réussir à faire croire à son mari qu’elle n’est pas en train de délirer. L’ennui, c’est que Watcher s’enlise dans un rythme pachydermique et fait très peu évoluer ses personnages : l’exemple parfait du film qui dure 1h36 mais dont le ressenti est double. Plutôt dommage, quand on voit à quel point Maika Monroe brille dans le climax face à Burn Gorman, second couteau habituel aperçu chez Guillermo del Toro (Pacific Rim et Crimson Peak) ou dans pas mal de séries télé (Torchwood, Halo…). Il a évidemment la tête parfaite pour ce type de rôle et, jusqu’au bout, on doute de ses véritables intentions.

Watcher, un film de Chloe Okuno. Avec Maika Monroe, Karl Glusman et Burn Gorman. Date de sortie française inconnue. Présenté en compétition lors du 48e Festival de Deauville.

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