Menteur, sympathique étape de plaine en pignon fixe

Suite à la polémique qui a secoué Cinématraque depuis plusieurs jours (des têtes vont tomber jspr), et parce que pour une fois c’est pas du tout de ma faute — le relâchement, la vieillesse, appelez ça comme vous voulez —, j’ai décidé de reprendre du service pour changer de sujet, et vous parler de vrai cinéma. Parce que vous êtes bien mignons avec vos films intellos (chef-d’oeuvre, d’ailleurs, perso, ledit film de ladite polémique, que par ailleurs je ne commenterai pas ; je dirais forcément une connerie je me connais), mais y a encore (et surtout) des gens qui ont envie de payer 13,80 euros un vendredi matin à 10h45 pour aller en prendre plein les mirettes au Pathé des Docks 76.

Alerte ora(n)ge

Mon cinéma chouchou, celui où je vois les films indés « contemplatifs », sous-titrés mais pas chers, étant en travaux pour encore un mois, j’ai donc choisi ce 22 juillet 2022 de me rabattre dans un multiplex rouennais climatisé, puisque dehors il fait lourd sa mère, et que la ville est en alerte orange aux orages, comme la possibilité d’une fin du monde imminente. Et si le monde se termine aujourd’hui, alors je souhaite que ce soit devant un écran de cinéma.

En l’occurrence, tout roule, il ne pleut finalement pas encore, mais si le monde s’était arrêté, c’eût donc été pour moi devant Menteur, d’Olivier Baroux, réalisateur inconstant, aux coups d’éclats possibles (Les Tuche 1 et 3), mais pas systématiques (Les Tuche 2 et 4). Un bon artisan prolifique de la comédie française toutefois, qui a en tout cas les boutons pour ne pas totalement foirer une comédie (et ça n’est pas rien).

Le cocktail de Menteur a tout du pot belge pour l’emporter au sommet de l’Alpe d’Huez (brillante référence vélo + festival de cinoche, soyez sympas, j’ai essentiellement écrit cet article pour la caser, mais j’avoue qu’elle était plus funky dans mon esprit que sur le papier). Prenez un synopsis aguicheur, un acteur bankable, des têtes connues rigolotes en seconds rôles, secouez au shaker à coups de bandes-annonces efficaces, placez donc ce bon artisan de la comédie proprette aux manettes, vous obtenez a priori l’un des succès boosté aux amphet’ de 2022.

Plus honnête qu’il n’y paraît

Menteur porte mal son nom, d’abord. Le film n’a, à l’instar de tous ceux de Baroux, rien de trompeur : il répond au cahier des charges — en forme de note d’intention — qui l’a fait naître. Il (se) repose donc sur son concept, celui d’un menteur compulsif dont les mensonges vont devenir réalité. Ne s’embarrasse pas de récits périphériques, les seuls autres arcs narratifs esquissés étant des running gags relatifs à des mensonges, mettant en valeur ses très bons seconds rôles, notamment les précieux Pauline Clément et Philippe Vieux.

Menteur n’est donc pas l’Alpe d’Huez, mais cette étape de plaine du Tour de France, pas désagréable à zieuter main dans le calbut’ et bob sur la tête, où l’on sait bien qu’il ne se passera rien, qu’on somnolera par moment et oh tiens regarde c’est le pont, là, tu sais, mais si, celui où Thierry et Patricia ont été avec Marylou l’an dernier et qu’ils nous avaient dit que c’était vachement beau, non je ne confonds pas, mais tais-toi de toute façon on ne peut rien dire quand tu regardes ton Tour de France, je me casse Didier, tu m’entends, je me casse, et ne m’appelle pas, cette fin du monde, je vais la vivre avec Pablo, ça fait trois ans qu’on se voit, Didier, tu croyais vraiment que je faisais de la natation le vendredi soir, il n’y a pas de piscine dans un rayon de 50 bornes, Didier, t’es vraiment trop con.

En pignon fixe, Menteur déroule un récit fainéant mais plutôt bien huilé, accumulant les gags avec un sens du rythme certain. En tête de peloton, maillot costard-cravate, Tarek Boudali, dont on continue de penser qu’il n’a pas forcément le niveau pour porter de tels films sur ses pourtant larges épaules (le Thibaut Pinot du cinéma français, un peu), mais se trouve, succès zarb de La bande à Fifi oblige, comme piégé par le cinéma dans des rôles insignifiants, trop peu écrits pour un bon camarade de jeu comme il devrait simplement être : il n’a ni la gouaille d’un Franck Dubosc ou d’un Jonathan Cohen, ni la technique d’un Eric Judor pour compenser un script léger.

Car le film, cantonné à son idée-concept, ne lui offre aucune dimension. Ses mensonges ne lui sont utiles qu’à esquiver un repas avec ses parents, à faire croire à son frangin qu’il est désiré par plein de femmes, à arriver au boulot en retard… En dehors des mensonges, le film n’existe pas, et son héros non plus.

Louise Coldefy !

Ce qui fonctionne en revanche, ce sont les conséquences de ces mensonges sur ses camarades de jeu, particulièrement donc mis à l’honneur dans le film. Baroux est assurément bon lorsqu’il s’agit de distribuer les seconds rôles, et la galerie de personnages est ce qui nous sauve toujours de l’ennui.

Mieux, au détour d’un final un peu amené comme un cheveu sur la soupe, comme une attaque de Pierre Roland, l’exceptionnelle Louise Coldefy (déjà vue et adorée dans Family Business, filez-lui des premiers rôles) endosse le temps d’une scène un rôle de menteuse repentie. En quelques secondes donc, on entrevoit ce qu’aurait aussi pu donner le même film mais avec de la folie dans le jeu, avec une actrice qui eut envoyé du lourd dedans l’écran. Et là, on regrette un peu. Parce qu’il y avait peut-être tout de même, à bien y regarder, de la place pour une épique échappée en solitaire.

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