Annecy Festival – Jour 1 : des Minions, du Spider-Verse et des maisons magiques

Vous le savez : chez Cinématraque, on est de grands habitués du Festival d’Annecy ! Pour son grand retour au 100% présentiel dans une ère post-Covid (mais avec port du masque recommandé pendant les séances, merci !), il nous fallait bien évidemment être là. Et heureusement, nous sommes loin d’être les seuls à être (re)venus : pour découvrir toutes les nouveautés du monde de l’animation, Annecy accueille plus de 13 000 accrédités cette saison, a indiqué le directeur du festival Mickaël Marin à l’AFP.

Du 13 au 18 juin, nous vous donnons rendez-vous chaque jour ici et sur nos réseaux sociaux afin de découvrir nos retours sur les films proposés en compétition (L’Officielle et Contrechamp) ou en séances événements, mais aussi sur les projets proposés en work in progress. Ici, on attend le retour de Nora Twomey avec Le dragon de mon père, produit par le studio Cartoon Saloon, les débuts de Michel Hazanavicius dans l’animation avec La plus précieuse des marchandises, le nouveau court métrage de Naoko Yamada… ou encore le Pinocchio de Guillermo del Toro en stop motion (même si Netflix fait un peu n’importe quoi avec l’animation en ce moment).

Est-ce qu’il peut se faire une toile ? Bien sûr que oui, il a une accred ! Prends garde, Spider-Gab est là !

Cette nouvelle édition démarre sous un soleil radieux et une canicule annoncée : la meilleure excuse au monde pour passer nos journées dans les salles… et en profiter pour choper quelques glaces dans les meilleurs coins de la ville ou se balader au bord du lac. Et pour lancer les festivités, quoi de mieux que la suite d’un petit film indépendant pas du tout attendu… vous savez… le mec araignée là… qui a des problèmes avec les autres dimensions. Non non, pas Tom Holland et No Way Home. Le truc super là, Into The Spider-Verse, qui nous a permis d’enfin voir à l’écran les personnages de Spider-Gwen, Miles Morales.

Oui, on a découvert les premières images de Spider-Man : Across The Spider-Verse, en compagnie de ses trois réalisateurs : Kemp Powers (co-réalisateur de Soul chez Pixar et scénariste de One Night in Miami, réalisé par Regina King), Joaquim Dos Santos (qui a travaillé sur les séries animées Justice League Unlimited et Avatar) et Justin Thompson (production designer du premier Spider-Verse), qui ont repris le flambeau après Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman. On retrouve aussi le duo Lord et Miller à la production et au scénario : pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Bref, cette présentation était très (très) très attendue, en témoignent les multiples ovations reçues par l’équipe, qui ne travaille non pas sur un… mais deux films. Prévu pour mai 2023, Across The Spider-Verse sera suivi par Beyond The Spider-Verse l’année suivante. Un travail titanesque pour l’équipe, dont les effectifs se sont bien agrandis par rapport au premier volet.

Si le premier Spider-Verse entraînait d’autres incarnations de Spider-Man dans le monde de Miles Morales, c’est maintenant à lui d’explorer les autres dimensions : l’équipe a annoncé pas moins de 6 univers qui auront chacun leur style d’animation. Autre chiffre non négligeable, celui de 240 personnages entièrement animés pour le film, ce qui donne aussi une idée du travail pharaonique qui attend les équipes de Sony Pictures Animation.

Les réalisateurs ont dévoilé deux séquences du film encore non-finalisées. La plus longue nous propulse dans l’univers de Spider-Gwen (Hailee Stanfield), qui traverse les galères habituelles de nos tisseurs : son papounet George (Shea Whigham) est trop occupé à traquer cette Spider-Woman sans se douter à un seul instant qu’il s’agit de sa fille qui met la pâtée à des super méchants.

D’emblée, la patte visuelle de Spider-Gwen s’impose et emprunte énormément aux teintes rosées des comics originaux. La couleur déborde sur tous les éléments du décor, sur les personnages eux-mêmes, comme si l’aura héroïque de Gwen Stacy s’imposait pour rétablir l’équilibre – et battre le mal. Pour autant, en fonction des émotions qu’elle traverse, la couleur dominante évolue : on peut passer du rose à un rouge éclatant, ou bien l’esprit de Gwen peut se confronter à celui de son père. La couleur bleue, qu’on pourrait résumer de façon beaucoup trop facile et triste au genre masculin, est surtout celle de son rôle de policier… et comme le dira la super héroïne, peut-être que son père agit davantage en tant que flic qu’en tant que parent.

Alors que Gwen affronte un Vautour bien différent que celui que nous avons l’habitude de voir à l’écran (non, vous ne verrez pas un Michael Keaton animé après son caméo claqué dans Morbius) au musée Guggenheim, de nouvelles failles s’ouvrent et nous dévoilent de nouveaux super héros : Miguel O’Hara (Oscar Isaac), aka Spider-Man 2099 (dont l’arrivée était teasée en post-générique de Spider-Verse) et Jessica Drew (Issa Rae), la Spider-Woman originelle. Et encore, l’équipe promet bien des surprises à venir au casting…

Pour développer ces personnages, les animateurs ont pour intention de se rapprocher le plus possible de leur source : les comics originaux. Pour Spider-Man 2099, les animateurs ont reçu l’aide du dessinateur Rick Leonardi afin de reproduire au mieux son style et l’incorporer au film ! Et pour Jessica Drew, nous la voyons en moto et le ventre rond, à l’image de la couverture du run Baby Talk. À cette introduction se mêle une scène d’action d’ores et déjà époustouflante visuellement, malgré certaines séquences non-définitives. On se demandait s’il était possible de faire encore mieux que le premier Spider-Verse, la réponse est très probablement oui !

On a pas oublié Miles Morales pour autant, puisqu’il était au cœur de la seconde séquence, plus intimiste : un rendez-vous à la Visions Academy. L’occasion parfaite de retrouver ses super-parents. Pour les réalisateurs, c’est ici et maintenant que se jouera l’existence de Miles : il devra trouver sa propre voie tout en se détachant de ce que chacun attend de lui.

The House of the Lost on the Cape : D&CO, une semaine pour tout changer

Côté films totalement finis, là, on s’est offert notre première séance en compétition officielle avec The House of the Lost on the Cape (ou Misaki No Mayoiga), second long métrage de Shinya Kawatsura (adapté d’un roman de Sachiko Kashiwaba). Le destin réunit Yui, une adolescente de 17 ans, et Hiyori, une petite fille toutes deux livrées à elles-mêmes après le tsunami qui a dévasté le Japon en 2011. Elles sont recueillies par Kiwa, une vieille dame, et s’installent dans une maison isolée du reste de la ville. Une belle dynamique s’installe dans cette famille de substitution dont l’équilibre se voit cependant perturbé par des événements surnaturels…

Avec Misaki No Mayoiga, Shinya Kawatsura utilise le fantastique comme une arme qui aurait le pouvoir de conjurer les traumatismes engendrés par les catastrophes naturelles : sur le papier, l’idée est particulièrement enthousiasmante. Dans sa première partie, le film semble nous transporter dans un cocon qui nous préserverait de toute négativité, une maison magique qui ferait frémir de jalousie Valérie Damidot ou les équipes d’En aparté sur Canal+. Issue des contes et légendes japonaises, cette « Mayoiga » est une demeure qui apparaît aux nécessiteux et répond à leur moindre besoin, sans aucune contrepartie en échange, tout comme Kiwa est apparue aussi mystérieusement auprès des deux jeunes filles. Derrière tant de bonté en aussi peu de temps, est-il inévitable de douter des véritables intentions de la vieille dame ?

Il est ici question de reconstruction pour chacune des deux jeunes filles : Hiyori a perdu sa voix, tandis que Yui fuit la toxicité et la violence de son père. Mais très vite, on se rend compte que cette reconstruction concerne tous les habitants du village environnant, où chacun tente de continuer à vivre au milieu des ruines. Dans ses scènes d’intimité, Misaki No Mayoiga conserve toujours une certaine émotion et un humour qui fait mouche, permettant aux trois femmes d’apprendre chacune l’une de l’autre, pour que chaque génération apporte sa pierre à l’édifice. Et en toile de fond, le fantastique tente toujours de pointer le bout de son nez : les contes et légendes racontées par la grand-mère permettent au film de changer d’identité graphique, même si on comprend très vite qu’elles ont un rôle prophétique.

Le fantastique fait aussi naître un monstre qui se nourrit de la tristesse et de la négativité ambiante, devenant ainsi une catastrophe supplémentaire dont le rôle serait d’enlever toute envie de vivre aux survivants. Il rend réel des personnages et créatures mythologiques censés protéger tout un chacun, mais comme Kiwa le demande à Hiyori et Yui, on ne vous dévoilera rien et on préférera rester dans le club très fermé « de ceux qui savent ». Beaucoup de pistes hyper intéressantes, mais parfois sous exploitées en raison de quelques problèmes de rythme, qui rendent notamment le dénouement du film trop expéditif.

Et pourtant, ça n’a pas empêché The House of the Lost on the Cape de me cueillir en plein cœur, pour son optimisme sans faille malgré une certitude clairement soulignée : toutes les catastrophes auquel le monde fait face vont inévitablement se multiplier, et face à celles à venir, nous n’avons pas d’autre choix que de faire front. Quelqu’un d’autre, de très avisé, nous dirait « faites mieux ».

The House of the Lost on the Cape (Misaki No Mayoiga), réalisé par Shinya Kawatsura. Date de sortie française encore inconnue (distribution par All The Anime).

Les Minions 2 : y’a des Gru-meaux dans la pâte

Ils sont jaunes et ils sont toujours les plus gros acheteurs de jeans au monde : les Minions du studio Illumination étaient de retour à Annecy pour l’ouverture du festival avec Il était une fois Gru, deuxième spin-off consacré aux petites créatures (in)supportables (en fonction de votre tempérament).

Cette fois-ci, le film a pour ambition de raccrocher les wagons avec la franchise Moi, moche et méchant en développant les origines de Gru et de sa méchanceté. Il est enfant, mais il est toujours incarné par Steve Carrell (et Gad Elmaleh en version française). Son repaire d’antagoniste est encore en construction dans le sous-sol de la maison de maman, mais ses ambitions sont toujours aussi hautes. Il veut devenir un bad guy, un vrai, en rejoignant la bande des Vicious 6 : pour les impressionner, il dérobe une amulette magique et se confronte à Wild Knuckles, le chef déchu de la bande, en espérant trouver une solution… Entre deux, les Minions font plein de conneries, comme du kung-fu avec Michelle Yeoh dans une suite spirituelle d’Everything Everywhere All At Once. Honnêtement, Gru aurait plutôt dû faire un tour auprès des Bad Guys de DreamWorks, ça aurait été peut-être été plus simple pour lui.

Ce qui est dommage avec Les Minions 2, c’est qu’on a davantage l’impression que le scénario du film se construit uniquement sur une série de gags un peu bas du front et de références cinématographiques parfois capillotractées. Le film cite très explicitement James Bond avec son générique et Mission : Impossible avec son message qui s’auto-détruit, sa scène chez un disquaire qui rappelle aisément Rogue Nation. Aussi Fast & Furious (pourquoi se priver d’une ref à l’autre poule aux œufs d’or d’Universal ?), Forrest Gump et Karate Kid. Si l’humour fera probablement mouche auprès des enfants, on se désole quand même un peu de voir qu’un bon gros quota de vannes impliquent soit des prouts, soit la probabilité de voir un entrejambe massacré.

Il y a quand même quelques belles trouvailles, comme la scène où les Minions pilotent un avion de ligne parce que pourquoi pas (et ils doivent sûrement mieux le piloter que Marc de La Flamme), et il faut avouer que l’animation du studio Illumination réserve quelques séquences de grande qualité visuelle. Dommage que les personnages des Vicious 6 ne soient pas plus exploités malgré leur grand potentiel.

Les Minions 2 : il était une fois Gru, réalisé par Kyle Balda, Brad Ableson et Jonathan Del Val. Avec les voix originales de Michael Scott, Cookie Lyon, Evelyn Wang, JCVD, Machette et Pierre « Minion » Coffin, les voix françaises de Coco (pas celui de Pixar, l’autre), Babette de C’est quoi cette famille, Philippe Machette et Marc l’ex d’Orchidée. Sortie en salles le 6 juillet 2022.

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