S.O.S Fantômes l’héritage : Cinéma Nostalgicle

La chasse aux fantômes est une affaire de famille. Lorsque Dan Akroyd, l’une des légendes de l’émission de comédie Saturday Night Live, s’est lancé dans l’écriture du tout premier film Ghostbusters (S.O.S Fantômes en français, soit une des meilleures adaptations de titre de film devant l’éternel), il s’inscrivait déjà dans un héritage qui lui était très personnel.

C’est-à-dire que l’arrière grand-père Akroyd correspondait avec Arthur Conan Doyle sur des questions de spiritualisme. Que son grand-père communiquait avec les morts via ses bidouillages radios. Que son père a lui-même écrit un livre très sérieux sur les fantômes. Il était donc logique pour le comédien de puiser dans l’histoire familiale, et en 1984 naît le film Ghostbusters, réalisé par Ivan Reitman et co-écrit par son ami proche Harold Ramis (qui joue aussi dans le film aux côtés d’Akroyd). Une œuvre instantanément populaire qui génère très vite une suite, plusieurs dessins animés, des jeux, mais surtout dont l’impact dans l’imaginaire collectif qu’est la pop culture dépasse largement le projet de base. Le fameux logo du fantôme barré, et la chanson thème du film sont encore aujourd’hui extrêmement reconnaissables ; des images de marque au même titre que la langue des Rolling Stones ou le visage du Che.

Le premier film avait pour lui une efficacité indéniable ; un divertissement populaire assez ancré dans le monde réel pour ne pas faire fuir le public lambda, le charisme de Bill Murray (dont le personnage est, en passant, basiquement un harceleur, ce qui est le cas de nombreuses romances des années 80 et d’après), et d’autres éléments plus foufous qui se sont alignés comme par magie. L’une des grandes qualités du film est notamment de montrer la difficulté qu’ont des gens relativement normaux, de classe moyenne, à monter leur petite entreprise et se faire une place dans une économie capitaliste de plus en plus agressive et exclusive.

La saga Ghosbusters regarde donc, dès sa création, vers l’arrière. Vers l’héritage de la famille Akroyd, mais aussi vers une vision nostalgique de ce qu’avait pu être l’entreprenariat aux Etats-Unis plus tôt dans le 20ème siècle. Il est impossible de comprendre ce nouveau volet sans intégrer tous ces éléments.

Strangest Things

Reprendre les rennes du traineau (fantôme)

En 2016, Sony a produit une sorte de remake/suite de Ghostbusters signée Paul Feig et avec un casting intégralement féminin. Dans l’esprit, il s’appuyait sur l’héritage du SNL avec des comédiennes célèbres, et surfait aussi sur une mode hollywoodienne de remakes à la sauce girlpower, aux intentions parfois louables mais souvent mal placées, pour des résultats rarement convaincants. Le film, qui faisait pourtant partie des projets aux intentions plutôt louables, a reçu un accueil affreux et assourdissant de la part d’une frange de fans réactionnaires (à l’époque le trailer du film était devenu la vidéo la plus dislikée sur YouTube), rendant impossible toutes critiques légitimes d’un projet qui a ses défauts et ses qualités.

Cette sortie compliquée, suivie du décès de Harold Ramis ont poussé les anciens à reprendre le flambeau et retrouver l’esprit familial de S.O.S Fantômes. En effet Jason Reitman, fils du réalisateur du premier, s’attelle à réaliser cette suite qui s’inscrit dans l’univers des films du daron.

On en arrive au scénario. De nos jours, une mère de famille nommée Callie (et interprétée par la formidable et parfaite Carrie Coon) se fait virer de son appartement avec sa fille Phoebe et son garçon Trevor, et se rend dans la maison de son père récemment décédé pour y récupérer – elle l’espère – du patrimoine et un peu d’argent. À noter que la dimension familiale et nostalgique est accentuée par le casting : Trevor est interprété par Finn Wolfhard, rendu célèbre par la série Stranger Things dont toute l’existence repose sur la cristallisation des années 80.

Seulement voilà, les enfants découvrent dans ce coin paumé et dans cette maison en ruine que leur grand-père était en réalité un membre des S.O.S Fantômes ! Pourquoi a-t-il abandonné sa fille Callie quand elle n’était encore qu’une enfant pour s’enfermer dans une ville paumée de l’Oklahoma ? Pourquoi a-t-il planté ses potes chasseurs de fantômes à New York également ? La réponse se trouve probablement dans la montagne flippante qui surplombe la ville…

Faire un bon film

Il faut quand même le mentionner : Jason Reitman est un cinéaste compétent. Son cinéma a de quoi diviser, même dans ses oeuvres les plus réussies (Juno, The Front Runner, Up in the Air), mais il sait écrire des personnages et penser une histoire avec sa caméra. Le film est donc extrêmement plaisant pour ces raisons : bien que très formaliste dans sa mise en scène, il est élégant et prenant… Jusqu’à un certain point.

Il s’agit de trouver un équilibre entre le fait de raconter une histoire entièrement originale et faire plaisir aux fans, et Reitman y parvient en partie. La famille de Callie est attachante, les rôles secondaires moins : il est très dommage d’oublier de donner quelque chose à jouer à la seule fille noire du casting, et à faire du seul personnage asiatique un cliché absurde et insupportable (il se fait appeler volontairement Podcast). La focalisation sur le passé et la nostalgie reste aussi bien équilibré pendant un certain temps ; cela passe par des détails, l’utilisation de VHS ou d’autres appareils analogiques, une absence totale de téléphones portables… Rappelant tristement que Jason Reitman a réalisé l’horrible Men, Women and Children, qualifié par notre Julien Lada de « pire film boomer de la décennie passé ».

rien à voir avec quoi que ce soit mais je donnerais un rein pour Carrie Coon.

Et puis… Et puis il y a la fin

Lors de la projection presse, un message du réalisateur accompagnait le film pour nous inciter à ne pas spoiler le film. Nous allons le faire quand même, parce que l’analyse ne peut être complète sans pointer du doigt ce qui fait que le long-métrage s’effondre sur lui-même. Mais on prévient avant, c’est ici que votre chemin s’arrête si vous n’avez pas vu le film où si vous n’en avez rien à foutre des spoilers, bande de rebelles.

Les dernières minutes anéantissent totalement tous les efforts d’équilibres apportés jusqu’ici. Là où la totalité du récit jusque dans son dernier acte pouvait presque être pensé comme une œuvre indépendante, qui s’appuie certes sur une création pré-existante mais qui a sa propre raison d’être, la nostalgie et le fan service déferlent sur l’écran comme un tsunami de mauvais goût. Exit, les personnages originaux et leurs histoires, et place aux Ghostbusters originaux qui sortent de leur retraite pour un affrontement final sans saveur, et – pire -, à la dramaturgie inexistante.

Les mécaniques de narration sont anéanties, le Star Wars 9 de JJ Abrams passe à côté de ce final pour un gentil clin d’œil au public. Ce n’est pas que l’on nous brosse dans le sens du poil, c’est que l’on nous jette tout habillé dans un Carwash pour un toilettage complet.

Et bien sûr que cela fonctionne ! À un certain niveau primaire, on a envie d’être ému face à ce grand retour ; en grande partie du fait du décès de Harold Ramis, dont la figure fantomatique dans ce final (c’est lui, le grand-père chasseur de fantômes) mêle le personnage à la personne qu’il a été. Et l’on comprend l’envie de la famille Reitman, de Dan Akroyd et ses potes de vouloir dire adieu ainsi à leur ami. Mais il n’empêche que cela reste dégueulasse, manipulateur, et que l’histoire promise jusqu’ici dans la narration est mise de côté.

Si seulement cela s’arrêtait là, on pourrait pardonner la faute de goût, car elle reste justifiable du fait de la dimension familiale que la saga convoque. Mais non, puisque dans le générique de fin, lorsque les noms des guests stars apparaissent, on a même celui de Sigourney Weaver qui n’était pas dans le film ! Juste après que son nom soit apparu, on a droit à une scène totalement sans intérêt entre elle et Bill Murray, parce que l’indigestion de nostalgie n’est apparemment pas possible chez les Reitman. Je rassure tout de même les fans du génial Rick Moranis, il n’apparaît pas dans tout ce bordel.

Et voilà comment on gâche un projet qui avait pourtant du potentiel. Hollywood continue de ne pas apprendre les leçons qu’auraient dû leur apprendre le Star Wars de Rian Johnson, et nous continuons de nous faire insulter par leurs propositions passéistes. Ainsi va la vie.

S.O.S Fantômes l’héritage, un film de Jason Reitman, avec Carrie Coon, Paul Rudd que j’ai même pas mentionné parce que j’ai rien à dire sur lui en fait il est sympa dans le film, Finn Wolfhard et McKenna Grace. Au cinéma le 1er décembre 2021.

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