Le soupir des vagues : Les formes de l’eau

L’été 2021 au cinéma en France a été marqué par la (re)découverte de Koji Fukada. Art House a en effet proposé une sélection d’inédits et de reprises du cinéaste : après Hospitalité, Au revoir l’été, L’infirmière et Sayonara , c’est au tour du Soupir des vagues d’avoir droit à une sortie sur nos écrans. Cette petite rétrospective d’une des figures du nouveau cinéma japonais nous prépare à la sortie repoussée en 2022 du diptyque Suis-moi, je te fuis et Fuis-moi, je te suis qui aurait dû être sélectionné à Cannes 2020.

Mais concentrons-nous sur Le soupir des vagues réalisé en 2018 et décrivant l’arrivée d’un jeune homme mystérieux sortant de la mer et s’échouant sur une plage indonésienne. Il est recueilli par Takako, immigrée japonaise en Indonésie qui s’apprête également à recevoir la visite de Sachiko sa nièce qui débarque du Japon pour rendre hommage à son père disparu. Le choix de l’Indonésie n’est évidemment pas anodin. La mer, qui semble si paisible dans le premier plan du film, y a montré sa puissance destructrice lors du tsunami de 2004. Cette catastrophe plane tout au long du film autour des personnages. L’une des protagonistes a ainsi vu sa vie emportée par la furie du raz de marée. Mais Fukada n’aborde pas frontalement cette catastrophe, qui évidemment a une résonance particulière pour les Japonais qui ont connu un événement similaire en 2011. La mer donne naissance ici, à un homme muet et mystérieux qui permet au cinéaste, en apportant une dimension fantastique à son récit, de faire un pas de côté pour mieux filmer l’île de Sumatra.

Laut est donc un être venu de l’eau, aux intentions opaques et aux pouvoirs aquatiques. Il suit la famille de Takako et ses amis, sans que l’on ne comprenne jamais vraiment pourquoi il fait ce choix. Le réalisateur réussit à rendre la dimension aqueuse du personnage qui semble se couler et s’infiltrer parmi les autres avec la douceur et la discrétion d’un liquide insaisissable.  On l’oublie même parfois, alors que le film se concentre sur la bande de quatre adolescents qui se découvrent, s’apprivoisent et se désirent. Le soupir des vagues prend ainsi parfois des airs de teen-movie où les amourettes doivent résister aux quiproquos. Mais le fantastique finit toujours par revenir et ajouter une note sombre quand la mélodie de l’insouciance semblait prendre le pas.  

Ce mélange des genres rend le film assez fascinant même s’il n’est pas totalement réussi. L’ambiguïté de Laut tantôt rassurant, tantôt menaçant est intéressante, mais il semble un peu trop déconnecté des autres personnages pour que l’ensemble apparaisse naturel. Certaines scènes semblent un peu artificielles et manquent de liant, ce qui empêche de nous investir sur les personnages et leurs évolutions. Il en ressort donc un film qui intrigue par sa sobre étrangeté, mais qui nous laisse sur notre soif faim.

Le soupir des vagues souffre un peu de la comparaison avec les poids lourds du cinéma japonais qui sortent cet été, True mothers, déjà à l’affiche et Drive my car, en août. Mais il reste une œuvre intéressante qui permet de mieux découvrir le cinéma particulier de Fukada. En attendant la suite, donc.

Le soupir des vagues, un film de Koji Fukada, avec Junko Abe, Dean Fujioka et Matu Tsuruta

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