L’Infirmière, motus et blouse cousue

Sorti en salles pendant l’été 2020, L’infirmière n’a pas bénéficié de la meilleure exposition possible. Sa présence sur Ciné + est l’occasion de rattraper le dernier film de Koji Fukada en attendant l’arrivée sur nos écrans de Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis.

Construit sur deux lignes temporelles parallèles, le film de Koji Fukada suit le destin bouleversé d’une infirmière à domicile. L’alternance entre le passé de Ichiko et son comportement présent permet au réalisateur de faire monter une tension qui sera constante tout au long du film. Le réalisateur joue avec le contraste de comportement entre l’infirmière dévouée et la femme isolée et mystérieuse qu’elle va devenir. Quelque chose de grave s’est passé pour que la vie d’Ichiko bascule. Sans trop en dire sur l’intrigue en elle-même, on peut révéler que c’est un scandale sexuel qui sera au cœur de sa chute. L’Infirmière ausculte donc la façon dont le scandale va peu à peu prendre forme autour de Ichicko qui semble trop innocente pour comprendre ce qui se trame autour d’elle.

La relation la plus intéressante du film

Koji Fukada en profite pour dénoncer subtilement le poids des tabous et des non-dits dans la société japonaise. La peur de la honte et du jugement des autres motive le comportement de tous les personnages. Il semble plus sage d’éviter de confronter les faits quitte à laisser les mensonges se développer. Le film commence ainsi par le kidnapping d’une jeune fille qui reviendra dans sa famille sans que l’on sache si on l’a violée ou non. Cette éventualité d’un possible viol plane sur la famille sans que la question ne soit jamais abordée frontalement. Cette atmosphère de défiance et de renfermement sur soi est au cœur du film qui réussit à restituer cette ambiance oppressante.

Malheureusement, les dialogues et les situations peinent à convaincre totalement. Ainsi, la meute de presse à scandale poursuivant l’héroïne sans trop de raison semble un peu trop caricaturale. Plus largement toute l’histoire du scandale ainsi que la façon dont Ichiko va essayer d’y répondre semble un peu forcé et on ne s’attache pas véritablement au sort des personnages qui ont du mal à exister. C’est notamment le cas de Motoko, qui aurait pu être le personnage le plus fascinant du film, mais dont les motivations sont trop obscures pour que ses actions soient crédibles. Fukada réussit néanmoins à capter quelque chose de beau lorsqu’il filme ses personnages se laisser aller, entre deux moments de narration, à vivre dans l’insouciance. Une course-poursuite, un jeu avec des enfants, un verre dans un restaurant, c’est quand ils sortent du récit qu’ils sont les plus touchants et les plus vivants.

« Non, je n’irai pas chez Hanouna ce soir »

Malgré une atmosphère de mystère angoissante et oppressante, l’Infirmière survole trop son sujet pour captiver. Reste une critique intéressante de la place des rumeurs et des non-dits dans la société japonaise et quelques moments de grâce portés par l’actrice principale, Mariko Tsutsui.

L’infirmière, un film écrit et réalisé par Koji Fukada, avec Mariko Tsutui, Mikako Ichikawa et Sosuke Ikematsu. Disponible sur Ciné+

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