Mobile Homes : On the Road Again

Il y a des films qu’on coche dans un planning cannois avec la certitude de prendre rendez-vous avec un cinéaste, une patte, une leçon technique. Il y en a d’autres qui offrent la promesse d’un grand sujet, de la révélation d’un talent à suivre. Il y en a enfin qu’on suit avec l’intention de dénicher une pépite qui vous saisit par surprise et qui vous hantera de nombreuses nuits en vous faisant vous dire que ç’aurait été cruellement dommage de passer à côté.

Et puis il y a les films auxquels on va parce qu’on aime beaucoup, beaucoup l’actrice principale, et Mobile Homes en fait partie.

Non contente d’arborer l’un des cinq plus beaux nez que la génétique humaine ait jamais conçu, Imogen Poots a su se construire à l’orée de sa jeune carrière une filmographie déjà intrigante, de celle qu’on suit avec plaisir jusque dans ses plus bas (on oubliera pas l’adaptation désastreuse de Need for Speed, soyons justes). Mais pour le reste, on a déjà pu la voir briller en fille brisée par l’ego surdimensionné d’un père mégalo (le grandiose Steve Coogan) dans A Very Englishman de Michael Winterbottom, en muse hypnotique dans le miraculeux Knight of Cups de Terrence Malick, en escort spirituelle dans le trop vite oublié Broadway Therapy de Peter Bogdanovich, en actrice neuneu dans l’inabouti mais très drôle Popstar : Never Stop Never Stopping du Lonely Island ou encore en défourrailleuse de skinheads dans l’excellent Green Room de Jeremy Saulnier.

Autrement dit, pas besoin de se forcer pour aller voir son nouveau film présenté ce dimanche à la Quinzaine des réalisateurs. Un film dans lequel elle retrouvait au passage un certain Callum Turner (une sorte de croisement british entre Adam Driver et Ezra Miller), qui incarnait le chanteur du groupe punk mené par le regretté Anton Yelchin dans Green Room. Mobil Homes est le deuxième film signé du franco-canadien Vladimir de Fontenay après Memoria, à vrai dire pas le plus connu des 173 films tournés par James Franco ces cinq dernières années.

Le réalisateur de What Lies Beneath the Sky (court-métrage narré par Chantal Akerman quelques mois avant sa disparition) adapte ici l’un de ses autres courts, Mobil Homes, et relate ici le cheminement d’une mère et de son fils à la frontière américano-canadienne. Marginale trempant dans toutes les combines les plus louches pour se faire de l’argent aux côtés de son petit ami Evan, Ali (jouée par Poots) élève tant bien que mal son fils Bone (le débutant Frank Oulton) dans l’espoir de pouvoir avoir un jour leur propre maison. Par un coup du festin, ils vont avoir la chance de pouvoir changer de vie au sein d’une communauté de mobile homes menée par Robert (Callum Keith Rennie).

La caravane passe

Sur beaucoup d’aspects, Mobile Homes coche beaucoup de cases de la Sundancerie archétypale : image un peu grise, esprit bohème, personnages modestes, bande-son soignée et rétro (la part belle étant notamment faite au toujours sublime I’d Rather Go Blind de l’immense Etta James). Et le film ne fait guère d’efforts pour se détacher de cette étiquette, tant l’intrigue sur ses rails sans beaucoup d’embardées. Sans démériter, le film coche toutes les cases de son cahier des charges tout en veillant à n’être jamais trop jovial, ni jamais trop tragique. Du cinéma d’équilibriste vous diront les pros, du cinéma d’expert-comptable vous diront les antis. Avec toujours cette fichue manie d’avoir peur de prendre son temps pour filmer, même lorsqu’il la mise en scène l’exigerait.

Prévisible, le film se suit sans inconfort. C’est du cinéma moelleux, bien fait, bien produit, bien incarné. Imogen Poots est de quasiment tous les plans. On peut vraiment pas dire qu’on passe un mauvais moment, loin de là. Mais disons que ce n’est pas le genre de films auquel on repensera en premier au moment de faire le bilan des courses. Sinon, c’est que ce sera très très mauvais signe.

Vite vu, vite oublié, Mobile Homes ne restera pas dans les annales d’une Quinzaine des réalisateurs qui nous a heureusement offert mieux depuis ses débuts (l’enchaînement juste après le Jeannette de Bruno Dumont piquote un peu la nuque). Restent quelques moments, fugaces et doux, qui s’évaporent à la sortie du Théâtre Croisette, et qu’on a envie de garder un peu près de soi. Parce que des chansons comme I’d Rather go Blind sont trop belles et des actrices comme Imogen Poots trop talentueuses pour qu’on leur refuse une danse.

Mobile Homes de Vladimir de Fontenay avec Imogen Poots, Callum Turner, Frank Oulton, 1h45

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d'un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J'aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j'aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l'ouvreuse. J'officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

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