Personal Shopper, d’Olivier Assayas

Personal Shopper

Les premières conséquentes salves de sifflets ont retenti en salle Debussy hier soir à l’occasion de la projection presse de Personal Shopper. C’est toujours triste, et ça l’est d’autant plus ici qu’il s’agit à mon sens d’une grosse erreur.

Avec son nouveau film, Olivier Assayas retrouve l’électrisante Kristen Stewart qu’il avait déjà dirigée il y a deux ans dans Sils Maria, César de meilleure actrice pour la demoiselle à la clé. Si l’on sentait bien la fascination qu’avait développée Assayas pour Stewart à l’occasion de cette première rencontre, elle est cette fois-ci on-ne peut plus manifeste : l’héroïne de Twilight est de tous les plans.

Maureen est l’assistante d’une célébrité. Plus précisément son personal shopper, c’est à dire qu’elle fait les magasins pour elle. La jeune femme possède également des dons de médium, et cherche désespérément à communiquer avec feu son frère jumeau.

A nouveau reléguée au rang d’assistante d’une célébrité après Sils Maria (relire notre critique), Kristen Stewart est clairement le sujet méta du film : les robes qu’elle essaie honteusement en se planquant, ce sont celles du cinéma d’auteur, celles du cinéma qui fait monter les marches du Palais des Festivals. L’excitation que procure à son personnage l’interdit, c’est ce sentiment jouissif pour l’actrice du contrepied, d’amener sa carrière tout juste là où c’est le plus casse-gueule.
L’idée brillante d’Assayas, c’est de faire cohabiter pour ce personnage le souhait d’être quelqu’un d’autre avec le thriller fantastique. L’actrice navigue ainsi entre un rôle de scream queen – sorte de suite qui aurait été logique à sa carrière de vampire – et un autre de prétendante à la reconnaissance – suite qu’elle a finalement choisi de lui donner.

En tirant un peu (trop ?) sur le fil, on pourrait même penser que cette histoire d’esprit spectral de frère jumeau fait référence à Robert Pattinson, finalement sorti des écrans après la hype post-Twilight. D’ailleurs, il est précisé dans le film que la malformation cardiaque ayant tué son frère, Maureen la porte aussi. Comme un épée de Damoclès permanente. Actrice et personnage condamnées à toujours être sur la brèche.

T'imafines c'est K-Stew qui va t'acheter tes fringues...

T’imagines c’est K-Stew qui va t’acheter tes fringues…

Ce qui déroute évidemment dans Personal Shopper, c’est son radicalisme formel. On passe la première partie à voir Stewart déambuler dans une maison vide puis dans Paris puis re-dans sa maison vide, puis une seconde penchés avec elle sur son téléphone. Parce que Personal Shopper est aussi un film sur les doigts de Kristen Stewart, sur son agilité à texter depuis son iPhone.

Cette seconde partie du film, le premier thriller à ma connaissance se déroulant en grande partie sur l’écran d’un smartphone, est certainement la plus réussie. Allant crescendo au fur et à mesure d’un voyage en train, elle possède le radicalisme et l’efficacité culottée d’un Unfriended. En préférant le filmage d’un petit écran d’iPhone dans un grand écran de cinéma plutôt qu’en intégrant les textos aux images façon House of Cards, Assayas génère une frustration jouissive. Qui envoie ces textos qui détournent notre regard de Kristen Stewart pour finir sur ses mains ? Pourquoi ? Quand est-ce que ça va s’arrêter ? Les doigts de Stewart sont tantôt hésitants, tantôt tremblants, toujours agiles à répondre. Et ces points de suspension signes que l’interlocuteur est en train d’écrire réellement anxiogènes. Aussi, on retiendra longtemps l’effet procuré par la scène du rallumage d’iPhone post-mode avion, engendrant un torrent de textos reçus à retardement et rendant compte d’un danger qui se rapproche au rythme des vibrations jusque derrière la porte.

Deux ans après Sils Maria, Assayas renouvelle donc ici sa déclaration d’amour à Kristen Stewart en la montrant à l’aise jusqu’au bout des doigts dans tous les registres. Comme pour dire à l’actrice de ne jamais rien s’interdire, qu’elle surnage à un tel point que filmer ses doigts suffit à rendre un film palpitant. Leur relation cinématographique à tous les deux, lui l’ancien critique intello, elle l’ancienne vampire pour ados, a tout d’un partenariat gagnant-gagnant : ils n’ont jamais été aussi brillants l’un et l’autre que depuis qu’ils se sont rencontrés.


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
 4.5 Stars 4 Stars 3 Stars

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


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Un film d’Olivier Assayas avec Kristen Stewart.
Sortie en France prévue pour le 19 octobre 2016

(Dzibz n'étant pas mon vrai prénom) Red'chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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