PEAKY BLINDERS – Ou pourquoi vous aurez envie de chiper la casquette de Papy

Nos notes

Birmingham, 1919. Un cavalier qui surgit hors de la nuit (ou plutôt de l’aube) entre solennellement dans une rue poisseuse. Cette rue, c’est forcément son repaire : l’homme impeccablement habillé y est à la fois craint et respecté. Son nom, comme nous l’apprendrons plus tard, il préférera le signer à la pointe d’une lame de rasoir, planquée dans sa visière (peak), qu’il utilisera avec sa bande pour sabrer le front de ses ennemis et les aveugler (blind).

Bienvenue dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres chez les Peaky Blinders, famille de gangsters gipsy ultralookés, aux liens aussi serrés que leurs poings. Revenus pour la plupart broyés des tranchées, les membres du clan Shelby, emmenés par le jeune Tommy, ont pour sombre dessein d’imposer leur domination sur la ville, au gré de paris hippiques illégaux. La tâche n’est franchement pas aisée, d’autant que toutes les autres crapules du coin réclament aussi leur part du gâteau. Un seul homme va tenter d’éradiquer cette vermine, l’antipathique et très obsessionnel Chief Inspector Campbell, lequel, fraîchement débarqué d’Irlande, fera très vite de Tommy son pire ennemi.

Pourquoi c’est cool ? Parce que sur un sujet assez casse-gueule (qui aurait choisi les paris hippiques en toile de fond, à part Omar Sharif ?), Steven Knight nous livre une œuvre noire extrêmement moderne, stylisée et dans le fond très personnelle. Car oui, cette histoire, c’est un peu la madeleine de Proust du petit Stevie : le gang des Peaky Blinders a bel et bien existé au tout début du XXe siècle et c’est dans les souvenirs romancés de ses parents qu’il est allé puiser l’intrigue. En transposant son propos en 1919, Steven Knight y injecte une dose de social, en abordant subtilement tous les thèmes qui ont forgé l’Angleterre d’aujourd’hui : la hiérarchie des classes, les conventions sociales, l’IRA, le communisme, les gangs de toute nature, la place de la femme… sans que la série ne devienne barbante pour un sou. De fait, si l’on nous demandait à quoi ressemble Peaky Blinders, c’est un peu le mélange inespéré de Gangs of New YorkBoardwalk Empire et Le Vent se lève.

Peaky_Blinders

Le coup de génie de Steven Knight, qui permet à cette œuvre de passer du statut de bonne série à celui de « must », est sans aucun doute son look. Grâce à une lumière filtrée, travaillée en clair-obscur, c’est tout juste si le spectateur ne sent pas l’odeur irrespirable de la ville, avec son usine qui crache au loin toujours autant de fumée. L’élégance de cette série est d’ailleurs renforcée par l’utilisation de couleurs grisâtres magnifiquement rendues, qu’il s’agisse des rues boueuses et lugubres de Birmingham ou des costumes trois-pièces des Peaky Blinders. Seul le personnage de Grace vient apporter un peu de couleur et de modernité dans la vie de ces fantômes trop bien habillés.

On ne remerciera jamais assez le créateur de cette série d’avoir choisi pour incarner Thomas Shelby l’hallucinant Cillian Murphy alias l’homme-qui-a-décidé-de-ne-jamais-vieillir-après-ses-vingt-trois-ans. Habitué depuis quelques années aux rôles trop secondaires, l’acteur (qui n’a jamais été aussi bon depuis Breakfast on Pluto et Le Vent se lève) transcende littéralement le personnage de Tommy, ce stratège impitoyable et pourtant si meurtri, qui n’a qu’à poser son regard d’acier sur son interlocuteur pour imposer ce qu’il veut, sans jamais avoir à élever la voix. Le duel qui s’installe entre Tommy et l’inspecteur Campbell (joué par Sam Neil, bien loin de Jurassic Park, avec son accent typically irish) nous tient ainsi parfaitement en haleine : aucun des deux hommes n’arrive à se débarrasser de l’autre, malgré chacune de leurs manipulations. Côté femmes, le casting n’est pas en reste non plus, avec une Helen McCrory au charisme redoutable, heureusement beaucoup plus présente dans la saison 2 pour incarner la tante de Tommy, et qui nous fait oublier au passage le jeu un peu fade d’Annabelle Wallis (l’interprète de Grace).

Servie par une BO explosive et géniale, allant de Nick Cave à Jack White, en passant par PJ Harvey, Peaky Blinders est l’une des séries les plus rock & roll et addictives de tous les temps. Les guests de la saison 2 (Tom Hardy en gangster juif, Noah Taylor en gangster italien) ne font que conforter une évidence : avec Peaky Blinders, vous adorerez réveiller le bad boy qui sommeille en vous.

Peaky Blinders, série créée par Steven Knight (2013), avec Cillian Murphy, Sam Neil, Helen McCrory, Annabelle Wallis. Diffusée depuis le 12 Mars 2015 sur Arte.

Verdict ?

Be first to comment