Sicario : the World is yours !

Nos notes

En 2006, Michael Mann livrait une adaptation cinématographique de sa série Miami Vice. Il y filmait avec talent la transformation du capitalisme, permettant aux cartels de la drogue de mieux pénétrer dans l’économie légale et fonctionnant de la même façon qu’un état (ouvriers en recherche de protection, armée, service secret, différents « ministères » etc.). En 2013 sortait Cartel de Ridley Scott, diamant noir du cinéma américain de ces dernières années. Cartel mettait en lumière un pays, le Mexique, totalement gangréné par la pègre contrôlant quiconque circulait sur son territoire, mais surtout dont les agents criminels se trouvaient aujourd’hui plus souvent dans La City Londonienne, que dans les bars à téquila de Mexico.

Sicario sélectionné aujourd’hui à Cannes surprend tout d’abord par son caractère obsolète (la situation est bien plus dramatique et violente aujourd’hui, elle est surtout institutionnalisée : il est admis que la crise financière de 2008 a été sauvée grâce à l’afflux d’argent liquide provenant du crime organisé). On sait que l’histoire portée à l’écran par Denis Villeneuve a été écrite il y a plusieurs années par des scénaristes de Sons Of Anarchy. N’ayant sans doute pas eu le temps de jeter un coup d’œil au chef-d’œuvre sériel de Kurt Sutter, Denis Vileneuve découvre que la guerre contre la drogue est un échec pour ses défenseurs, et en premier lieu les USA. Les cartels mexicains, les Mafias italiennes, les Triades et les Yakuzas ont aux quatre coins de la planète vaincu les idéologues de la prohibition. Certains de ces groupes criminels sont aussi importants dans l’économie mondiale que Google, tout ça grâce à la prohibition. En 2015 c’est un lieu commun de rappeler que HSBC (dont l’existence même repose sur le commerce de la morphine et de l’héroïne) est la principale banque mondiale recyclant les milliards engrangés par le trafic de la cocaïne et qu’elle a été pardonnée en versant 2, pauvres, milliards de dollars aux USA. En 2015 le choc, pour Denis Villeneuve, c’est d’apprendre que la CIA marche main dans la main avec certains cartels de la drogue pour contrôler la géopolitique américaine. Bienvenue sur terre mon ami !

Denis Villeneuve a du talent, mais il préfère rester discret sur cette qualité : parfois il arrive à filmer des autoroutes la nuit, d’autres fois il se prend de passion pour les araignées et réalise des plans assez marquants. On n’imagine pas le cinéaste canadien réaliser un grand film, mais on ne serait pas étonné qu’il réalise un jour un bon film. Apprendre la sélection de son dernier film, Sicario, intriguait. Était-ce possible que cela soit enfin sa première œuvre réussie ? On peut certes se moquer du manque de réactivité du cinéaste face à la réalité, mais il est indéniable que Sicario représente de loin son meilleur film. Il n’a certes pas de coup de génie comme ce fut le cas dans les médiocres Prisoners et Enemy, mais il arrive contrairement à ces derniers films à stabiliser sa mise en scène. Pas d’éclair de génie, mais pas de faute de goût : il ne fait pas le petit malin. Il filme tout simplement le scénario qu’on lui a envoyé, sans trop y réfléchir. Sans doute ne tente-t-il pas de nous sidérer avec des plans fascinants, car il est lui-même sidéré par la situation qu’il filme. Ce n’est pas grandiose, mais c’est déjà pas si mal pour un cinéaste tel que Denis Villeneuve.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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