Night Call : American Psycho chez BFM TV

Nos notes

Je vous vois, les marketeux du cinéma, à essayer de vendre Night Call comme un spin off de Drive. Et vas-y que je te traduis un titre anglais (Nightcrawler, en l’occurrence) par un autre titre anglais (quand cette abomination cessera-t-elle ?) qui se trouve également être, par pure coïncidence, le nom de la chanson phare de la BO du film de Winding Refn ; et vas-y que je te mets « par les producteurs de Drive » en chapeau de l’affiche – comme si, depuis le temps qu’on nous fait le coup, quelqu’un un jour avait vraiment claqué 15€ en billet de cinéma rien que sur les noms de la prod’.

Bref, vous serez priés de ne pas tomber dans le panneau, à part l’action se déroulant à Los Angeles et la présence d’un bolide, la ressemblance s’arrête là. (Sans compter que personne ne soutiendrait la comparaison avec Ryan G., mais je sens qu’on va m’accuser de partialité.)

Le Nightcrawler en question, c’est Lou Bloom, être minable qui vole du cuivre et vivote dans son appartement d’une tristesse absolue, étouffé par son besoin de reconnaissance plus que par une véritable ambition, dégoulinant de déférence et de gel dans les cheveux. Parfaite incarnation du ver de terre (traduction littérale de « nightcrawler »), il hante les rues la nuit, à l’affût d’un fait divers qu’il pourra filmer en plan serré et revendre aux chaînes de télé pour l’ouverture de leurs JT du matin. « If it bleeds, it leads », lui souffle le personnage de Bill Paxton – en gros, plus il y a de sang, plus gros seront les titres ; autant vous préparer psychologiquement à certains passages d’une horreur particulièrement voyeuriste.

Le message sur les médias manipulateurs, la course effrénée à l’audience, notre voyeurisme morbide (coucou Nabilla) n’est ni nouveau, ni traité avec un angle vraiment différent ici – il y a un côté Prête à tout remis au goût du jour – même s’il est délivré de manière plutôt efficace. La vraie force du film, c’est le personnage, et par la même occasion la performance de Jake Gyllenhaal, qui passe en 120 minutes de valeur solide à acteur incroyable.

Son corps – indépendamment de sa perte de poids –, sa voix, son sourire, sa démarche, ses fringues, sa coiffure : tout instille le malaise, tout respire la fausseté. Minable, oui, mais loin d’être bête, complètement perméable au bullshit des discours marketing/ressources humaines/communication entrepreneuriale, il apprend vite mais seulement sur Internet, répétant à l’envi des banalités politiquement correctes probablement tirées d’un forum Doctissimo type « Convaincre vos interlocuteurs que vous êtes parfaitement normal alors que vous êtes un p***** de sociopathe.»

D’autant plus fascinant et d’autant plus flippant que, on l’aura vite compris, son personnage ne fait finalement que nous faire coucou dans le miroir.  Priez pour nous, et pour BFM TV.

Night Call, Dan Gilroy. Avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Bill Paxton, Etats-Unis, 1h57.

Verdict ?

Fière représentante de Cinématraque à Montréal.

Je vous ai déjà parlé de Ryan Gosling ?

3 Comments

  • Répondre décembre 7, 2014

    Peterline6

    Dire que je pensais être le seul à ne pas idolâtrer ce film. Complètement surfait et gonflé au marketing nauséabond. Vraiment très déçu. Seul Gyllenhaal sauve le film. J’en fais à peu près la même analyse, mais moi j’ai mis 4.

    http://lequatriememur.net/articles/nightcall/

    • Répondre juin 11, 2016

      Amelia

      At last! Someone with the insight to solve the prelobm!

    • با وجود اینکه فلش پلیر نصب کردم ولی توی ایمیل نمیتونم ان لاین نمیشم بازم میگه باید فلش پلیر نصب کنی؟ چرااینجوریه من تازه ویندوز عوض کردمقبلا هم همین کارو کردم مشکلی نداشتم.مرسی از راهنماییتون.

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