« Leones » : la forêt de l’enfance perdue

Des jeunes qui errent dans la forêt, saisis dans de longs plans-séquences : à la vue des premières images de Leones, le cinéma de Gus van Sant vient naturellement à l’esprit. Il faut dire que Jazmin Lopez fait sien un pan entier du cinéma moderne – la veine antonionienne, de toute évidence.  Et, de fait, comment ne pas penser à la beauté solaire de Profession : reporter, face à la forme fragile et naturaliste de Leones ? Aux ballets des adolescents d’Elephant, aux rois mages errants du Chant des Oiseaux (Albert Serra), quand le paysage se fait la projection d’une trajectoire mentale ?

Le film s’ouvre sur le parcours de la jeune Isabel à travers une forêt sombre ; on entend, hors champ, les voix de ses amis, qui apparaîtront dans les plans suivants. Sans le moindre préambule, la caméra s’attache à les suivre, à enregistrer leur marivaudage adolescent. On apprendra, plus tard, qu’ils sont à la recherche d’une maison. Mais alors, la machine se dérègle, transformant le temps en une pâte élastique : au sein d’un plan-séquence, il peut ainsi se dérouler une durée dépassant  largement la taille du magasin de la pellicule (à savoir 11 minutes : Leones fait partie des tout derniers films à avoir été tournés en 35 mm). La caméra panote et le groupe sort du cadre ; les feuilles s’agitent sous un vent plus fort, le son, la courbe de la lumière se transforment. Et les adolescents reviennent dans le cadre, épuisés par leur marche, incapables de trouver la maison en question. 

Leones évoque la disparition de l’adolescent dans l’adulte, laquelle s’affirmera sous la forme d’une prise de conscience, et aura comme conséquence, outre une forme d’angoisse, un événement cruel et inattendu. Dès lors, les personnages ne seront plus les mêmes. Et, tout au long du film, la caméra de Matias Mesa – steadycamer sur Gerry, Elephant et Last Days – aura tenu la note de cet étrange état, cet entre-deux-mondes, pour ne le quitter qu’au seuil du réveil, comme Borges aimait à le faire. 

Leones, Jazmin Lopez, avec Julia Volpato, Pablo Sigal, Macarena del Corro, France / Argentine, 1h22.

Cinéaste, il travaille activement sur la question de la mémoire ouvrière. Depuis 2004, il a réalisé un court-métrage de fiction, Fermeture, dans lequel il interroge le devenir des ouvriers. Petit-fils d’ouvriers, il est revenu à Billancourt pour parler de l’usine Renault dans une série de documentaires. Il a réalisé de nombreux clips musicaux, des films d’essai sur l’urbanisme, des reportages web…

1 Comment

  • Répondre août 9, 2013

    BERROU ANNE

    BONJOUR JÉRÔME WURTZ,
    JE FINALISE ACTUELLEMENT UN FICHIER PRESSE FESTIVAL DE CINÉMA ET J’AIMERAIS JOINDRE VOS COORDONNÉES. POUVEZ-VOUS ME TRANSMETTRE VOTRE ADRESSE POSTALE AINSI QUE VOTRE ADRESSE MAIL.
    MERCI D’AVANCE.
    ANNE BERROU

Leave a Reply