Dire que Hope constituait l’une des attractions les plus attendues de la compétition officielle de cette cuvée cannoise 2026 est probablement un euphémisme. Tout d’abord, parce que le film avait déjà fait parler de lui dès l’année dernière, avant finalement d’avoir reporté son arrivée sur la Croisette d’un an. Mais surtout, parce que Hope marque le retour sur le grand écran de Na Hong-Jin, peut-être l’enfant terrible du cinéma d’auteur sud-coréen. Spécialiste du thriller tendu à tendance craspec, le cinéaste a imposé sa voix singulière à travers ses trois premiers long-métrages : The Chaser, The Murderer et The Strangers.
Hope à certains égards débute dans un registre assez similaire. Dans la petite ville côtière de Hope, un bœuf est retrouvé mort sur une route de campagne, sauvagement assassiné. Son corps est lacéré de griffures impressionnantes. Cet événement n’est en en fait que le début d’une chaîne d’événements catastrophiques qui vont ravager la ville. Tandis que des groupes de volontaires partent dans la forêt pour traquer la bête responsable du massacre, l’officier Bum-Seok (Hwang Jeong-min, qui retrouve le réalisateur de The Strangers) accompagné de sa collègue Seong-Ae (Jung Yo-heon, la star de Squid Game), essaie de sauver la ville de cette nouvelle menace.
Le sommeil de la raison engendre les monstres
Disons-le tout de go : la première heure de Hope, qui relate la traque de la bête inconnue, est un spectacle absolument éblouissant. Un déluge d’action sans aucun temps mort, une symphonie du chaos et de la destruction d’une générosité hors normes, distordant le temps et l’espace. Ce shoot de sérotonine pure, injecté à même la rétine à mi-parcours d’une compétition officielle solide mais qui ronronnait un peu, a électrisé une salle Debussy pleine de journalistes jusqu’ici en pleine torpeur. Un bon Cannes ne peut pas ne pas avoir sa séance chaos, indépendamment de la qualité du film. Ce dimanche soir, Hope a véritablement lancé Cannes 2026.
Alors oui, Hope est très loin d’être sans défauts. Si la production value est dans l’ensemble de belle facture, on ne peut pas en dire de même des CGI, qui font régulièrement saigner la cornée dès qu’une créature surnaturelle s’anime. Le scénario fait l’essentiel du temps figure de prétexte, recyclant des thématiques souvent vues dans le cinéma fantastique, notamment sur l’agressivité naturelle de l’humain qui a tendance à jouer du flingue dès qu’il est confronté à l’inconnu (la métaphore de la chasse n’étant pas des plus subtiles). Enfin, on soulignera aussi que cet énorme pavé de près de 2h40 a parfois tendance à s’étirer inutilement, notamment dans un dernier acte interminable où s’enchaînent redites et dialogues confus.
Un déluge d’action sans aucun temps mort, une symphonie du chaos et de la destruction d’une générosité hors normes, distordant le temps et l’espace
Il y aura tout de même beaucoup à décortiquer dans cet objet unique, dans lequel un casting coréen en surjeu total côtoie une troupe de comédiens américains méconnaissables, et dont une bonne partie de la présence à l’écran a dû être charcutée au montage (que sont venus faire Michael Fassbender et Alicia Vikander ici???). Hope est un film d’une immense générosité, un creuset référentiel infini, mais surtout un terrain de jeu démesuré pour un cinéaste qui joue avec ses personnages et ses décors comme un gamin (ou notre cher Renaud) joue avec ses figurines de kaiju.
Film de tous les superlatifs, Hope est très imparfait mais sa soif d’action totale emporte bon nombre de ses évidents défauts. Hope va sans doute beaucoup trop diviser pour s’adjuger la Palme ce samedi, ni même pour figurer au palmarès. Peu importe : Na Hong-Jin signe ici avec Hope le rollercoaster épique que tout le monde attendait ici. Un film fou, vertigineux, grotesque, de ceux qu’on pense toujours être impossibles pour l’étiquette cannoise.
Hope de Na Hong-Jin avec Hwang Jeong-min, Jung Yo-heon, Michael Fassbender, Alicia Vikander, date de sortie française encore inconnue

