Sheep in the box de Hirokazu Kore-eda : s’il vous plaît fais-moi un bon film

Lorsque j’ai appris que Hirokazu Kore-eda allait faire un film sur l’IA qui en plus portait un titre en référence au Petit Prince, j’ai été tout de suite très intriguée. Même si les derniers films du grand réalisateur japonais ont pu faire débat, il reste l’un des regards les plus intéressants et doux du cinéma contemporain. Faire un film qui évoque l’IA aujourd’hui n’est pas une entreprise facile. Les robots ont une histoire cinématographique particulière puisqu’ils ont pu longtemps représenter des ennemis, puis un futur enviable ou une métaphore de toutes les oppressions. Ils ont dépassé le blockbuster et sont même le sujet de films très émouvants comme Her de Spike Jonze ou After Yang de Kogonada. Mais entre le moment où je me suis émue ado devant la machine rebelle d’I,Robot et aujourd’hui, s’est démocratisée l’IA générative conversationnelle, visuelle, et le techno fascisme s’est développé. Et cela me fait arriver à une conclusion : je n’ai plus de place dans mon cœur pour accepter l’humanité des robots.

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Car la technologie ça ne pousse pas des arbres et l’IA ça ne naît pas par magie. C’est des travailleur·euse exploité·es et traumatisé·es dans les pays qui se prennent violemment le néo-colonialisme ; c’est une pollution immense. La technologie telle qu’elle est employée aujourd’hui est majoritairement une exploitation de l’humain. Mais tout ça, ça n’intéresse pas Kore-eda. Son film parle d’un couple qui après le deuil récent de leur petit garçon prend un robot à son image. Nourri de photos, de vidéos, l’IA de la machine peut alors l’imiter. Si on connaît bien les thèmes de prédilection du cinéaste on peut tout de suite savoir vers quoi il tend. Il veut à nouveau parler de la famille, de comment on fait famille, et comment on peut rester un individu dans celle-ci. Un robot semble ici une excellente variation pour lui car ainsi placé il questionne plus que jamais ce qu’est un membre d’une famille. Sauf que A.I de Spielberg le faisait aussi, Her le faisait aussi, After Yang le faisait aussi et pour ces deux derniers avec cette même esthétique d’un futur proche un peu différent mais très doux. Et, à la rigueur, pourquoi pas, aucun thème n’est épuisé de variations si le nouveau point de vue est pertinent. L’idée de base de Kore-eda l’est par ailleurs, mais elle passe après trop de monde et peine à brasser autre chose que des poncifs tant sur la famille choisie que sur le robot au cinéma. La vraie réussite est dans son idée de s’accoler à l’enfance avec ces petits androïdes qui lorsqu’ils se rebellent font penser à un Sa majesté des mouches resté mignon ou a des Petits Princes naïfs mais salvateurs pour les adultes. Il aurait peut-être dû mieux creuser cela. Quelques idées sur la question de la parentalité sont aussi très belles. Ceux qui ont perdus leur enfant et ne savent pas s’ils aiment ce robot se demandent aussi s’ils ont encore un destin de parents… et malheureusement ce n’est pas assez bien développé encore.

Et ce qui n’est pas questionné c’est l’aspect politique du robot. En 2026, selon moi, on ne peut plus aborder cette question sans faire mention que les robots ne sont pas gratuits pour la planète. Le bât blesse d’autant plus que c’est un film qui évoque aussi beaucoup l’architecture et comment repenser sa maison dans l’environnement, comment penser les arbres en harmonie avec là où nous vivons. L’harmonie est la clé de l’œuvre, que ce soit celle mentale des parents endeuillés, des humains avec les robots et de tout ça avec la nature. Sauf qu’il n’y a pas d’harmonie possible avec la technologie à l’heure actuelle et il n’y en aura jamais si on continue de s’empêtrer dans des questions débiles lorsque mal développées sur l’humanité des machines. Ainsi, Sheep in the box, malgré toutes ces qualités et belles pistes humaines paraît en décalage avec son temps, pas parce qu’il se déroule dans le futur mais parce qu’il est resté dans le passé.

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