Quand Christophe Gans a annoncé son Retour à Silent Hill, les raisons de se réjouir étaient nombreuses. Il y avait d’abord une forme de fierté nationale : voir le cinéaste revenir à une franchise qu’il aime avec passion et dont la première itération, qu’il a signée il y a vingt ans, reste l’une des meilleurs adaptations d’un jeu vidéo au cinéma. Mais aussi un certain soulagement, après l’annulation brutale de son Corto Maltese, stoppé net alors même que le tournage devait commencer.
Car les projets fantômes semblent poursuivre Gans sans cesse. Avec entre autres un film Onimusha, adapté d’une autre franchise de jeux vidéo japonaise, aussi tombée aux oubliettes. Une première suite à Silent Hill a elle aussi été enterrée après l’arrestation de son scénariste Roger Avary pour homicide (c’est un peu gênant). De ce naufrage est finalement né Silent Hill Revelation de M. J. Bassett, un truc dont je ne dirai rien sous peine de choquer vos chastes yeux. Retour à Silent Hill avait donc une mission claire (pour moi comme pour tous les fans du jeu) : réparer les dégâts du passé.
Cette fois, après s’être autorisé quelques libertés avec le matériau d’origine, Gans choisit d’adapter l’épisode le plus unanimement célébré de la franchise : Silent Hill 2. James Sunderland (Jeremy Irvine) reçoit une lettre de Mary (Hannah Emily Anderson), son épouse pourtant décédée depuis plusieurs mois. Elle l’invite à revenir à leur lieu à eux… Silent Hill. Mais une fois sur place, la ville n’est plus qu’un écho déformé de ses souvenirs : rues désertes, brume cendrée, figures inquiétantes… À mesure qu’il progresse, James affronte non seulement des créatures énigmatiques, mais aussi son propre passé, quitte à basculer dans la folie.

In my restless dreams, I see that town…
Contrairement à James, inutile de s’attarder trop longtemps dans la brume : Retour à Silent Hill est une immense déception. Une déception finalement peu surprenante, tant la communication autour du film s’est évaporée après la diffusion des premières images, déjà très éloignées de l’esthétique soignée du premier Silent Hill. Le malaise se confirme au visionnage : le film oscille en permanence entre quelques moments d’angoisse réussis, fulgurances gores ou psychédéliques, et à l’inverse, des personnages aux allures de cosplay et des effets spéciaux assez indignes des ambitions du réalisateur.
Dans son premier Silent Hill, Christophe Gans parvenait à retranscrire la cruauté fondamentale de la ville : c’est un lieu qui se nourrit des traumatismes de ceux qui s’y retrouvent piégés, et qui les confronte à leur propre noirceur. C’est précisément ce principe qui faisait toute la richesse de Silent Hill 2, où James croisait d’autres âmes tourmentées, chacune enfermée dans sa propre perception de l’horreur. Mais ici, cette adaptation choisit (bien trop) la facilité. En recentrant presque exclusivement le récit sur l’histoire d’amour entre James et Mary, Gans et sa co-scénariste Sandra Vo-Ahn opèrent des choix scénaristiques discutables, qui risquent de hérisser les fans du jeu. Bref, on a peur, mais pour les mauvaises raisons.
Les personnages secondaires voient leur rôle complètement amputé, réécrit ou vidé de leur substance pour rentrer dans un carcan narratif beaucoup trop rigide. Eddie, Maria, Angela, Laura… tous ces personnages sont sacrifiés sur l’autel de la simplification, jusqu’à James lui-même, transformé en artiste sans que cela n’ait le moindre impact sur le récit. Or, toute la force de Silent Hill (et plus encore de Silent Hill 2) réside dans la violence morale de son dénouement. Le film choisit de tenir le spectateur par la main quitte à supprimer toute forme de tension et de mystère. Il n’y a plus aucun suspense tant les twists sont sur-appuyés à l’avance, provoquant l’hilarité de la salle quand le « vrai » moment de révélation arrive.
C’est un problème criant lorsque Retour à Silent Hill explicite encore plus lourdement toute la symbolique du jeu, jusqu’au rôle de Pyramid Head (le monstre le plus emblématique de la saga) ou multiplie les flashbacks maladroits et visuellement catastrophiques, dignes d’une télénovela. Ou bien en ajoutant une intrigue complètement absente du matériau d’origine, où Mary serait victime d’une secte menée par son défunt père, qui n’a littéralement aucun sens. Et malgré de nombreux clins d’œil, avec l’utilisation de chansons utilisées dans les jeux, ou la présence du producteur et compositeur phare de la franchise Akira Yamaoka derrière la musique du film, il manque toujours un petit quelque chose pour se sentir pleinement à Silent Hill.
On sait déjà que cette suite a été réalisée sous de nombreuses contraintes : budget limité, durée imposée inférieure à deux heures, scènes coupées… Christophe Gans évoque déjà l’existence d’un director’s cut qui enforce un sentiment amer : Retour à Silent Hill ressemble à un projet qui n’a pas eu les moyens de ses ambitions. Si le réalisateur se montre toujours curieux à l’idée de retourner dans la brume pour un troisième volet, encore faudrait-il qu’on lui laisse réellement les mains libres. Mais cette fois, pour donner plus de place à l’exploration des personnages et de l’univers de Silent Hill, pourquoi pas s’inspirer de ce qui marche avec The Last of Us et une adaptation en série ?
Retour à Silent Hill (Return to Silent Hill), un film de Christophe Gans. Avec Jeremy Irvine et Hannah Emily Anderson. Sortie québécoise le 22 janvier 2026. Sortie française le 4 février 2026.

