Avatar, de feu et de cendres : refermer la boîte de Pandora

jakesully dans les flammes dans avatar

Il devient compliqué d’écrire sur Avatar. Pas parce que les films n’auraient pas d’intérêt ; bien au contraire. Simplement, il paraît difficile d’imaginer à ce stade que James Cameron puisse convaincre de nouveaux cinéphiles qui n’auraient pas déjà accepté le voyage spirituel qu’il offre en compagnie des Na’Vi de la planète Pandora. Et pourtant, il paraît encore nécessaire de tenter d’écrire quelques mots sur la saga Avatar, à la sortie de son troisième (et potentiel dernier, nous en reparlerons) dernier volet.

D’abord parce que chaque mention d’Avatar encourage tous les cinéphiles en herbe et en gazons à venir expliquer que c’est nul, parce que c’est juste les Schtroumpfs de Pocahontas de la danse avec les loups, et que la 3D ne sert à rien, et autres logorrhées aussi fournies en mots que vides de toute réflexion. Non pas que je considère qu’un bon cinéphile se doit d’apprécier Avatar, loin de là. Mais de faire preuve de bonne foi, au moins. D’accepter certaines réalités qui deviennent, de film en film, difficile à contredire. Aujourd’hui, les aventures de Jakesully, Neytiri et leurs enfants sur la planète d’Eywa forment la seule franchise de blockbuster originale du paysage cinématographique, avec peut-être Mad Max comme son seul rival dans la catégorie. On parle de la création d’un seul homme qui développe tout un univers fantasmé et sur lequel il a le contrôle absolu, en bon démiurge mégalomane comme peut l’être James Cameron… Et voilà bien quelque chose qui jure avec tout le reste des productions hollywoodiennes aujourd’hui. Que l’on trouve cela peu original, ou peu intéressant, or de ses goûts, s’entend parfaitement. Que l’on trouve impardonnable le fait de produire des blockbusters à l’empreinte carbone délirante pour les remplir d’un message écologique qui est sans cesse contredit par le mode de production est tout aussi recevable pour exprimer son rejet de la franchise, cela va sans dire. Mais il paraît aujourd’hui de mauvaise foi de nier la qualité unique et singulière de la franchise Avatar dans le paysage audiovisuel international.

The Paramount Cinema - Avatar: Fire and Ash

L’autre raison qui rend le fait d’écrire sur Avatar compliqué est le fait qu’hélas, même un vendu à la cause de Jimmy Cameron comme moi voit ici quelques limites au troisième volet, qui hélas sont intégralement dûes aux logiques de production du film. Explicitons quelque peu : Avatar 2 nous ramenait sur Pandora après une longue absence, et jouait sur la redécouverte en opposant le parcours spirituel des enfants de Jakesully avec celui de son ennemi juré devenu lui-même un Na’Vi, qui refuse la moindre connexion à la transcendance de la planète. Il y avait donc, beaucoup de nouveauté et de fraîcheur dans le film sorti en décembre 2022. Hélas, on sait que ce troisième volet avait d’abord été pensé comme la seconde moitié du scénario de ce deuxième film, qui n’a cessé de grossir en cours d’écriture.

De ce fait, on se retrouve face à un long-métrage qui ne parvient pas à se suffir à lui-même, et qui peine à dépasser tout ce qui avait pu être proposé dans La Voie de L’eau, ce qui cause une certaine frustration puisqu’au terme du récit on a le sentiment d’avoir très peu avancé. Ce qui est hélas parfaitement logique, puisque les arcs narratifs introduits dans le film précédent connaissent aussi leurs conclusions…

Ce qui n’empêche pas James Cameron d’avoir des choses à dire. Il poursuit sa réflexion sur la parentalité comme un déclencheur de conservatisme, et montre Jakesully encore plus enfermé dans son rôle de patriarche soldat. A ses côtés, Neytiri se cloître dans un deuil infernal qui permet de révèler un des aspects les plus intéressants de sa personnalité : son racisme envers les humains. On l’avait déjà compris lorsqu’elle s’apprêtait à égorger Spider à la fin du deuxième film, mais ici les choses sont encore plus explicites. Et après tout, comment ne pas la comprendre ? Pourquoi ne pourrait-elle pas haïr les hommes qui ont brûlé sa maison et l’ont forcé à quitter sa tribu ? Pourquoi, encore plus intéressant, ne pourrait-elle pas se haïr elle-même pour avoir fait la terrible erreur de tomber amoureuse d’un humain, désormais devenu Na’Vi ?

Avatar: Fire and Ash»: grand affrontement sur Pandora, prise trois | Le Devoir

Les enjeux narratifs sont en revanche plus attendus et moins surprenants en ce qui concerne la majorité des autres personnages : Lo’Ak et son ami Payakan ont droit à leur rédemption et à un nouvel affrontement contre les chasseurs de baleine, Kiri poursuit sa quête spirituelle mystérieuse et tente de comprendre son lien d’âme avec Eywa… On a aussi droit à une nouvelle tribu, qui est plus réussie sur le papier que dans l’exécution. Ces Na’Vi se sont construits en rejet à Eywa et refusent de se connecter au grand tout qu’elle est censée représenter, ce qui en fait la terre d’accueil parfaite pour le militaire Quaritch, réincarné en Na’Vi contre son gré et qui lutte contre sa nouvelle identité sans arrêt. Les pistes sont là, cela aurait pu être exploré avec plus de finesse. L’élément le plus intéressant concerne Spider et son appartenance à sa famille d’adoption Na’Vi ; lorsque Kiri lui sauve la vie et lui permet de muter pour être capable de respirer sur Pandora sans masque, l’adolescent devient soudain un enjeu capital pour toute la suite de la franchise Avatar. Car jusqu’ici le manque d’un air respirable sur la planète est la seule chose qui ralentit la colonisation de la planète par les humains…

Ce qui permet à ce nouveau film Avatar de fonctionner néanmoins, malgré ses maladresses et son manque de nouveauté qui crée une frustration évidente, ne surprendra personne. Car s’il y a un génie de la mise en scène de l’action sur cette planète et un seul qui navigue à des kilomètres au dessus de tout le monde, c’est bien James Cameron. Comme dans les deux précédents volets, mais avec encore plus de force, de logique et de bravoure, sa manière de diriger les affrontements dépasse l’entendement. La 3D et le HFR (qui est beaucoup plus fluide cette fois-ci) lui permettent de composer l’action en trois dimensions et de composer un cadre dans lequel on peut tout voir d’une bataille aérienne, terrestre et aquatique en même temps, sans jamais se sentir perdu. Il y a une maestria dans son oeil qui lui permet de créer à chaque scène d’action un ballet en relief qui ne ressemble à rien de ce qu’on aurait pu voir auparavant. Ce sont dans ces moments où l’image vient faire taire les mots, parfois balourds et surexplicatifs que Cameron met dans la bouche de ses personnages, que l’expérience devient grisante, euphorisante. On se surprend soudain à retourner en enfance et à espérer que la scène ne se termine jamais… Et on réalise aussi que pour la première fois, James Cameron interroge sa propre fascination pour les armes à feu et la violence. Comment faut-il lutter pour conserver son héritage face à des colons sanguinaires ? Doit-on utiliser ses armes ou bien risquer l’extinction ? Avatar : de feu et de cendres porte bien son titre…

Avatar: Fire And Ash Trailer Brings New Conflict To Pandora

La quête d’Avatar pour Cameron a toujours été le lâcher-prise. Son objectif est de plonger le spectateur dans un monde nouveau et de le pousser à l’accepter pleinement. Il y aura toujours des limites à cela, qui sont inhérentes à tout récit de science-fiction… La mise en forme trahit toujours la nature de qui l’écrit (ici, le cas d’un homme blanc qui fétichise des cultures indigènes et les réinvente pour créer un ailleurs imaginaire, ce qui est aussi critiquable qu’intéressant), mais dès que l’image devient le seul langage, il devient difficile de ne pas accepter quelque chose qui paraît fou à dire, et qui pourtant est très censé : désormais, Pandora existe. James Cameron a réussi en trois films à inventer un monde, et par moments, même si ce n’est pas toujours, par moments on y croit.

Certains se diront qu’on en assez vu à ce stade. Je ne suis hélas pas de cet avis… James Cameron a déjà écrit en grande partie ce qu’il imagine pour des quatrième et cinquième volets, et du peu qu’il a pu en dire en interview ces trois dernières années, ce sont des films qui m’intéressent davantage que ce que De feu et des cendres pouvait proposer. Malheureusement, je ne fais pas partie des optimistes concernant la suite de la franchise Avatar. La première raison, c’est le box office : ce sont des films extrêmement couteux, où chaque dollar est visible à l’écran certes mais qui nécessitent des recettes phénoménales pour que Disney valide de futurs tournages. Les prévisions n’annoncent pas forcément un aussi gros carton interplanétaire cette fois… Même si nous aurions tort de parier contre James Cameron, beaucoup s’en sont mordus les doigts ces quarantes dernières années. La seconde raison, qui me paraît en revanche bien plus importante, est le décès de Jon Landau, producteur de Cameron et véritable coeur du projet Avatar selon le réalisateur. Il suffit de comparer les interviews de Cameron avant et après la disparition de son bras droit pour remarquer qu’il y a une urgence qui semble avoir disparu. A voir donc si ce troisième volet deviendra un jour la fin d’une franchise qui en soi est peut-être le vrai Star Wars d’une jeune génération, bien plus que les films Star Wars produits par Disney ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, De feu et de cendres fait office de conclusion pour cette partie de l’histoire de Jakesully et sa famille, et malgré ses défauts évidents, la magie de ce gros bâtard de Cameron fonctionne encore : on veut déjà y retourner.

Avatar : de feu et de cendres, un film de James Cameron, avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Jack Champion, Sigourney Weaver. Au cinéma le 17 décembre 2025.

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