Notre exploration des programmes courts du 38e festival image+nation continue avec celui consacré aux voix autochtones, qu’elles proviennent du Canada ou d’ailleurs… Encore une sélection des plus variées, entre documentaires, docs-fictions ultra stylisés et des films d’animation débordant d’inventivité !
Dipped in Black (Marungka Tjalatjunu), de Matthew Torne et Derik Lynch

Avec Dipped in Black, Matthew Thorne et Derik Lynch nous entraînent à Apatula, sur les terres du nord de l’Australie, au cœur d’une communauté aborigène. Leur rencontre s’est faite sur la piste de danse d’un bar du Adelaide Fringe Festival (l’un des plus grands événements artistiques au monde) avant qu’ils ne conjuguent leurs regards pour raconter la vie de Derik.
Acteur, danseur, chanteur et réalisateur, Derik Lynch décide de mettre en pause sa vie à Adelaide pour revenir auprès des siens, en quête d’apaisement face à l’oppression systémique et aux traumatismes de l’enfance. Dipped in Black, tourné sous la forme d’un docu-fiction, lui offre l’espace de renaître comme il l’entend, dans une danse profondément intime exécutée sur des terres sacrées. La violence des blessures évoquées s’efface peu à peu devant la beauté de cette chorégraphie finale, magnifiée par le grain de la pellicule et la lumière d’un soleil couchant.
Handwoven, de Dasha Levin, Mason Gazalet, Mihika Das et Matthew Wisdom

Handwoven est un documentaire consacré à Nikyle Begay, berger·ère et tisseur·se non binaire, qui préserve son héritage culturel à travers l’art ancestral du tissage. Un geste qui, au-delà des fibres et des motifs, relie les générations, fait circuler la mémoire et perpétue l’art d’un peuple dans une forme de résistance douce, patiente et profondément ancrée.
Malgré une forme assez classique, la beauté et la sincérité qui se dégagent de Nikyle Begay témoignent avec brio de ce double combat pour ses origines et pour son identité.
Inkwo : À la défense des vivants, d’Amanda Strong

Adapté d’une nouvelle du conteur tlicho déné Richard Van Camp et mis en scène par la réalisatrice métisse michif Amanda Strong, Inkwo : À la défense des vivants quitte le festival image+nation auréolé du Prix du meilleur court métrage. Et pour cause : c’est une véritable splendeur.
Dans un monde ravagé par l’apparition de créatures monstrueuses, Dove tente de survivre en découvrant son inkwo, une médecine autochtone qui s’apparente à un pouvoir intime et ancestral. Au fil de rencontres avec d’autres êtres magiques, iel apprend à puiser dans sa propre identité pour affronter l’adversité : sa fluidité de genre devient alors une force. Entre la puissance du récit et la délicatesse d’une animation en stop-motion d’une grande beauté, on ressort avec une seule envie : retrouver Dove et son inkwo dans un format long.
Embers of Queer Joy, de Mary Galloway

Seule cinéaste du programme à avoir pu participer la séance (en plus d’être membre du jury… et accessoirement toute jeune maman), Mary Galloway a tenu à souligner l’importance et la nécessité de mettre en scène « de purs moments de joie queer » quand beaucoup d’autres de nos récits sont marqués par la souffrance.
Ça donne un petit film de quatre minutes tourné à la caméra 16mm, en noir et blanc, avec effectivement un couple lesbien heureux et souriant dans des situations de la vie quotidienne. Mais l’image accélérée et granuleuse, ainsi que la musique, donnent à ce court métrage un petit aspect de comédie façon Buster Keaton ou Charlie Chaplin – en queer et en beaucoup moins problématique. Ce genre de moment, on a envie d’en voir plus, et encore plus longtemps (surtout quand il y a aussi des chats mignons).
Organza’s Revenge, de Walter Scott

Organza’s Revenge, c’est un space opéra queer complètement barré, avec une animation décomposée entre marionnettes, décors faits main et expressions dessinées. Pour mettre fin à une douleur pelvienne insoutenable, Organza, loser de l’espace, est chargé par sa naturopathe (et anciennement psychologue pour animaux) de tuer son ex-amant.
C’est vingt minutes de vannes à gogo et auxquelles on ne s’attend pas forcément : du genre, tomber au beau milieu de l’espace sur une antagoniste qui se vante de mettre en avant les artistes, mais qui ne pense en fait qu’à récolter encore plus de fric (le capitalisme est partout, que voulez-vous). Et vu cette énergie infaillible, je souhaite définitivement organiser une rencontre entre Walter Scott et les réalisatrices de Lesbian Space Princess, parce que là, on a un crossover à creuser entre leurs deux univers.

