Hal & Harper : Rencontre avec Cooper Raiff et Addison Timlin (Séries Mania 2025)

Dans la jungle du cinéma indépendant américain, Cooper Raiff avait réussi à se faire une petite place au soleil en 2022 avec Cha Cha Real Smooth. Réalisateur et acteur principal de ses oeuvres, ce touche-à-tout de 28 ans avait réussi à convaincre Apple TV de distribuer son deuxième long-métrage, remarqué à Sundance, dans lequel il incarnait un adulescent animateur de Bat-mitsvah pour jeunes enfants qui tombe amoureux de la mère célibataire de l’un d’entre eux, incarnée par Dakota Johnson. Avec le cachet rondelet signé par la marque à la pomme, Cooper Raiff a tenté la prise de risque : produire en totale indépendance, sans même de diffuseur attaché, sa première série, Hal & Harper. Présentée lors du festival Séries Mania au printemps dernier, la série était repartie avec un accueil public chaleureux et le prix de la meilleure actrice pour Lili Reinhart, la Betty Cooper de Riverdale. Acquise depuis par la plate-forme MUBI, Hal & Harper est sortie le 19 octobre dans le monde entier, y compris en France où le dernier épisode a été diffusé ce 30 novembre. En mars dernier, nous avions eu la chance de pouvoir nous entretenir avec Cooper Raiff, mais aussi l’actrice Addison Timlin, pour évoquer la singulière famille formée par Hal et Harper, ainsi que leur père joué par nul autre que Mark Ruffalo.

Le pitch de Hal & Harper : Hal et Harper ont bâti leurs vies d’adultes côte à côte à Los Angeles, liés par des blagues privées et des douleurs partagées. Quand Papa leur annonce qu’il attend un bébé avec sa petite amie, ils doivent réexaminer leur propre passé et les versions d’eux-mêmes qu’ils ont fait grandir.

Comment est né le concept de cette série? D’où vous est venue l’idée d’explorer le concept de famille à travers cette fratrie?

Cooper Raiff : Cette famille me suit depuis environ dix ans, et je ne sais pas d’où elle est venue. En tout cas, elle ne s’inspire de personne en particulier. Je n’ai pas une relation aussi forte que celle de Hal et Harper avec mes deux sœurs, et je ne dirai pas que mon père est comme celui de la série. Mais leur histoire s’est très vite clairement dessinée dans ma tête, et je voulais avant tout explorer cette relation entre un frère et une sœur très fusionnels dans leur vingtaine. Ils doivent apprendre à vivre l’un sans l’autre, tout en se remémorant pourquoi le passé les a rendus si proches. La seule chose à faire, dans un moment comme celui qu’ils traversent, et de s’offrir à soi-même l’amour, la compassion et le pardon.

La question du passage de génération entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte et de la relation à sa propre enfance est un thème qui semble au centre de votre œuvre, et qui était déjà très présent dans Cha-Cha Real Smooth. Est-ce que le fait d’être un jeune réalisateur, qui a commencé à tourner très tôt, vous a amené à vous questionner sur ce lien entre l’âge et les attentes qui en découlent?

CR : C’est marrant parce que vous n’êtes pas le premier à me le faire remarquer, et ça m’a surpris en y repensant qu’en effet on retrouve pas mal de ces questionnements dans Cha Cha. Quand j’écris, j’ai souvent tendance à me mettre en scène entouré d’enfants que j’essaie de comprendre. Je dis souvent à Addison que j’ai très peu de souvenirs de certaines périodes de mon enfance, et qu’écrire mes personnages me permet de combler ces manques avec des pensées joyeuses. Dans Cha Cha, je joue un type qui doit apporter de la joie à des gamins de 12 ans. J’écris énormément, et à chaque fois mon instinct m’emmène vers le besoin de comprendre cette forme de joie enfantine et de pourquoi on finit par la perdre.

Addison Timlin : Tu es aussi une âme sage, quelqu’un qui cherche à accéder à une perspective, un point de vue que tu n’as jamais connu dans ta jeunesse.

Justement, Addison, qu’est-ce que vous connaissiez du travail de Cooper avant de tourner dans cette série? Qu’est-ce qui en temps qu’actrice a attiré votre attention dans la manière de Cooper d’écrire ses personnages, ses dialogues…

AT : J’avais déjà vu ses deux premiers films (Shithouse en 2020 et Cha Cha Real Smooth) avant de tourner Hal & Harper, et j’étais une grande fan des deux. Il y a quelque chose de très doux et accueillant dans les personnages de ses films, on sent immédiatement l’amour sincère qu’il porte à ses personnages. Après que Cooper m’a proposé de jouer dans Hal & Harper, on a pas mal travaillé ensemble sur le développement de mon personnage, Audrey. J’ai pu m’inspirer de ma propre expérience de mère et apprendre à connaître ce personnage, et comment celui-ci tombe amoureux de Harper tout en étant à un carrefour sentimental dans sa vie.

Cooper, je sais que vous êtes un grand fan de Togetherness, la série des frères Duplass dont je suis également un fan. Togetherness, ça pourrait aussi être le titre alternatif de votre série, tant ce lien qui réunit Hal, Harper et leur père est le cœur même de toute la série. Est-ce que l’on peut d’ailleurs dire que votre écriture se rapproche de celle du mouvement mumblecore dont les Duplass sont des visages incontournables?

CR : Absolument, Togetherness aurait pu être un excellent titre, cette série est si drôle et tendre… D’ailleurs j’adore le mumblecore dans son ensemble, et ce que ce mouvement représente. Je connais bien les frères Duplass et ils ont toujours eu un peu peur de ce qualificatif, même si je ne veux pas parler en leur nom, mais ce n’est pas mon cas. Pour moi, ce son, ce murmure, c’est ce qui vous permet d’entrer dans un monde, parce que vous entendez quelque chose ou quelqu’un parler, et tout cela vous semble immédiatement familier. Le défi à ce moment-là, c’est de faire dire des choses importantes, et très fortes, à des gens qui se parlent normalement. 

Hal & Harper a la particularité d’être une série entièrement indépendante. Au moment où l’on enregistre cette interview, vous n’êtes même pas encore attaché à un diffuseur particulier. Ce contexte de production est-il un risque pour vous, ou au contraire y avez-vous vu l’occasion d’être confronté à moins de restrictions créatives?

CR : D’un point de vue créatif, ça vous ouvre toutes les possibilités. On a pu faire cette série de la manière exacte dont elle a été pensée. Quand vous vous plongez entièrement dans un projet comme celui-là, vous pensez juste à finir la journée en cours, vous ne pensez même pas au risque que vous prenez. C’est un sentiment très agréable en fait. Là où vous commencez à vous chier dessus, c’est quand tout est terminé et que vous vous demandez qui voudra de ce projet et comment vous allez réussir à le vendre. On ne mesure véritablement le risque que ça représente que lorsqu’on se retrouve au moment dans lequel nous sommes actuellement pendant que je vous parle. On espère juste que si l’on a vraiment fait quelque chose qui est amené à émouvoir les gens, cette série finira par trouver les gens pour qui elle était faite.

AT : C’était très important de faire cette série de la manière dont on l’a faite. Aujourd’hui, dans le circuit de développement de la télévision, il y a trop de cuisiniers aux manettes. Le ton de Hal & Harper est si unique qu’il ne pouvait être peaufiné que de cette manière. Il fallait que Cooper soit en charge de tout, et qu’il ait à ses côtés des personnes qui le soutiennent et le laissent libre de mettre en œuvre sa vision au jour le jour. De mon côté, je n’ai pas pensé une seule seconde au risque que cela représente. J’étais tombé tellement amoureuse de chaque aspect de cette série, j’y croyais tellement que ça ne m’est jamais venu à l’idée qu’on pouvait se planter.

Vous êtes-vous demandé à quoi aurait ressemblé Hal & Harper dans un circuit de production plus traditionnel, dans le contexte actuel de la télévision américaine?

CR : N’importe quel épisode de série, même pour un format 30 minutes sur une chaîne comme disons FX, coûte probablement plus cher que ce que Hal & Harper a coûté au final. Même pour une chaîne comme FX n’aurait pas pu développer cette série avec la même approche parce qu’ils auraient forcément voulu à un moment donné injecter plus de moyens dans la production. On voulait garder une économie plus resserrée pour se concentrer sur le plus important.

AT : Il y avait pourtant eu des discussions à l’époque, au tout début du développement, pour avoir des diffuseurs plus traditionnels.

CR : Oui, et ils voulaient que nos personnages soient à la fac.

Shithouse, la série, vous voulez dire?

CR : Exactement, d’ailleurs c’était juste après que j’ai tourné Shithouse. Moi, j’avais très envie de filmer cette famille, et ils ont commencé à vouloir ajouter des personnages dans l’univers de la fac. Et ils ont fini par me demander : “Est-ce qu’on pourrait pas couper le personnage du père finalement?”. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’une série comme Hal & Harper ne pourrait voir le jour qu’en étant développée de manière totalement indépendante.

Hal & Harper s’inscrit dans une démarche qui semble servir de fil rouge dans votre filmographie, qui est celle de filmer l’étrangeté de vos personnages non pas comme une manière de se démarquer du monde, mais de se fondre à l’intérieur et de se connecter véritablement aux autres.

CR : Personne ne l’avait jamais formulé comme ça, mais je suppose que c’est vrai. Ces personnages sont très étranges, et je pense qu’il peut y avoir une certaine gêne à les regarder au départ. Mais si vous décidez de ne pas fermer les yeux sur eux et de vraiment les regarder, vous atterrissez dans un safe space sous un regard bienveillant. A l’époque de Shithouse, un nombre incalculable de personnes sont venues me voir pour me dire qu’ils n’avaient jamais ressenti quelque chose d’aussi cringe de leur vie. Je savais que mes personnages pouvaient avoir quelque chose d’inconfortable en eux, mais je pensais que le public accueillerait naturellement plus facilement cet inconfort. Parce que c’est ce que je veux faire en fin de compte : je ne veux pas que le spectateur ressente particulièrement le cringe des situations, je veux les accueillir et les remercier de leur confiance.

Pour conclure, je sais que vous êtes texan d’origine puisque vous êtes originaire de Dallas. Et dans l’épisode pilote, vous faîtes référence à un certain basketteur slovène qui faisait les beaux jours des Mavericks quand la série a été tournée. Mais depuis, bien des choses ont changé

CR : (sourire teinté d’un léger dépit) Oui, je sais, on va sans doute devoir couper ce dialogue au montage (NDLR : la scène est toujours présente dans l’épisode sorti sur MUBI)

Hal & Harper de et avec Cooper Raiff, avec Lili Reinhart, Mark Ruffalo, Addison Timlin, disponible depuis le 19 octobre sur MUBI

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