Detective Conan, la mémoire retrouvée : y’aura-t-il de la neige à Nagano ?

Comment fait-il pour être aussi infatigable ? Peut-être puise-t-il sa force dans son éternelle jeunesse, puisqu’après une centaine de tomes de manga et 28 films spin-offs maintenant, le héros de la saga Detective Conan est toujours coincé dans un corps d’enfant. Pour rappel pour les casuals, Shinichi Kudo était un lycéen prodige et soutien important de la police criminelle, lorsqu’une enquête contre la terrible Organisation des hommes en noir lui a valu d’être empoisonné par une drogue expérimentale qui l’a piégé dans un corps d’enfant. Depuis, il vit sous la fausse identité du gamin Conan Edogawa avec son « amie » Ran Mori, et le père de cette dernière Kogoro Mori.

28 films plus tard donc, la saga est venue taper un nouveau carton au box office japonais.  L’aventure annuelle du jeune détective pro de la glisse et du football est dans le top 3 des recettes de 2025 sur le territoire, loin devant le film Chainsaw Man et derrière Kokuho (à la Quinzaine des Cinéastes cette année, il est le candidat japonais aux Oscars également) et bien sûr Demon Slayer, qui lui est déjà le plus gros succès japonais de tous les temps. Mais rien de surprenant à ce qu’un film Detective Conan côtoie les sommets : la franchise jouit d’une popularité inépuisable auprès du public nippon. La Toho programme d’ailleurs souvent leurs dates de sorties autour de la période connue sous le nom de Golden Week, qui contient plusieurs jours fériés ; idéal pour une sortie entre amis ou en famille.

conan mémoire retrouvée
A votre avis qu’est-ce qui cause une telle réaction : 1. Un pet de Grizzly 2. Une explosion 3. Une avalanche ?

Narrativement, la forme même des aventures de Conan et ses camarades permet le renouvelement : chaque film est une nouvelle enquête, un mystère à élucider, qui met en avant certains personnages plus que d’autres. La mémoire retrouvée se focalise initialement sur Kogoro Mori. Souvent présenté comme incompétent dans l’histoire, servant de couverture aux affaires résolues par le petit Conan, il est ici présenté ici paré d’une mélancolie et d’un tragique qui fonctionnent d’entrée de jeu dans le récit. Pour faire simple : le policier reçoit un coup de fil d’un ancien camarade et convint de le retrouver dans un parc, mais ce dernier se fait assassiner devant ses yeux. Coup dur.

L’enquête suivant cet événement tragique emmène Kogoro, ainsi que Conan et toute leur bande jusqu’à la ville préfecture la plus élevée du Japon : Nagano. Là-bas, au milieu des montagnes et des neiges éternelles, ils rencontrent l’inspecteur Yamano Kansuke qui a perdu un oeil lors d’une course poursuite dix mois auparavant, ainsi que toute mémoire de cette journée. Petit à petit, le jeune Conan découvre à quel point ces deux histoires sont liées…

La mémoire retrouvée est une proposition relativement classique sur le papier ; mais surtout très efficace. Un meurtre, un mystère, un enquête, une révélation finale façon Agatha Christie, et beaucoup d’action. C’est ce dernier point qui est assurément le point fort de ce nouveau volet. Les aventures au cinéma de Détective Conan sont souvent plus spectaculaires, rocambolesques, et déjantées que celles du manga ; pour peu que le réalisateur sache y faire, cela peut donner de belles séquences très kinétiques.

Superbe chara-design pour le personnage de l'inspecteur Yamato Kansuke
Superbe chara-design pour le personnage de l’inspecteur Yamato Kansuke

On pourrait croire que Katsuya Shigehara est un débutant en la matière puisqu’il s’agit de son premier long-métrage, mais ce serait ignorer sa longue carrière jusqu’ici en tant qu’animateur. Au début des années 2010, il a officé sur les images clés de séries connues pour leur virtuosité dans le spectacle, comme Kill La Kill ou Space Dandy. Plus tard, il sera même à la réalisation de plusieurs épisodes de ce qui est souvent considéré comme la série ayant les affrontements les plus impressionnants de l’histoire de l’animation japonaise : Mob Psycho 100. Et si sur Detective Conan Katsuya Shigehara n’a pas non plus les mêmes moyens de production, étant donnné que les films sont produits très rapidement, il a l’intelligence de se reposer sur ce qui compte le plus, à savoir le découpage et le rythme. Le film comporte trois, quatre grosses scènes d’action et un climax qui dépote bien, qui à elles seules valent le détour tant elles sont bien pensées. Et également sublimées par le très bon compositeur Yugo Kanno et son approche de l’action très jazzy, qui d’ailleurs avait déjà travaillé Katsuya Shihegara par le passé sur la série Jojo’s Bizarre Adventure.

On admettra qu’il y a parfois quelques longueurs, quelques circonvolutions inhérentes au genre et inévitables du fait de tout le bagage que doit transporter un film Detective Conan pour satisfaire autant les fans très assidus que le grand public qui n’a pas forcément envie de devoir tout rattraper pour comprendre. Heureusement, le film se rattrape bien grâce à son dynamisme, ses scènes très mélancoliques et l’évolution du personnage de Kogoro Mori, affecté par la perte de son ancien ami. Le film porte également une réflexion intéressante sur la réponse que la justice doit avoir face aux supposés criminels, et interroge brièvement mais certainement le concept de la négociation de peine. Comme quoi on en apprend tous les jours.

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Vous l’aurez compris, y’a beaucoup de neige dans le film.

Un dernier point qu’il me semble important de noter, c’est l’importance qu’a pris la franchise Conan pour ce qui s’agit de la représentation du patrimoine japonais. Il y a quelques décennies, le Japon connaissait une saga filmique mettant en scène un homme nommé Tora-san ; toujours malheureux en amour il vagabondait dans tous le pays. Chaque année, un ou deux films sortaient en salles, et étaient en grande partie une excuse pour mettre à l’honneur une nouvelle ville ou région japonaise. Les longs-métrages Detective Conan ont fièrement repris le flambeau, et font également office de guides touristiques ; j’en veux pour preuve les images de génériques des films qui souvent souvent de vraies photos des lieux ayant inspirés l’histoire. Dans La mémoire cachée, les hauteurs enneigées de Nagano sont très mises en valeur, tout comme l’observatoire radio de Nobeyama qui en plus d’être présent à l’image devient dans le récit un véritable élément de l’intrigue. En attendant d’imaginer où ira le prodige des déductions l’année prochaine, donc…

Détective conan : la mémoire retrouvée. Un film de Katsuya Shihegara. En salles en France le 12 novembre 2025

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