Boy in the Pool : sonatation pour pianeau

J’ai commencé cette nouvelle journée au Festival du Film Coréen à Paris avec la satisfaction d’être en mesure de reconnaître la plupart des extraits de la bande-annonce de l’événement. Diffusée avant chaque séance, cette courte vidéo permet tous les ans de prendre le pouls de la sélection. C’est un petit jeu mental auquel chacun·e se prête assurément avant que le film ne commence : « oh je reconnais cet extrait, et celui-ci, et celui-ci ! » Arrivée à mi-parcours et après une dizaine de séances, j’en arrive au même constat que chaque année :  la programmation de ce festival est décidément aussi diversifiée que qualitative. Parmi les neuf films en compétition qui composent la section Paysage du FFCP, trois durent moins d’une heure et demi. Boy in the Pool est l’un d’entre eux.

Iels ont l’air d’hésiter entre une histoire d’amour et d’amitié : Woo-ju, un garçon de 13 ans et Seok-young, d’un an son aînée, se rencontrent à la piscine municipale et nouent une relation complexe entre les lignes d’eau. Woo-ju est réservé mais bon nageur, Seok-young est une tornade qui envie les talents de l’adolescent et le pousse à s’inscrire aux cours de natation. Woo-ju a un secret : s’il nage aussi bien, c’est qu’il est doté d’un avantage physiologique, que ses professeur·es ignorent. Seule Seok-young a conscience du caractère unique du jeune homme. Grâce à ce don, Woo-ju finit par intégrer une équipe d’athlètes professionnels, ce qui frustre considérablement Seok-young qui projette pourtant ses propres ambitions sur son ami.

C’est ce qu’on appelle avoir le pied marin. Allez, c’est tout pour moi.

Quelques années plus tard, Woo-ju est devenu le plus gros poisson dans le grand bain : désormais champion de natation, il décroche de nouveaux records tandis que Seok-young a abandonné la nage, faute de succès en compétition. Elle s’essaie tant bien que mal au piano, que sa mère et sa soeur maitrisent parfaitement. Là encore, Seok-young est contrariée par son absence de talent, ou plutôt par celui des autres. Quand elle retrouve Woo-ju après plusieurs années de séparation, elle blâme son propre échec en rationalisant le succès du jeune homme : c’est un nageur né, contrairement à elle, et il était destiné à gagner. Et pourtant, au gré des rencontres et des discussions, la jeune finit par accepter l’échec. Boy in the Pool est un film qui prend son temps, un peu à la manière de son héroïne qui rencontre de nombreuses difficultés mais reconnait en fin de compte qu’il n’y a pas de honte à abandonner. On progresse, on trébuche, on recule pour mieux repartir, telles les vagues du vaste océan de l’humanité ; pourquoi ne pas se reposer un temps et se laisser porter par l’onde dans le sillage de ses ami·es ? Il faut savoir lâcher prise, et ça s’apprend.

Ce qui frappe le plus au visionnage du film, c’est son côté apaisant : la photographie est très organique et fait la part belle aux scènes aquatiques, de la piscine à l’océan en passant par l’aquarium et la bataille d’eau. En plus de son aspect visuel, le film bénéficie d’une bande originale extrêmement soignée, avec un piano qui galope et rappelle le caractère extrêmement changeant de l’eau. Cette direction artistique fait de Boy in the Pool une expérience sensorielle assez unique, un peu à la manière de l’excellent Blue Summer, premier film de la réalisatrice chinoise Geng Zihan. Boy in the Pool est également le premier long métrage de sa réalisatrice, Ryu Yeon-su. Ce n’est d’ailleurs pas l’unique similarité avec le cinéma d’auteure (avec un E) chinois, puisque l’on pense aussi beaucoup au superbe camaïeu de bleu qui enrobait Jet Li dans le film Ocean Heaven, réalisé par Xue Xiaolu il y a quinze ans. Là où Geng Zihan sculptait la lumière avec des tissus, du verre et de la poussière en suspension, Ryu Yeon-su le fait avec l’eau. Si l’on peut déplorer un rythme assez lent et une seconde partie nettement moins inspirée que la romance adolescente du début du film, Boy in the Pool est toutefois une belle réussite, a fortiori pour un premier long métrage.

On entame la dernière ligne droite du festival : plus que neuf (!) séances en ce qui me concerne, et il faudra de nouveau attendre un an pour se replonger dans cette ambiance si particulière. Elle me manque déjà.

Boy in the Pool, un film de Ryu Yeon-su. Projeté au FFCP 2025.

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