Les coups de cœur de la rédac : Septembre 2025

Do you remember… LALALA Dancin’ in September LALALA

Nous n’avons pas fait que danser en septembre, on a aussi regardé des films. Voici comme chaque mois nos coups de coeur !

Captain Jim : John Cassavetes, portaits de Famille, un livre de Doug Headline et Dominique Cazenave

Avant toute chose, je tiens à noter que Mehdi, qui avait pré-rempli cet article pour nous, avait écrit dans ma partie « Il va parler de son concert de weebs là ». À savoir, le concert symphonique dédié à la série l’Attaque des Titans, auquel j’ai assisté en septembre et qui était effectivement formidable. Mais par esprit de contradiction en partie, et surtout parce que c’est un vrai coup de coeur, je préfère parler d’un vieux livre sur Cassavetes que j’ai lu en pleine période de déménagement, récupéré dans les affaires de la mère de ma compagne.

Toi aussi, compte le nombre de Godzilla cachés sur cette photo

Il s’agit en réalité d’une version papier extensive d’entretiens réalisés pour un documentaire télé. Sur près de deux cents pages les proches de John Cassavetes, tous ses collaborateurs, ses amis et son amour, se sont prêtés au jeu. Le résultat est une mine d’or d’anecdotes drôles ou bouleversantes, une compilation resplendissante de leçons de cinéma, un témoignage magnifique de ce que représente la fabrication d’un certain cinéma indépendant aux US… Bref, c’est beau comme un film de Cassavetes, vrai comme un film de Cassavetes, essentiel comme un film de Cassavetes.

Bien sûr on a des passages de la part de Gena Rowlands, Peter Falk et compagnie, mais ils sont loins d’être les seuls à avoir des mots de tendresse et de nostalgie à offrir sur l’acteur-réalisateur qui a été à eux tous leur centre de gravité artistique durant leurs carrières. Le livre a été édité il y a un bout de temps chez Ramsay poche cinéma, et doit se trouver facilement en bibliothèque ou en brocante ; si vous aimez le cinéma de Cassavetes, vous devez absolument vous plonger dedans.

Pauline: Peking Opera Blues, au Cinéma du Parc

À l’occasion de la ressortie de classiques du cinéma hong-kongais (en France et au Canada, tout du moins), j’ai découvert Peking Opera Blues de Tsui Hark (1986) – un réalisateur qu’on aime généralement beaucoup à Cinématraque. Comme son nom l’indique, l’action se déroule en partie au sein d’une troupe d’opéra chinois. Bai Niu, l’une des héroïnes – elles sont au nombre de trois – est en effet la fille d’un directeur de troupe. Le destin l’amènera au contact de Sheung Hung, qui cherche désespérément à retrouver un certain butin, et surtout à celui de Tsao Wan, fille d’un général mais aussi espionne au service de son pays et contre les intérêts de son père. Ce personnage amène avec elle toute la dimension politique de l’histoire : même si on se régale de cette « comédie d’action » très inventive dans ses cascades, le sous-texte parle bien, entre autres, d’ingérence étrangère pour déstabiliser un pays et y (re)mettre à sa tête un régime plus favorable aux intérêts de certains. Impossible de réduire Peking Opera Blues à un seul genre ceci dit, tant Tsui Hark mélange avec brio thriller d’espionnage, comédie, action, mélodrame, et plus encore. Mais si l’on devait retenir un seul argument pour vous convaincre de voir ce film, ce serait bien Brigitte Lin (qui joue Tsao Wan), qui est absolument magnifique dans l’ambivalence de genre et de morale de son personnage.

Gabin : Lurker, au Cinéma du Parc aussi

Ça y est, je vis officiellement sur le même fuseau horaire que Pauline (ou plutôt, carrément dans le même pays, et carrément dans la même ville). Ça fait qu’on va carrément dans les mêmes cinémas, aussi. Et qu’on profite de films qui sortent soit vachement en avance par rapport à leur date française… ou qui sortent tout court, faute de distributeur connu dans l’hexagone. C’est le cas de Lurker d’Alex Russell, distribué par Mubi dans les terres québécoises. Malgré un passage par le Festival de Deauville en ce mois de septembre, il n’est pas encore calé, mais devrait bénéficier d’une sortie via Universal, les droits internationaux du film ayant été achetés par Focus Features.

J’attendais ce film pour une seule et unique chose : ses deux acteurs principaux et stars montantes Théodore Pellerin (on est là depuis Boy Erased et pas que Nino) et Archie Madekwe (je suis là depuis Midsommar et même Gran Turismo mon gars, mais aussi Saltburn). Matthew (Théodore Pellerin), vendeur dans une boutique de fringues à Los Angeles, voit débarquer une pop star en devenir, Oliver (Archie Madekwe), dans ses rayons. Il saute sur l’occasion pour entrer dans le cercle privé de l’artiste.

Ça aurait pu être une retranscription à l’écran de mon souhait de rejoindre les coulisses d’un concert de BTS, mais vous l’aurez deviné au titre (« lurker » signifiant « rôdeur ») : la relation naissante entre Matthew et Oliver se jouera sur le fil entre amitié, admiration réelle et jeux de pouvoirs. Si bien qu’on en vient à douter en permanence de ce que pensent ces deux personnages l’un pour l’autre, ou de comment ils peuvent chacun tirer profit de cette situation. L’image granuleuse et froide nous plonge principalement dans le point de vue de Matthew, recruté pour tourner un documentaire sur les coulisses d’Oliver et sa vie d’artiste. Un point de vue lui aussi sur le fil, puisqu’il s’agit de l’idylle d’un fan qui touche du doigt un rêve susceptible de se briser à chaque instant. Tout comme la célébrité montante d’Oliver peut, elle aussi, retomber du jour au lendemain. Un beau moment de tension, où la toxicité et l’emprise réciproques se ressentent autant sur les deux acteurs principaux, saisissants, que sur tout leur entourage.

Juliette « Antigone » : Harlan County U.S.A de Barbara Kopple

En ces temps de lutte je ne peux que conseiller cet impressionnant documentaire sur les 13 mois de grève de mineurs dans le Kentucky. La réalisatrice, qui s’est improvisée comme tel alors qu’elle était initialement envoyée comme journaliste, suit les grévistes sur leur piquet durant toute la période d’arrêt de la production. Elle choisit aussi de montrer leurs femmes, celles qu’on oublie la plupart du temps alors qu’elles sont importantes. Elles s’organisent, se radicalisent, entrent pleinement dans la lutte de leurs maris quitte à être arrêtées aussi.

En parallèle, Barbara Kopple inscrit cette grève précise dans une histoire plus globale des syndicats de mineurs et des luttes incessantes contre les gouvernements, les patrons et parfois même les chefs des syndicats. Tout ce qu’on connait habituellement arrive : les flics violents, les types d’extrême droite menaçants qui s’organisent en milices, les AG inspirantes où on s’engueule mais aussi où on révèle nos histoires personnelles émouvantes, les emprisonnements abusifs assumés avec fierté, l’ignorance des puissants qui ne daignent pas rencontrer les travailleur·euses en lutte…

Et puis ici il y a la victoire. Une victoire fragile, résultat d’un drame, mais qui fixe l’impression que la solidarité nous sauvera. Car iels n’ont pas lâché, se sont aidé·es, ont chanté ensemble, se sont battus ensemble, se sont mis en bloc devant des voitures. Ce que ce film montre assez merveilleusement c’est que lorsque l’on se bat ce n’est pas seulement pour soit mais pour les gens avec nous et après nous. L’histoire de ces mineurs, qu’importe le peu de droits acquis, mérite d’être racontée et d’être cultivée en nous pour s’inspirer dans la lutte. Comme iels le disent si bien, même pour des miettes il faut se soulever sinon on n’aura jamais rien. Tout vaut le coup de lutter, de gueuler, de se réunir. Bref, syndicalisez-vous, rejoignez des assos, faites de chaque injustice un combat.

© Cabin Creek Films / Janus Films

Julien : Mes retrouvailles avec Paul Thomas Anderson

À l’heure où vous lirez ces lignes, le fantastique Une bataille après l’autre se sera probablement fait voler le titre de Film du mois de septembre par la rédaction de Cinématraque. Plutôt que de m’élever contre une énième élection volée en allant prendre d’assaut (pas Marcel, l’autre) le QG du site, cette tribune est ici l’occasion non pas de tresser d’énièmes louanges supplémentaires au film (la review de Renaud s’en charge déjà très bien) mais de célébrer ma réconciliation avec le cinéma d’un auteur que j’avais un peu perdu de vue personnellement. Paul Thomas Anderson a toujours été pour moi l’objet d’un certain malentendu : comment un type marié à la géniale Maya Rudolph, buddy-buddy avec les soeurs Haim et qui a l’air d’être souvent assez fun en interview, avait-il pu signer autant de films qui me laissaient, derrière leur virtuosité évidente, totalement froid ? Hormis There Will Be Blood (qui poussait sa virtuosité à un tel point qu’elle en devient édifiante), bon nombre des derniers PTA n’avaient suscité chez moi qu’un ennui poli alors que tout était censé m’attirer chez ce grand peintre de l’Amérique. The Master, Inherent Vice, Phantom Thread, Licorice Pizza… que de belles fresques que je n’ai pu apprécier que de loin, un peu comme Carlo qui regarde de se fenêtre Bob l’Eponge et Patrick s’amuser au-dehors.

Et puis arrive Une bataille après l’autre, ce projet un peu dingo, braquage à 150 briques d’un David Zaslav qui aura réussi à aligner une année de succès cinéphiles de manière totalement accidentelle (bravo champion c’est pas donné à tout le monde) pour une adaptation de Thomas Pynchon (la deuxième) sur 2h45. Ça avait tout d’un four, ce fut au final un grand rollercoaster à travers l’Amérique trumpiste, miroir d’Eddington dans le double feature idéal pour diagnostiquer la dissonance cognitive qui s’est abattue sur les Etats-Unis et ses mythes. Et qui aurait cru que ce serait ici Aster le cérébral un peu relou et PTA le rigolo de service ? Pour la première fois depuis une éternité, j’ai eu l’impression de voir Anderson s’amuser à filmer ce qu’il filme, à sortir un peu de la pompe démonstrative qui corsetait un peu trop son oeuvre. Comme le souligne à raison Renaud dans son article, PTA filme enfin son temps et son époque, et ce de manière très subtile dans sa manière d’adapter le glissement de l’Amérique de Nixon à Reagan (dans le roman de Pynchon) à celui de l’Amérique de Bush à celle de Trump (dans son film). Sans doute est-ce un peu l’effacement de cette distance qui nourrit le plaisir avec lequel il filme ses révolutionnaires loufoques, son Bob Ferguson au cerveau grillé par la marie-jeanne et la paranoïa, son Steven Lockjaw vertigineux de masculinisme ridicule porté par un Sean Penn absolument phénoménal (son Oscar campaign sur le plateau de Jimmy Kimmel, ça va être quelque chose). Enfin, je vois le mec fun que peut être PTA quand il veut. Et le PTA fun est le PTA que l’on veut pour filmer les USA d’aujourd’hui, dans tout leur tragique grotesque.

Magui : Café Flesh à l’Etrange Festival, au Forum des Images

J’ai eu l’occasion de croiser sur l’internet, il y a plus de dix ans, une image qui m’a hantée depuis : celle d’un couple hétérosexuel en train de faire l’amour, et l’homme a… une tête de crayon. Elle était issue d’un mystérieux film au croisement de la pornographie et de la science-fiction, nommé Café Flesh. Quand j’ai reconnu ce dernier au détour de la programmation de cette édition de l’Etrange Festival, mon sang n’a fait qu’un tour, c’était l’opportunité d’enfin savoir comment exactement on obtenait ce genre de saynète. En bonus, le réalisateur Stephen Sayadian était présent pour répondre à toutes les questions de l’audience.

C’est pas tous les jours au 21è siècle qu’on se retrouve dans une salle de cinéma bondée pour un film pornographique, et c’était déjà une expérience intéressante en soi. Mais en plus pour ce film !… Sorti en 1982, infusé du ras-de-bol de la guerre froide et prescient des tout débuts de la crise du SIDA, on y découvre une société dystopique où diverses catastrophes nucléaires ont volé la capacité de la plupart des individus à toucher quelqu’un d’autre sans ressentir une nausée incapacitante. Toute libido s’exprime désormais à travers les quelques heureux.ses élu.es qui ont été épargné.es, et qui en contrepartie ont le devoir de participer à des performances sexuelles sur scène pour le bénéfice des autres. Les performances en question sont mises en scène de manière absolument zinzin, avec des costumes, décors et accessoires qu’on n’attend pas vraiment d’un film classé X.

Plan tout à fait normal d’un porno (merci Carlotta pour la restauration 4K !)

Et pour cause : le réalisateur a réitéré avant et après le visionnage qu’il désavouait les séquences explicites, effectivement très répétitives et peu inspirées, qu’il avait été obligé par la production d’inclure dans son projet. Sachant qu’il a travaillé pour le magazine polisson Hustler et que son scénario repose sur la notion de voyeurs impuissants et d’un café pour exhibitionnistes, nul doute qu’il allait y avoir forcément un peu de sexe là-dedans. Mais son intention était d’être bien plus soft, sa priorité étant une esthétique sophistiquée, expressionniste, avec des couleurs très saturées, des filtres, de la fumée, pour créer une expérience vraiment surréaliste et belle.

La structure, calquée sur les numéros de Cabaret de Bob Fosse introduits par un maître de cérémonie facétieux, et les numéros eux-mêmes, dont un qui fait écho à The Bandwagon de Vincente Minnelli, sont un prétexte pour une vague histoire de jalousies et de frustrations larvées. Mais la forme, elle, est unique, avec des tableaux jamais vus auparavant ni depuis, un imaginaire extravagant et absurde, rythmé par une bande-son cinglée entre jazz, électro et new wave signée Mitchell Froom. Ce monsieur a travaillé avec Paul McCartney, joué avec Crowded House, eu un Grammy pour avoir produit la version Los Lobos de La Bamba, et épousé Suzanne Vega – bref, il est à l’intersection de tellement de trucs aléatoires qu’il me semblait important de le notifier, et son chef d’œuvre est indubitablement le score de Café Flesh. Une bizarrerie culte à sortir du tiroir quand vous avez l’impression d’avoir tout vu, hélas, et que la chair est triste – ça, elle l’est dedans aussi, mais promis, les fantasmes colorés qui l’émaillent ont peu de chance de ressembler même marginalement aux vôtres. La rédaction décline toute responsabilité s’ils réveillent quelque chose d’inédit en vous…

 

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