Le spectre du professeur Hichcock : la mort lui va si bien

Au début des années 60, Barbara Steele est une femme très demandée. Alors qu’elle est en plein tournage avec Fellini, le réalisateur de films d’épouvante Riccardo Freda lui demande si elle peut s’absenter quelques jours pour prendre le premier rôle féminin de son long métrage L’effroyable secret du professeur Hichcock.

Le film fut un franc succès en Italie et à l’international, encourageant le réalisateur à signer une « suite » dans les formes du cinéma d’exploitation de l’époque. C’est-à-dire qu’on prend la même actrice, un personnage de professeur qui s’appelle Hichcock, et on vend ça sur le marché français sous le titre Le spectre du professeur Hichcock. Hop, emballé c’est pesé merci bonsoir. Comme l’a expliqué Barbara Steele elle-même, qui nous a honoré de sa présence lors de la présentation du film tout nouvellement restauré à la 51e édition de l’Etrange Festival, Riccardo Freda s’était lancé un défi avec son producteur. « Je te parie que je peux faire un film en cinq semaines ! ». Il le fit en moins encore, selon elle.

Et cela se sent dans l’écriture, hélas, trop souvent brouillonne. Lo Spettro en version originale, littéralement donc le spectre, raconte l’histoire d’un homme de sciences nommé Hichcock qui s’est retrouvé paralysé. Son seul plaisir à ce jour est d’exploiter les services de son médecin pour tester la porosité des frontières entre la vie et la mort, en s’administrant un poison puis en retardant au mieux la prise de l’antidote. Qui n’a pas fait ça un jour de pluie pour passer le temps ? Sa femme, jouée par l’incroyable Barbara Steele (et qui d’ailleurs je ne l’ai pas dit était tout aussi incroyable lors de la projection, absolument charmante et à l’esprit très vif), n’en peut plus de cette vie et veut se débarrasser de lui pour vivre avec son amant… qui n’est autre que le médecin.

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Ma meuf quand elle se balade dans notre nouvel appart la nuit

Le film met du temps à débuter et se permet même quelques contresens fâcheux (au début du film, le professeur explique vouloir mourir du fait de son handicap et tente même de se suicider sous les yeux de sa femme, qui l’en empêche alors qu’elle passe son temps à chercher une excuse pour le tuer… Bon, on peut mettre ça sur le coup d’une erreur de jugement mais tout de même Barbara, faut réfléchir), mais une fois qu’on entre dans le vif du sujet on a droit à une hantise très divertissante : le médecin tue le professeur Hichcock, et ce dernier finit alors par le hanter lui et Barbara Steele. Ce qui donne lieu à tout plein d’idées visuelles savoureuses, et à de vraies belles idées de cinéma dans un décor certes restreint mais on ne peut plus somptueux, qui n’aurait rien à envier aux productions les plus léchées de la Hammer.

En soi, Le spectre du professeur Hichcock n’a rien de très original. Il joue sur des thématiques du genre gothique qu’on a lu et vu un millier de fois, montrant cette jeune femme sombrer petit à petit dans l’effroi et la paranoïa. Mais peu importe, après tout, puisqu’on pourrait regarder le film entier sans écouter les dialogues. Le doublage anglais d’ailleurs, est particulièrement catastrophique, même pour une production italienne de l’époque. Les images, en revanche, sont d’une beauté époustouflante et magnifiquement restaurées. Il suffit de les regarder pour comprendre l’essence même de tout ce qui se joue. La composition musicale, dont la paternité est difficile à identifier (le score est signé Franck Wallace, le pseudonyme américanisant de Franco Mannino, mais les enregistrements sont au nom d’un autre compositeur italien nommé Francesco de Masi) est absolument renversante, capable des plus grands élans romantiques tout comme de s’emballer savamment pour raconter la tension et l’horreur. La musique est précisément un leitmotiv essentiel du film, puisque la mélodie d’une petite boîte est essentielle au scénario et à la bascule dans la folie de son héroïne.

En somme, il s’agit d’un de ces films qu’on prendra plaisir à regarder pour ses images somptueuses, magnifiquement complimentées par la musique, sans trop faire attention aux égarements d’une histoire sans trop de surprises. Selon les dires de Barbara Steele, Riccardo Freda aurait pris dix jours pour le tournage seulement. Si tous les cinéastes étaient capables de produire autant de séquences marquantes en si peu de temps, le monde serait bien différent…

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Le spectre du professeur Hichcock, un film de Riccardo Freda, sorti en 1962

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