Vade Retro : Le Dracula du 14 juillet

Quand j’ai vu annoncé, au programme de l’Étrange Festival, un film de vampire du génie de la comédie française, loufoque et politique, Antonin Peretjatko , j’avoue que j’ai d’abord cru à un homonyme tant cela me semblait improbable. Puis je me suis dit que c’était moins improbable que d’avoir un homonyme qui fait du cinéma, et qui s’appelle aussi Antonin Peretjatko. En vérité, le cinéaste est un habitué du festival et avait déjà été programmé avec son très drôle La fille du 14 juillet, et il est vrai que, s’il ne s’est jusque là pas tant aventuré dans le film de genre, son cinéma décalé et si particulier correspond assez bien à l’esprit de l’Étrange.

Il revient donc avec un film de vampire à budget minuscule (1 million selon ses dires), dont absolument personne ne voulait. Tourné à la Réunion grâce à un producteur qui, selon l’acteur principal Esteban (connu pour son groupe de musique les Naive New Beaters mais aussi comme étant à mes yeux le sosie de Bertrand Labévue, et je l’avais dit bien avant qu’il soit casté dans le rôle dans le film Gaston Lagaffe) est un libraire dont les locaux de production sont… Sa librairie.

Lors d’une présentation de pré-film endiablée, l’équipe et notamment Esteban ont insisté sur la difficulté à monter le film ; les producteurs qui voulaient tourner ça à Boulogne plutôt qu’à la Réunion, l’absence totale de fonds pour faire la post-prod, les acteurs principaux qui se barrent (Esteban ne devait avoir qu’un petit rôle à l’origine), les directeurs de production qui se succèdent (6 selon le réalisateur, dont 2 qui auraient fait un burnout). On a aussi eu droit à Arielle Dombasle qui nous a conseillé de faire le signe de croix avant de voir le film, histoire d’éviter la damnation éternelle.

Je sais ce que vous vous dites : j’ai remis deux fois la même image. Mais comprenez-moi, le film sort le 31 décembre et a été terminé le JOUR de la projection. C’est la seule image trouvable pour le moment. Donc je la remets. Y’a un petit effet comique de répétition aussi, j’aime bien.

Car il s’agit bien d’un film de vampires. C’est l’histoire du fils unique d’une famille vampirique, qui doit absolument perpétuer la lignée de sa mère (Arielle Dombasle, égale à elle-même) et de son père en suçant le sang d’une jeune femme (et pas un homme), blanche (et pas autre chose), et de sang pur (cela va de soi). Le fils vampire n’est pas spécialement enchanté, à la fois parce qu’il ne partage pas les considérations rétrogrades, conservatrices et globalement nazi de sa famille, mais aussi parce qu’il a très peur des femmes. La faute à une aventure récente avec une certaine Ludwica Van Helsing qui l’a séduit pour mieux tenter de l’exterminer – et a même réussi à arracher une canine, qu’elle a fixé sur son collier à trophées.

Arielle Dombasle décide alors d’envoyer son fils au Japon, pour être sûr d’y trouver du sang pur. On reconnaît bien là l’humour mordant et très politique de Peretjatko ; effectivement, il n’est pas étonnant que des vampires eugénistes idéalisent le Japon et ses obsessions essentialisantes vis à vis de sa propre identité nationale ! Manque de pot, le navire qui transporte notre héros et son serviteur (qui est à la botte de la famille vampire tout en étant le gardien du musée qu’est devenu leur château) s’échoue en chemin sur l’île de la Réunion, terre de métissages.

Le reste du film n’est pas moins absurde. On y voit des religieux fous de toutes les fois s’attaquer au vampire ainsi qu’au volcan de l’île qui serait la cause de tous leurs maux, Sebastien Chassagne être un énorme teubé (maintenant que je sais qu’il a lu cette critique, je parle du personnage bien sûr, c’était un compliment !! ) au service de Ludwica Van Helsing, une chirurgienne de génie qui rajeunit les vieilles peaux avec du sang pur et qui refuse de croire à l’existence des vampires, une histoire d’amour bizarrement queer alors qu’en vrai pas du tout, des giclées de sang loufoques à gogo…

C’est du grand n’importe quoi.

Mais c’est évidemment l’effet recherché par le cinéaste. Il y a dans sa manière d’écrire des dialogues, de se faire succéder les scènes de grand guignol avec des effets très cartoons, une approche qui fait parfois penser à un énorme nanar, ou au moins à une sorte de supercherie gigantesque. C’est un effort très conscient, qui déroutait déjà dans ses films précédents mais qui ressort encore davantage au sein des codes de genre aussi marqué que celui du film de vampires. Le résultat n’est pas toujours glorieux ; pour peu qu’on adhère au projet on sourit plus qu’on ne rit, même si certains moments sont réellement tordants. Tout ce qui est gag visuel fonctionne, comme un passage sur une place handicapée dans le cimetière, un passage avec un stéthoscope tendue contre des pierres tombales, une scène de torture immonde mais très marrante, et surtout une scène de chirurgie complètement conne (c’est un compliment). Côté dialogues, on est plus sur un « ça passe ou ça casse ».

Heureusement, l’esprit général du film aide à accepter la bizarrerie ambiante, le rythme un peu trop perché. Il y a une volonté de bien faire et de moderniser qui passe par l’humour certes mais qui ne cherche pas non plus à ridiculiser sa mythologie. Au contraire, toutes les critiques émises envers l’arriérisme généralisé des traditions vampiriques n’est qu’une manière de parler des obsessions bourgeoises de nos élites à nous. Ainsi Vade Retro réfléchit aussi, de manière très maladroite mais également très touchante, à la transidentité. Ce n’est pas totalement réussi mais on sent que le cœur est au bon endroit, et que la moquerie n’est jamais mal dirigée.

Je voudrais également vous parler de la photo du film, du fait que grâce aux plans tournés à la Réunion c’est le plus beau film visuellement parlant de son réalisateur, mais comme vous le savez je n’ai pas de quoi vous le prouver pour l’instant. Vous pouvez simplement me croire sur parole quand je vous dis qu’il y a une superbe scène dans la jungle brumeuse façon slasher, où Chassagne se fait attaquer par les plantes vengeresses du cimetière des plantes. Il n’y a vraiment qu’un seul Antonin Peretjatko.

Vade Retro, un film d’Antonin Peretjatko, au cinéma le 31 décembre 2025

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