Sam fait plus rire : Rachel Sennott fait blague à part

Que devient-on lorsque l’activité qui nous définit le mieux nous devient impossible ? Comment se reconstruire en tant que personne lorsqu’on est plus capable d’écrire des blagues ? Sam est une humoriste de la scène underground de Toronto, mais elle n’est plus montée sur scène depuis des mois. La dépression s’est déjà emparée d’elle lorsque Brooke, une ado dont elle était la baby-sitter durant la convalescence de sa mère, disparaît.

Il arrive encore que le cinéma indépendant mumblecore nord-américain parvienne à nous surprendre agréablement… I used to be funny, ou Sam fait plus rire pour les petits rigolos qui ont préparé la sortie française, est le premier long métrage de la canadienne Ally Pankiw. Les gens de goût connaissent déjà son travail sans le savoir puisqu’elle a officié comme scénariste sur Schitt’s Creek, The Great, et surtout a réalisé tous les épisodes de l’excellente série Feel Good.

Et oui, on le connaît à force ce cinéma. On reconnaît ses tics de langage, les milieux sociaux semi-bohèmes qu’il dépeint, ses personnages aussi malins que dépressifs, son esthétique pop mais pas trop, ses needle drops bien Pitchfork compatible, son langage formel efficace et toujours un peu trop conventionnel… Mais lorsqu’il fonctionne, comme ici, c’est qu’il déborde d’une sincérité éclatante. C’est un cinéma qui ne peut pas se masquer derrière le moindre cynisme.

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Pourtant Sam fait plus rire joue un peu avec son spectateur. Sam, interprétée par une des chouchous de la rédaction Cinématraque, Rachel Sennott, a été traumatisée par un événement dont on tait le nom pendant une majeure partie du film. Tous les personnages en savent plus que nous, et les allers-retours entre le présent et le passé (c’est-à-dire l’époque où Sam gardait la jeune Brooke) nous servent à mieux comprendre ce qui est arrivé. Ce genre d’approche, qui force le spectateur à jouer les détectives et répérer les indices ici ou là (un « ACAB » est prononcé relativement tôt dans le film, si cela peut vous guider), pourrait avoir quelque chose de manipulateur, visant à créer le choc.

Ce n’est heureusement pas le cas ici. Au contraire, cette structure narrative épouse la psychologie du personnage de Sam qui tente de refouler son passé et est désormais obligée de s’y replonger, étape par étape.

Il va sans dire que ce n’est pas un film dont tous les passages sont agréables à regarder. Certaines scènes sont même particulièrement difficiles. La présence de Sennott au casting pouvait induire en erreur et laisser penser à une comédie. Il est probable qu’elle a été castée pour sa ressemblance avec le personnage, puisque Sennott a été pendant de nombreuses années humoriste sur la scène underground new yorkaise. Une sorte d’anticasting, puisque lorsque nous la découvrons elle n’est plus capable de faire des blagues.

Sam fait plus rire est donc l’histoire d’une reconquête. Plus que le titre français ne le suggère, il s’agit moins de comprendre comment être drôle à nouveau, mais d’accepter qui on est devenu après le traumatisme. Les flashbacks qui ponctuent le récit sont comme une préparation à la réalité la plus évidente : on ne peut pas revenir en arrière. Il faut se reconstruire sans effacer tout ce qui a été brisé.

Je termine cet article sur un petit aparté : j’ai dit plus haut que le film n’est pas manipulateur dans son récit, ou sa mise en scène. Ce n’est pas totalement vrai. La réalisatrice a décidé d’utiliser Phoebe Bridgers non pas une fois mais DEUX dans sa bande son, ce qui pour toute personne ayant bon goût en musique est un déclencheur à émotions instantané. Personnellement dans ce cas précis, je me laisse manipuler sans soucis. Ça hydrate les joues.

Sam fait plus rire, un film d’Ally Pankiw avec Rachel Sennott. Au cinéma le 30 juillet 2025.

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