[Annecy 2025] Arco : sur la route arc-en-ciel

Arco était l’une des plus grosses attentes de ce Festival d’Annecy, à tel point que toutes ses séances étaient complètes de chez complètes. J’ai bien failli passer à côté : après une file d’attente sans réservation déjà pleine plus d’une heure avant la séance, c’est grâce à une place libérée que j’ai pu le voir dans la grande salle de Bonlieu. Et je ne l’ai jamais vue aussi remplie, au point d’utiliser tous les strapontins. Ce jour-là aussi, la file sans réservation n’a pas dû avoir beaucoup de chance. Et c’est sûrement l’équipe la plus complète qu’on a pu voir sur scène pour présenter le film.

Lorsqu’il était en quête de son prochain projet, Ugo Bienvenu y allait un peu à tâtons. Avec l’envie de dépeindre un monde meilleur, plus optimiste, où tout resterait possible. Il a en tête l’image d’un petit garçon arc-en-ciel, mais il n’y voit pas le potentiel pour un long métrage. Pour un clip, plutôt, ou un court métrage, forme à laquelle il était plus habitué. Sous l’impulsion de son producteur et ami Félix de Givry, ce petit garçon trouve un nom : Arco. Et un début d’histoire, celle d’un monde futuriste et idyllique dans lequel les humains auraient enfin redéfini leur rapport à la nature. Le film Arco commence à voir le jour. Et aujourd’hui, après un premier passage par la Croisette, il décroche le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy.

Plus jeune enfant de sa famille, Arco est frustré de ne pas pouvoir voler lui aussi dans une combinaison arc-en-ciel. Quand il tente de prendre son envol par lui-même, il finit propulsé dans le passé, en 2075. Il est recueilli par Iris, une petite fille de dix ans, qui va tout faire pour l’aider à rentrer chez lui et retrouver les siens.

La version un peu dark de Mon ami robot – Copyright : Remembers – MountainA

Le prénom d’Arco le prédestinait à incarner ce lien entre deux mondes que tout oppose. Dans le sien, l’humanité a trouvé refuge au-dessus des nuages, sur des petits îlots auto-suffisants. Et sa famille est omniprésente. Dans le monde d’Iris, en 2075, la Terre est ravagée par des catastrophes naturelles de plus en plus nombreuses. Tempêtes, incendies, forts orages… La population est à l’abri, leurs maisons cachées sous des bulles, mais jusqu’à quand ? Et les adultes, eux, sont quasiment absents. Iris vit seule avec son petit frère Peter, élevée par son robot et meilleur ami Mikki. Ses rapports avec ses parents, coincés par le travail, sont artificiels et se limitent à du visio. 

Alors oui, Arco se met à hauteur d’enfant. De ces deux enfants n’ont pas d’autre choix que de grandir trop vite : Arco qui ne veut pas attendre l’âge requis pour voler et se retrouve piégé dans un monde qui n’est pas le sien, Iris contrainte d’être plus grande qu’elle ne devrait l’être en l’absence de sa famille. De ces deux enfants qui représentent une lueur d’espoir pour l’avenir. 

Car leur rencontre, qui n’aurait jamais dû arriver, est ce qui ramène un semblant d’humanité dans le monde d’Iris, où tout n’est devenu qu’artifice. Arco ramène (littéralement) de la couleur dans un monde qui est au bord de l’anéantissement. L’animation des scènes d’envol tranche radicalement avec le reste du film, profondément réaliste. Elles sont pleine de lumière et de magie, sublimées par la musique d’Arnaud Toulon (également primé à Annecy pour ses compositions). Et la quête d’Iris pour ramener Arco aux siens la pousse justement à sortir de cette bulle, pour oser faire quelque chose de nouveau. Arco ravive un monde qui a besoin d’échange, d’entraide et de solidarité. Et d’humour aussi, à travers ce trio d’énergumènes que sont Dougie, Stewie et Frankie (doublés par Vincent Macaigne, William Lebghil et Louis Garrel), losers au grand cœur fascinés par les arcs-en-ciel.

En recevant la plus haute distinction du Festival d’Annecy, l’œuvre d’Ugo Bienvenu coïncide avec les nombreux messages de soutien envers les populations meurtries qui ont été transmis au cours de cette semaine. Et aussi avec tous les autres films sélectionnés qui sont porteurs de ces valeurs, à commencer par un autre long métrage français primé : Planètes de Momoko Seto, où des graines de pissenlit tentent de trouver une nouvelle terre fertile, affrontant ensemble les éléments et les péripéties. Entre son style visuel éblouissant, son très bon casting vocal (les jeunes Margot Ringard Oldra et Oscar Tresanini sont aussi accompagnés par Alma Jodorowsky et Swann Arlaud) et un climax rempli d’émotion, Arco ne manquera probablement pas de vous arracher quelques larmes. Mais aussi de vous redonner espoir.

Arco, un film de Ugo Bienvenu. Présenté en Compétition officielle au Festival d’Annecy. Sortie française le 22 octobre 2025.

About The Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.