Spencer, les derniers dinosaures

Vivant dans un pays où les distributeurs gourmands comme A24 ou Neon distribuent encore ses films en salle, j’ai eu la chance de voir Spencer au cinéma – je dis « la chance » mais autant vous prévenir tout de suite, je ne suis pas sortie éblouie du tout par le dernier opus de Pablo Larraín.

Vrai-faux biopic de Lady Di, née Diana Spencer, et dans la même veine que Jackie du même réalisateur, le film se concentre sur trois jours autour de Noël de l’an de grâce 1991. La famille royale (ce sont eux, les derniers dinosaures, NDLR) se réunit comme chaque année à la « maison de campagne » (comprenez, un immense manoir) de Sandringham pour, eh bien, trop manger, aller à la messe, ouvrir des cadeaux, chasser, s’ennuyer à mourir en buvant du thé, etc. Le mariage de Diana (Kristen Stewart avec un accent anglais) et Charles (Jack Farthing avec son accent anglais) tire à sa fin et cela se ressent dans l’atmosphère générale déjà bien pesante. Suivie partout par des paparazzi à l’extérieur, et sous pression pour sauver les apparences à l’intérieur, Diana est globalement en train de passer le pire Noël de sa vie.

Sur ce sujet maintes fois porté à l’écran, Pablo Larraín prend comme angle les luttes mentales qui assaillent Diana, et comment celles-ci se traduisent physiquement. Angle fort intéressant mais également très délicat, où il échoue lamentablement à les représenter avec subtilité. Il réduit ainsi Diana à ses yeux mouillés en permanence, ses soupirs incessants et ses passages aux toilettes lors de crises de boulimie/anorexie.

La princesse Diana agenouillée en robe de bal, la tête dans ses bras
Vous aussi vous pensiez qu’elle était en train de pleurer ? Ceci est en fait une scène où elle est en train de vomir. Ambiance.

Pablo semble bien trop fasciné par sa propre création pour se sortir du bon vieux paternalisme et prendre la peine de présenter Diana comme, par exemple, un être humain complexe, et pas seulement une petite chose fragile. Il y a bien des moments touchants lorsque Diana est en compagnie de ses deux fils (pensée pour cette scène superbe éclairée à la bougie, Claire Mathon si tu me lis, on t’aime) et semble revivre. Mais encore là, est-ce vraiment une réussite que de n’arriver à présenter « positivement » une femme sous le seul angle de la maternité ?

Entendons-nous bien, sa fragilité dans une situation pareille est évidemment plus que compréhensible. Mais pour une figure aussi connue que Diana, dont chaque pan de la vie fut scruté et dont on sait à présent beaucoup (trop ?) de choses, il est quand même regrettable de ne la voir qu’en mode « femme au bord de la crise de nerfs » pendant deux heures, à coups de comparaison lourdingue avec une reine qui a fini la tête coupée (Anne Boleyn).

Mentionnons néanmoins les seconds rôles admirables bien qu’assez furtifs – Sean Harris le chef compatissant, Timothy Spall glaçant en majordome, Stella Gonet en Reine Elizabeth II à l’aura implacable et la toujours formidable Sally Hawkins qui malheureusement doit se farcir une horrible coupe de cheveux et un espèce de twist vraiment cringe. Quand ça veut pas, ça veut pas.

Une belle occasion ratée donc, et Pablo devrait réitérer avec un troisième film du même genre. Il n’y a plus qu’à espérer qu’il lise Cinématraque.

Spencer, un film de Pablo Larrain avec Kristen Stewart, en salles au Québec et en France on va se faire foutre pour l’instant

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